Bruxelles/Strasbourg, 10/09/2013 (Agence Europe) - Les Européens ont accueilli avec prudence la demande du ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, au régime syrien de placer son arsenal chimique sous supervision internationale, proposition acceptée par le régime.
La Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a salué la proposition, soulignant dans un communiqué que celle-ci devait « désormais être entièrement préparée aussi rapidement que possible, y compris les détails de ses implications en termes de sécurité du stockage, de vérification et de destruction » des armes chimiques. L'UE est prête à soutenir pleinement toute proposition et sa mise en œuvre, a-t-elle ajouté. Appelant la Syrie à adhérer de façon urgente à la Convention sur les armes chimiques et à ratifier la Convention sur les armes biologiques, la Haute représentante « compte sur les autorités syriennes pour prendre l'entière responsabilité de s'assurer que leurs armes sont stockées en toute sécurité en attendant la destruction vérifiée de façon indépendante et qu'elles ne puissent pas tomber entre les mains d'un autre État membre ou acteur non étatique ». Mme Ashton a aussi espéré que cette dernière évolution dans la crise syrienne facilitera la reprise des efforts pour trouver une solution politique au conflit. Elle a exhorté tous les partenaires de la communauté internationale à saisir cet élan pour relancer le processus menant à la tenue rapide d'une conférence de paix 'Genève II'.
Pour le président de la commission 'affaires étrangères' du Parlement européen, Elmar Brok (PPE, Allemagne), « le régime d'al-Assad doit remettre la totalité de son stock d'armes chimiques à la communauté internationale, sans délai et dans son intégralité », ajoutant que des experts internationaux doivent être autorisés à se déplacer librement sur le territoire contrôlé par le gouvernement et avoir accès sans entrave à toutes les installations et documents militaires. Le président du groupe ADLE au PE, le Belge Guy Verhofstadt, a estimé nécessaire de « tester les intentions des russes dans les prochains jours ». « Il faut voir si c'est sérieux, j'ai beaucoup de points d'interrogation: ça sonne très bien mais dans la pratique… », a-t-il ajouté. Pour son homologue du S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, « notre tâche principale est de prévenir d'autres attaques d'armes chimiques. Par conséquent, la meilleure option serait que la Syrie remette ses armes chimiques pour une destruction contrôlée ». « Dans ce contexte, il serait optimal que l'ONU adopte une résolution visant à clarifier avec plus de détails le transfert de ces armes », a-t-il ajouté. Le co-président des Verts, l'Allemand Daniel Cohn Bendit, a rappelé que les États-Unis avaient proposé il y a un an le contrôle des armes chimiques et que la Russie avait refusé. Néanmoins, « le fait qu'il y a eu une mobilisation militaire a obligé les Russes et la Syrie à bouger », a-t-il noté.
Voir si les mots seront suivis de faits
Pour le Premier ministre britannique, David Cameron, « il est clair » que, si la Syrie met ses armes chimiques hors d'usage sous supervision internationale, il s'agirait d'« un grand pas en avant (qui) doit être encouragé ». « Nous devons être prudents et nous assurer que ce n'est pas une tactique de diversion pour discuter de quelque chose d'autre que du problème sur la table. Mais s'il s'agit d'une véritable offre, alors il faut vraiment l'examiner », a-t-il ajouté. La chancelière allemande, Angela Merkel, a considéré la proposition russe « intéressante », espérant que des actes tangibles suivront et qu'il ne s'agit pas que de gagner du temps.
Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a estimé que la proposition mérite un « examen précis ». « Le président syrien, Bachar al-Assad, doit s'engager sans délai à mettre sous contrôle international et à laisser détruire l'ensemble de son arsenal chimique. Et cette opération doit se faire sur la base d'une résolution contraignante du Conseil de sécurité, avec un calendrier court et des conséquences fermes s'il ne respectait pas ses engagements », a-t-il expliqué, demandant « des engagements précis, rapides et vérifiables de la part du régime syrien ». Paris présentera une résolution qui encadre de façon contraignante la mise sous contrôle de l'arsenal chimique syrien au Conseil de sécurité des Nations unies.
Pour Barack Obama, la proposition russe « pourrait constituer une percée importante ». « Nous ne voulons pas simplement des manœuvres dilatoires pour écarter la pression que nous exerçons actuellement », a-t-il aussi souligné. Selon le président américain, « il aurait été improbable de parvenir à ce point (...) sans une menace militaire digne de foi pour traiter la question du recours à des armes chimiques en Syrie ».
Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a lui aussi appelé à la création de zones spécifiques où seraient détenues les armes chimiques syriennes. « J'étudie la possibilité de demander de manière urgente au Conseil de sécurité d'exiger le transfert immédiat des stocks d'armes et de précurseurs chimiques dans des zones en Syrie où ils pourraient être entreposés en sûreté et détruits », a-t-il précisé. La Ligue arabe ou encore la Chine soutiennent cette initiative.
Damas a accepté de placer son arsenal chimique sous contrôle international, a indiqué mardi 10 septembre le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Mouallem. Son homologue russe, M. Lavrov, a précisé que son pays travaillait à l'élaboration d'un plan « réalisable, précis, concret » avec le régime syrien. « Nous comptons présenter ce plan dans les plus brefs délais, et nous serons prêts à travailler à ce propos avec le secrétaire général des Nations unies, les membres du Conseil de sécurité, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques », a ajouté M. Lavrov. Il a précisé que la proposition a émergé de contacts avec les Américains, et notamment « des déclarations (du 9 septembre) de John Kerry, qui a offert la possibilité d'éviter des frappes si ce problème pouvait être réglé ».
L'opposition syrienne a elle dénoncé l'initiative, la qualifiant de « manœuvre politique ».
L'arsenal chimique syrien est estimé à plus de 1 000 tonnes par les services de renseignement français. Il est considéré comme l'un des plus importants du monde.
Débat au Parlement européen
M. Brok a salué la récente déclaration des 28 ministres des Affaires étrangères sur la Syrie (EUROPE 10917). Il a souligné que la position du PE était proche de celle-ci et que le groupe PPE avait décidé, lundi 9 septembre, de soutenir la position des ministres européens. Le PE débat, ce mercredi 11 septembre, de la situation en Syrie avec Mme Ashton et il votera sur une résolution jeudi 12 septembre. (CG avec MD)