Bruxelles, 05/11/2013 (Agence Europe) - Le Parlement européen s'est montré plutôt critique vis-à-vis des résultats du Conseil européen des 24 et 25 octobre derniers. Les présidents des groupes politiques ont exprimé, le 5 novembre, leur opinion quant aux conclusions du Conseil, en présence du commissaire en charge des relations interinstitutionnelles, Maros Sefcovic, et du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Globalement, ils ne sont pas satisfaits des résultats obtenus, même si les uns et les autres insistent sur des points différents, selon leur appartenance politique. Le PPE s'inquiète du budget, les S&D de l'emploi en berne, l'ADLE du manque d'avancée en matière d'union bancaire et monétaire et les Verts du manque de fermeté vis-à-vis des Américains. L'ECR veut une politique migratoire renforcée et la GUE s'est montrée complètement désabusée sur tous les sujets. Quant à Nigel Farage pour l'EFD, il s'est une nouvelle fois livré à un exercice de règlement de compte vis-à-vis d'Herman Van Rompuy dont il conteste toujours la légitimité.
Présentant les résultats du Conseil, Herman Van Rompuy a salué l'appui des chefs d'État et de gouvernement à l'initiative pour l'emploi des jeunes grâce aux garanties jeunesse nationales qui permettront d'aller plus loin. Le Conseil a prévu un soutien supplémentaire des fonds structurels et des fonds d'investissement aux PME. En matière d'Union bancaire, le Conseil a réaffirmé son intention de renforcer les mécanismes mis en place et de boucler le processus législatif du mécanisme de résolution unique dans les temps. Le Conseil a aussi envisagé les moyens à mettre en œuvre pour approfondir l'UEM, avec une mise en perspective sociale. En matière d'économie numérique, il faut achever le marché unique numérique d'ici 2015 car il est essentiel à la reprise économique. Le drame de Lampedusa a conduit les États membres à reconnaître la nécessité d'une réaction ferme. Les actions futures devront répondre à trois principes, prévention, protection et solidarité, avec une meilleure collaboration avec les pays d'origine. La lutte contre le trafic et la traite des êtres humains doit être approfondie, le système de surveillance Eurosur mis en place rapidement et Frontex renforcé en Méditerranée aux frontières Sud-Est. En matière d'écoutes téléphoniques, le Conseil s'est montré très préoccupé. Les chefs d'État et de gouvernement ont pris note de l'intention de la France et de l'Allemagne d'ouvrir des discussions bilatérales avec les États-Unis pour trouver un terrain d'entente commun sur le fonctionnement des services de renseignement. En matière de partenariat oriental, le Conseil espère pouvoir renforcer ses relations avec l'Ukraine si les exigences européennes sont rencontrées.
Le PPE insiste aussi sur la nécessité absolue d'achever l'Union bancaire, au risque de voir le système financier de l'UE déstabilisé. On a besoin d'un mécanisme de supervision unique avant la fin de la législature, a insisté Corien Wortmann-Kool (Pays-Bas). Il faut que l'UE reste ambitieuse en matière de relance économique et elle appelle les ministres concernés à poursuivre leurs efforts lors du prochain Conseil Écofin. Le PPE salue aussi les efforts en matière de réduction de la bureaucratie et de soutien aux PME. Il s'inquiète par contre fortement à propos du budget européen, qui se réduit alors que les actions européennes envisagées augmentent. Même constat pour la relance de l'emploi des jeunes: comment vont être financées les actions ? « Notre groupe demande une Europe forte », a conclu la députée. Au nom des S&D, Enrique Guerrero Salom (Espagne) n'est pas déçu du Conseil dans la mesure où son groupe ne s'attendait à rien de positif. L'Europe n'est plus aux soins intensifs mais elle reste malade et cette maladie risque de devenir chronique, a-t-il averti. Les taux de chômage restent élevés et la pauvreté augmente. Si le mécanisme de supervision unique est un pas en avant, des questions en suspens doivent toujours être résolues et il n'y a toujours pas de réponse aux problèmes urgents. En matière de surveillance, l'UE se montre ferme mais en même temps repousse à 2015 la directive sur la protection des données, a déploré M. Guerrero. Au nom de l'ADLE, Antonyia Parvanova (Bulgarie) regrette le temps consacré aux écoutes téléphoniques d'Angela Merkel au détriment de sujets importants, alors que de nombreux dossiers restent bloqués au niveau du Conseil. L'ADLE soutient les efforts pour l'achèvement du marché unique numérique, indispensable pour la croissance et l'emploi, et également la 'Garantie jeunesse' même s'il craint que cela ne reste qu' « une coquille vide ». En matière d'Union bancaire, le Conseil devra accélérer son action car « si on poursuit dans la même veine, il n'y aura bientôt plus d'États membres au G8 ». Pour les Verts/ALE, le Conseil a été « décevant ». Il n'a pas été capable de procéder à une seule résolution en matière d'asile et d'immigration, a estimé Rebecca Harms (Allemagne). Elle regrette également que la réaction du Conseil face à l'espionnage américain n'ait pas été plus ferme. Au nom de l'ECR, Geoffrey Van Orden (Royaume-Uni) a insisté, en matière d'immigration, sur le rôle de Frontex et prône plus de fermeté avec un renforcement du contrôle aux frontières avec l'Afrique du Nord. Enfin, Gabriele Zimmer (Allemagne), au nom de la GUE, s'est montrée complètement désabusée: « Ce fut un Conseil de chances et d'opportunités manquées. » Tous les sondages indiquent un désaveu des citoyens européens envers l'Europe et le Conseil ne mobilise pas ses électeurs, a-t-elle regretté. En matière d'immigration, le Conseil a été « criant de désunion et de non solidarité » et, en ce qui concerne l'union bancaire, rien n'est prêt si une nouvelle crise se profile. Le chômage des jeunes est toujours aussi élevé et si les intentions sont louables en matière de marché unique du numérique, ses infrastructures n'ont pas obtenu le financement adéquat. (IL)