Bruxelles, 05/11/013 (Agence Europe): Sans surprise, le débat sur le rapport de Jörg Leichtfried (S&D, autrichien) sur la révision des poids et dimensions des camions, en commission parlementaire des transports (TRAN), mardi 5 novembre, a largement porté sur le franchissement des frontières par les méga-camions. Entre les tenants des « éco-combis » et les opposants aux « camions monstres », la division semble inconciliable, et ce même au sein du PPE. Schématiquement, les premiers voient dans ces véhicules un avantage écologique et économique à court terme, les seconds craignent des coûts supplémentaires à long terme sans réduction substantielle des émissions de CO2 en cas de report modal du rail vers la route.
Rapporteur pour l'interdiction. Le rapporteur sur la question a tranché de façon très déterminée en présentant son projet de rapport: « J'ai rejeté complètement la proposition de la Commission et l'ai retournée complètement ». Il a en effet amendé le texte de l'exécutif européen de sorte que le transport international effectué par des camions plus lourds et plus longs soit interdit. Il critique d'ailleurs vivement le fait que la Commission ait « abandonné la voie suivie depuis des décennies ». Sa tâche sera rude pour faire valoir son point de vue car même les rapporteurs fictifs sur la question ont des avis divergents. Il impute ces divisions au manque de préparation du dossier, notamment à l'absence d'une étude d'impact, et refuse de se baser sur « des données des lobbyistes », dont les transporteurs routiers.
Soutien du S&D et des Verts. Le rapporteur peut grosso modo compter sur le soutien de son groupe et sur celui des Verts. Pour le porte-parole de ces derniers, Michael Cramer (allemand), le contribuable ne devrait pas payer pour l'aménagement des infrastructures en fonction de ces camions.
PPE divisé. Le PPE n'est pas loin d'être acquis, en revanche. Petri Sarvamaa (PPE, finlandais), rapporteur fictif, fait valoir que le trafic ira en augmentant et que le transport de marchandises sur des camions plus longs est synonyme de réduction de CO2, mais pas de la part modale du fret ferroviaire comme cela est attesté en Finlande, Suède et Danemark. En revanche, au sein du même groupe, le Français Dominique Riquet se range à l'avis du rapporteur et fait valoir que l'exemple à succès de l'usage de ces camions dans les pays du nord n'est pas applicable à tous les pays européens. Il estime en effet que « tout le monde a bien compris que l'on mettra plus de marchandises sur ces camions, mais le domaine public n'est pas à partager avec ce type de monstres. Il y a d'autres usagers, et ils sont massivement contre, c'est eux que vous représentez et pas le lobby des camionneurs », a-t-il lancé à ses collègues. Le porte-parole du groupe, Mathieu Grosch (belge), admet donc qu'il faudra d'abord trouver un accord au sein du parti avant de pouvoir trouver un compromis avec les autres groupes. Dans un esprit de consensus il évoque la possibilité d'un réseau accessible aux méga-camions.
ADLE et CRE fermement contre. Les libéraux et les conservateurs sont les plus tranchés dans leur opposition au rapport de M. Leichtfried. Le rapporteur fictif, Peter Van Dalen (CRE, néerlandais), estime d'ailleurs que celui-ci va dans la mauvaise direction: « Ce sont des camions bons pour l'environnement qui permettent de transporter davantage avec un impact moins grave ». Quant au libéral Philip de Backer (ADLE, belge), il estime que ce n'est pas la Commission « qui chamboule tout » mais bien le rapporteur.
Consensus sur le reste de la révision. Ce blocage sur la question des méga-camions est regrettable pour le reste de la proposition de la révision de la directive qui fédère bien plus les membres de la commission TRAN à propos des remaniements du design des camions en faveur de la sécurité et de l'aérodynamisme. Le dépôt des amendements est fixé au 5 décembre, le vote en commission en février 2014 et le vote en plénière en avril 2014. (MD)