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Bulletin Quotidien Europe N° 10944
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

Essor difficile du solaire dans le désert nord-africain

Bruxelles 16/10/2013 (Agence Europe) - Le consortium Desertec industrial initiative (Dii), projet de réseau de centrales solaires dans le nord de l'Afrique et au Moyen-Orient, organise une conférence sur l'énergie du désert les 30 et 31 octobre à Rabat, au Maroc. L'objectif du consortium est de favoriser des synergies, notamment avec l'Union pour la Méditerranée (UpM), pour la production d'électricité à partir des sources importantes d'énergies renouvelables, en particulier solaire, dont recèle la région. La conférence permettra de vérifier la validité des grands projets de développement du solaire dans la région, dont l'objectif initial est de cibler le marché européen, même si cette ambition tend graduellement à s'estomper.

Différents types de centrales sont en phase de planification ou en projet et Dii estime, en substance, qu'il reste beaucoup à faire pour créer un réseau électrique interconnecté et s'assurer d'un marché ouvert au sein de l'Europe, de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. L'objectif est ambitieux mais des incertitudes se font jour quant à l'avenir du renouvelable et des ambitieux projets planifiés dans différents pays de la région.

Créé en 2009, Dii est un regroupement d'industriels (dont le nom fait référence à la fondation Desertec, vouée à la promotion des renouvelables plutôt dans un cadre de société civile) qui a une action autonome. Une confusion demeure cependant courante dans la désignation des deux structures. Dii vise pour sa part, à nouer des partenariats industriels dans la production de renouvelables. Son but est d'abord de satisfaire la demande croissante d'électricité interne dans les pays de la zone Afrique-Méditerranée, sans exclure à terme la livraison des excédents de production en Europe, affirme son PDG, Paul van Son.

Des explications contradictoires sont parfois données sur ce dernier aspect, et elles ont déjà suscité une relative confusion. Des doutes sont nés de propos, en juin dernier, attribués à M. van Son, selon lesquels il « reconnaissait » que l'approche initiale du projet - livrer à l'EUROPE 20% de ses besoins en électricité - représentait une vision unidimensionnelle - axée sur le seul objectif d'exporter vers l'Europe - et était à abandonner. M. van Son admettait que l'Europe pouvait « subvenir jusqu'à 90% de sa propre demande en électricité » et n'avait pas, à ce stade, besoin d'importer.

Interrogé par EUROPE, M. van Son soutient que Dii « a toujours été cohérente depuis le début, en novembre 2009 ». Le projet doit, dit-il, « plutôt mettre l'accent sur le développement des énergies renouvelables du désert pour la population locale et, pourquoi pas, sur la vente vers des marchés étrangers dont l'Europe » mais seulement « s'il y a une demande ou des prix intéressants sur les marchés distants ».

Envisager de fournir l'Europe serait même prématuré: « J'observe en particulier qu'il y a, pour l'instant, des surcapacités de production en Europe et un certain manque en Afrique du Nord ». En l'état, les ventes vont plutôt dans le sens Nord-Sud. Il cite l'exemple actuel de l'Espagne « qui exporte au Maroc et non l'inverse ». Pour M. van Son, « il faudra un certain temps pour que l'exportation depuis la région MENA vers l'Europe devienne réellement substantielle » et qu'elle atteigne des niveaux exportables. Il faudra aussi, dit-il, que soit réalisée « l'extension accélérée des connexions réseau entre le marché européen et les pays du Maghreb ». Cet achèvement sera « très important pour créer le marché d'une façon ou d'une autre ». Il faudra aussi du temps pour développer les capacités avant que l'exportation vers l'Europe devienne intéressante du point de vue du marché, selon M. van Son.

Ce point de vue met en avant les faibles capacités méditerranéennes d'exportation vers l'Europe. Il pourrait, par ricochet, induire que la « faisabilité » du Plan solaire méditerranéen reste à prouver alors que ses initiateurs sont encore à la recherche de ressources pour le financer. Et l'affaiblissement de cette conviction - exploiter les prodigieuses ressources du Sud pour vendre sur le marché du Nord, européen, et « lui fournir une énergie durable » - pourrait aussi modérer l'enthousiasme qui a accompagné la mise en place d'installations, relativement importantes, à Ouarzazate (Maroc) financées en partie par l'UE, ou celles, de moindres capacités, planifiées en Algérie et en Tunisie et toutes conçues en ciblant le marché européen. On le voit déjà, l'objectif de cibler le marché européen est graduellement passé au second plan dans les discours officiels. En octobre 2012, le géant allemand Siemens annonçait son retrait du solaire et sa décision de concentrer ses activités en matière de renouvelables sur l'éolien et l'hydraulique. Cette période est presque une date anniversaire significative.

Le tout dans un contexte où 10 grands groupes énergétiques européens demandent à la Commission l'arrêt des subventions publiques aux renouvelables (comme l'éolien) au profit des centrales de gaz. L'AFP confirme de son côté la tendance à la désaffection. « Les investissements dans les énergies renouvelables dans le monde ont affiché un recul de 20% au troisième trimestre, l'Allemagne tombant même au plus bas depuis 2004, selon des statistiques publiées lundi » 14 octobre, précise l'agence. Bloomberg relève quant à elle parmi les facteurs non encourageants « l'incertitude politique en Europe, la tentation du gaz de schiste aux États-Unis, le coup de frein aux investissements dans le solaire et l'éolien en Chine et un affaiblissement général de la volonté politique dans plusieurs pays ». (FB)

 

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