Bruxelles, 04/10/2013 (Agence Europe) - Il ne s'agit pour l'instant que d'un document de travail, mais l'esquisse réalisée par la Commission européenne des appels d'offres pour la recherche en santé pour les années 2014 et 2015 suscite un mécontentement général dans les associations des épidémiologistes et chez les scientifiques de la santé publique. Dans une déclaration commune, elles ont fustigé, lundi 30 septembre, une approche de la Commission jugée inadéquate, incomplète et trop orientée vers les biotechnologies et la médecine personnalisée. La Commission leur a répondu qu'elles n'auraient pas dû avoir accès à ce document.
La recherche en santé sera dans le prochain programme-cadre de l'UE ('Horizon 2020') une des trois lignes d'activité dotées du plus grand budget. 9,7% du budget total, soit probablement l'équivalent de 7 milliards d'euros, y seront consacrés entre 2014 et 2020. Dans un document de travail intitulé « Health, demographic change and wellbeing », la Commission a établi une liste des principaux domaines qui seront privilégiés dans les appels d'offres en 2014 et 2015. L'association internationale d'épidémiologie (IEA), l'association internationale pour l'épidémiologie environnementale (ISEE) et l'association européenne de santé publique (EUPHA) ont appelé ensemble « à une révision majeure de ce programme de travail ».
Les griefs adressés à la Commission se regroupent en quatre points: (1) Les priorités identifiées ne traitent pas « adéquatement des problèmes majeurs de santé publique de la population européenne et des principaux facteurs de risque de maladie personnelle, sociale, environnementale et professionnelle » ; (2) Les effets sur la santé de la crise économique (pauvreté, hygiène personnelle, etc.) sont aux abonnés absents ; (3) La Commission « sous-estime gravement » l'importance de la recherche sur les systèmes de santé et les politiques de santé ; (4) La place accordée aux biotechnologies et à la médecine personnalisée, qui correspond à 32 des 42 priorités identifiées, est beaucoup trop importante, au détriment de la recherche sur la prévention notamment.
Pour Cesar Victora, président de l'IEA, « l'approche restrictive adoptée par Horizon 2020 n'est pas seulement une préoccupation pour les épidémiologistes européens, mais aussi pour les épidémiologistes et les chercheurs en santé du reste du monde. L'Europe est le leader mondial dans le développement de projets collaboratifs pour étudier les déterminants sociaux et environnementaux de la santé (…), tout en fournissant des modèles pour les chercheurs du reste du monde ». Face à la perspective qu'offre aujourd'hui la Commission, M. Victora s'interroge: « Comment pouvons-nous nous attendre à ce que des chercheurs du monde entier s'attaquent à des problèmes de santé majeurs si nous ne faisons pas cela en Europe ? ».
Du côté de la Commission, on se défend en soulignant que c'est « le premier programme de travail au titre d'Horizon 2020 ». « Nous restons en contact avec les parties prenantes pour le finaliser », a assuré Michael Jennings, porte-parole de la commissaire chargée de la recherche, Máire Geoghegan-Quinn. Il a précisé à EUROPE que « pour Horizon 2020, nous n'avons délibérément pas établi de 'listes d'achats' prescriptives pour la première phase de financement (qui sera lancée le 11 décembre prochain, Ndlr), de sorte que les chercheurs eux-mêmes puissent façonner l'ordre du jour et avoir plus de liberté pour proposer ce qui leur semblent le mieux à même de fonctionner ». (JK)