Bruxelles, 12/06/2013 (Agence Europe) - Les eurodéputés critiquent les États membres qu'ils accusent de reporter la prise et la mise en œuvre des mesures qu'ils réclament depuis longtemps afin d'affronter la crise avec détermination.
« Le nombre de réunions du Conseil européen à la recherche d'une solution à la crise me laisse penseur. Les Sommets n'en finissent pas. Des décisions sont prises mais elles sont mises en œuvre très lentement, lorsqu'elles le sont », a déploré le chef du groupe PPE, le Français Joseph Daul, mercredi 12 juin lors du débat en plénière consacré au Sommet des 27 et 28 juin. Son homologue du groupe libéral, le Belge Guy Verhofstadt, a dénoncé les propos du président français, François Hollande, pour qui la crise est passée. « Nous sommes en plein milieu », a-t-il souligné. Selon lui, le seul moyen de lutter efficacement contre la crise est de recapitaliser le secteur bancaire pour que celui-ci consente à prêter à l'économie à des taux moins prohibitifs. Il a mis l'accent sur « l'union bancaire », appelant le Conseil européen à au moins se mettre d'accord sur la nécessité de boucler rapidement le chantier. « Il faut que le 27 juin les choses soient claires et que soit mis fin aux bagarres entre États membres », a souligné l'ancien Premier ministre belge. En regardant les images sur la fermeture forcée des médias publics grecs, « je me dis que la crise n'est pas terminée », a déclaré Rebecca Harms (Verts/ALE, Allemagne), pour qui la crise la plus importante vient de l'incapacité des États membres à aller vers plus d'intégration politique.
Le Sommet sera consacré à la situation économique dans l'UE, à l'approfondissement de l'Union économique et monétaire (UEM), à la lutte contre le chômage des jeunes et au financement de l'économie.
Le Conseil européen insistera sur la mise en œuvre des recommandations de politique économique et sociale que la Commission européenne a présentées fin mai (EUROPE n° 10855). La ministre irlandaise des Affaires européennes, Lucinda Creighton, a rappelé l'importance de la consolidation budgétaire dont le rythme doit être adapté à la situation de chaque pays, d'où l'extension de dates limites (un an pour les Pays-Bas et le Portugal, deux ans pour l'Espagne, la France, la Pologne et la Slovénie) pour ramener les déficits publics sous la barre des 3%. Ces délais supplémentaires doivent être utilisés pour mener à bien les réformes structurelles, a rappelé le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso. Les Vingt-sept insisteront sur la nécessité d'accélérer la mise en œuvre du 'Pacte de croissance' doté de 120 milliards d'euros. Le rôle de la BEI, dont le capital a été augmenté de 10 milliards d'euros, sera déterminant à cet égard.
UEM. Mme Creighton a reconnu que des progrès étaient nécessaires afin d'approfondir l'UEM, « particulièrement en matière d'union bancaire ». Un document préparatoire au projet de conclusions du Sommet qualifie l'union bancaire d'élément clé pour « stimuler la confiance, réduire la fragmentation financière et restaurer des conditions normales de prêt à l'économie ». Et d'ajouter: « Un mécanisme unique de supervision bancaire requiert un mécanisme unique de restructuration bancaire doté de pouvoirs substantiels permettant de prendre des décisions cohérentes et rapides et soutenu par un montage financier efficace, y compris de nature budgétaire. » La proposition de la Commission visant à instaurer une agence européenne de restructuration est attendue d'ici au Sommet (EUROPE n° 10861).
En décembre, le Conseil européen avait déjà reporté à juin l'élaboration d'une feuille de route sur l'approfondissement de l'UEM. Le risque existe qu'un délai ultérieur soit requis lors du prochain Sommet. Dans une résolution adoptée mercredi, le PE fustige la procrastination du Conseil, ainsi que l'influence « négative » des processus électoraux nationaux, qui ont pour effet que « toutes les décisions sur la future architecture de l'UEM soient encore remises à plus tard » (EUROPE n° 10864). Le Sommet pourrait se contenter de noter l'intention de la Commission de faire une proposition sur la coordination ex ante des politiques économiques et de présenter une communication sur les façons de compléter le cadre européen de coordination des politiques économiques, deux sujets qui seront à l'ordre du jour du Sommet de décembre. Le président de la Commission a aussi annoncé des propositions sur la « dimension sociale » de l'UEM.
Emploi des jeunes. En écho à la requête franco-allemande (EUROPE n° 10857), M. Barroso a évoqué les efforts de la Commission visant à permettre un accord au Sommet pour mobiliser en début de cycle (les deux ou 3 premières années) les 6 milliards d'euros du cadre financier 2014-2020 consacrés à l'Initiative Jeunesse. Le Sommet devrait demander aux pays bénéficiaires d'adopter, d'ici à fin 2014, un plan de mise en œuvre de cette initiative, les autres disposant d'un délai fixé à l'été 2014. La Commission et les États membres seront invités à explorer les possibilités de financer des mesures contre le chômage des jeunes à travers le Fonds social européen. Sera aussi mis l'accent sur les mesures facilitant la mobilité des jeunes travailleurs.
Mercredi, les groupes PPE, S&D, ADLE et Verts/ALE ont adopté une déclaration conjointe en vue du sommet sur l'emploi des jeunes (3 juillet à Berlin) dans laquelle ils déplorent la nature intergouvernementale de la conférence, des représentants du Parlement européen n'ayant pas été conviés. (MB)