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Bulletin Quotidien Europe N° 10957
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

La reprise sera graduelle et créera peu d'emplois d'ici à 2015

Bruxelles, 05/11/2013 (Agence Europe) - Petit à petit, l'Europe renoue avec la croissance économique, même si l'embellie ne se traduira pas une baisse marquée du chômage dans les deux ans à venir.

La croissance dans l'Union européenne est redevenue « positive » au début du 2ème trimestre 2013 grâce notamment à « la consommation interne » qui s'affermit, a déclaré le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, mardi 5 novembre 2013 en présentant les prévisions économiques d'automne de la Commission européenne. « L'ajustement économique » en cours, matérialisé par un désendettement du secteur bancaire qui limite l'octroi de prêts aux opérateurs économiques, ainsi que « le ralentissement de la croissance dans les pays émergents » auront un impact négatif sur la reprise, a ajouté le commissaire.

Selon l'institution européenne, l'Europe restera en récession en 2013 malgré le retour de la croissance au 2ème trimestre, avec une chute du PIB de l'Eurozone de 0,4% et une stagnation du PIB de l'UE. En 2014, le PIB de la zone euro des Vingt-huit croîtra en moyenne respectivement de 1,1% et de 1,4%. Sans surprise, les différences sont importantes selon les États membres. La croissance devrait être la plus forte dans les pays baltes (4,1% en Lettonie) et de bonne facture en Suède (2,8%), en Autriche (2,6%), en Pologne (2,5%) et au Royaume-Uni (2,2%). Avec une augmentation du PIB de 1,7%, l'Allemagne continuera à être la locomotive de la zone euro, tandis que le moteur économique de la France montera en puissance (0,9%). En revanche, l'Italie (0,7%), l'Espagne (0,5%), les Pays-Bas (0,2%) connaîtront encore des difficultés. Chypre (-3,9%) et la Slovénie (-1%) devrait être les deux pays de la zone euro encore en récession en 2014.

Interrogé sur la capacité de Ljubljana affronter seule ses difficultés économiques, M. Rehn a estimé que la Slovénie sera en mesure d'éviter une assistance financière si elle continue à démontrer sa capacité à prendre des mesures énergiques pour restructurer son secteur bancaire et réformer son économie, même si la Commission a revu à la baisse les prévisions de croissance pour ce pays.

La reprise économique ne s'accompagnera pas d'une baisse marquée du chômage avant 2015. La part de la population active sans emploi devrait se stabiliser dans l'Eurozone à 12,2% en 2013 et en 2014, avant de diminuer à 11,8% en 2015 (11,1% en 2013 et 10,7% dans l'UE). Là encore, les différences nationales sont importantes. Le chômage culminera à 27% en Grèce et 26% en Espagne en 2013 alors qu'il sera très faible en Autriche (5,1%), en Allemagne (5,4%) et au Luxembourg (5,7%).

Inflation. Selon la Commission, l'inflation devrait être ramenée de 2,5% en 2012 et à 1,5% en 2013 et 2014. « Le taux d'inflation est clairement en dessous de l'objectif de la BCE », a estimé M. Rehn. Même si, selon lui, « le risque de déflation demeure éloigné à l'heure actuelle », il a noté que la BCE s'est dite « prête à agir », notamment en diminuant les taux d'intérêt et/ou en accroissant les liquidités à disposition des banques, « au cas où les risques à la baisse inhérents à l'inflation devaient se matérialiser ».

En matière de déficit public nominal, la zone euro dans son ensemble devrait flirter avec le critère de Maastricht (3,1%), un chiffre de la moitié par rapport à 2009. Actuellement, 12 États membres font l'objet d'une procédure pour déficit excessif. La semaine prochaine, la Commission présentera son analyse des projets de budget pour 2014 et pourrait, à cette occasion, demander plus d'efforts à certains États membres pour atteindre leurs objectifs de réduction de déficit (EUROPE 10956). Seront observés à la loupe les cas espagnols (déficit estimé à 6,8% en 2013 ; 5,9% en 2014 à politique inchangée), français (4,1% en 2013 ; 3,8% en 2014), néerlandais (3,3% en 2013 et 2014) et slovène (5,8% et 7,1%). Pour M. Rehn, la procédure visant la Belgique sera clôturée si les données d'Eurostat confirment une baisse durable du déficit (2,8% en 2013 ; 2,6% en 2014).

Pays sous programme. En 2013, la bonne saison touristique a freiné la récession en Grèce que la Commission estime à 4% du PIB (4,2% dans ses prévisions de printemps). Pour 2014, les prévisions de croissance sont maintenues à 0,6%. Elles restent liées à « l'application totale du programme d'ajustement », a précisé M. Rehn. Une mission des créanciers institutionnels étant en cours à Athènes (EUROPE 10956), il n'a pas commenté la situation budgétaire du pays, tout en se disant « sûr » qu'une solution sera trouvée. À noter que la Commission prévoit un excédent budgétaire structurel de 1,2% pour 2013, contre 2% au printemps dernier. Quant à la dette publique, elle devrait être plus élevée que prévu début 2013 (176,2% pour 2013 au lieu de 175,2% et 175,9% pour 2014 au lieu de 175%), avant d'amorcer un repli en 2015 pour s'établir à 170,9% du PIB. L'Irlande « se dirige vers une conclusion réussie de son programme d'ajustement » en décembre, s'est félicité M. Rehn, ajoutant qu'il appartenait aux autorités irlandaises de dire si elles souhaitent solliciter une ligne de crédit préventive pour accompagner son retour définitif sur les marchés. Par rapport à ses prévisions de printemps, la Commission a revu à la baisse ses estimations de croissance jusque 2015 (0,3% en 2013 au lieu de 1,1% et 1,7% en 2014 au lieu de 2,2%), en raison d'une consommation privée plus faible que prévu. Et le déficit public irlandais devrait, à politique inchangée, être plus creusé que prévu en 2014 (5% du PIB contre 4,3%). Les données sur Chypre, qui datent de la mission des créanciers du pays de juillet, prévoient un retour à la croissance en 2015. Elles anticipent également, comme le rapport de suivi de la Commission de septembre, un chômage et une dette publique à la hausse. Concernant le Portugal, la croissance au 2nd trimestre a surpris positivement, permettant une récession moins forte qu'envisagé au printemps (1,8% du PIB contre 2,3%). La croissance devrait repasser dans le vert d'une manière un peu plus solide que prévu (0,8% cotre 0,6%). M. Rehn a prédit que le pays atteindrait ses objectifs budgétaires pour 2013. La différence de 0,4% du PIB portugais entre le déficit estimé (5,9%) et l'objectif fixé (5,5%) pour 2013 serait due à une mesure de recapitalisation bancaire qui ne sera pas comptabilisée au regard des règles du Pacte de stabilité révisé. Les risques relatifs au déficit portugais sont « principalement de nature juridique »: si la Cour constitutionnelle déclare anticonstitutionnelle les mesures choisies de concert avec la 'troïka', « le gouvernement devra les remplacer avec de nouvelles mesures » d'un impact équivalent sur le budget, a prévenu M. Rehn.

Hors zone euro. Dernière arrivée dans l'UE, la Croatie court le risque d'une ouverture prochaine d'une procédure pour déficit excessif. La Commission va rédiger un rapport sur l'existence de ce déficit excessif, a confirmé M. Rehn. Le déficit public du pays devrait s'établir à 5,4% en 2013, puis à 6,5% en 2014, avant de diminuer à 6,2% en 2015. Pour le Royaume-Uni, les perspectives sont « plutôt brillantes », établit le rapport de la Commission, qui a multiplié par deux ses prévisions de croissance pour 2013 (de 0,6% au printemps à 1,3% désormais). En 2014, elle s'établira à 2,2% du PIB contre le 1,7% prévu au printemps dernier. La dette publique va toutefois continuer d'augmenter pour frôler 99% d'ici 2015. Le déficit public va quant à lui continuer de diminuer d'ici à 2015 (-6,4%, -5,3% et -4,3%). Pour la Pologne, il y a du mieux du côté de l'activité économique, mais la situation budgétaire s'est détériorée, constate la Commission. Pour les deux prochaines années, la stratégie budgétaire reposera largement sur la réforme du système de pension, que la Commission doit encore analyser, a précisé M. Rehn. (MB/EL)

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