Bruxelles, 12/06/2013 (Agence Europe) - Au lendemain de la fermeture, temporaire, de la télévision publique grecque par le gouvernement, la Commission européenne a assuré, mercredi 12 juin, ne pas être intervenue dans cette décision.
Olivier Bailly, un porte-parole de l'institution, a déclaré que ce choix avait été fait par les autorités grecques « en totale autonomie ». « Il n'y a pas de lien entre la décision du gouvernement grec et les discussions avec la 'troïka' » (Commission européenne, BCE, FMI) qui ont lieu en ce moment même à Athènes, a-t-il ajouté, assurant que la Commission n'avait été mise au courant que lorsque l'annonce avait été faite publiquement, la veille dans la soirée. Le porte-parole du gouvernement grec, Simos Kedikoglou, a expliqué à Reuters que la décision datait de six semaines et n'est aucunement liée à l'échec de la privatisation de la firme de gaz naturel DEPA lundi (EUROPE n° 10864) ou au retour de la 'troïka' sur le sol grec.
Mardi en fin d'après-midi, Athènes a indiqué sa décision, effective le soir-même, de fermer les chaînes de la télévision publique ERT. Celle-ci devrait rouvrir au plus tard en automne, à effectifs réduits, sous une autre forme et sous le nom de NERIT SA. Les 2 656 salariés actuels devraient recevoir une compensation et pourront postuler pour intégrer la nouvelle télévision, a précisé Simos Kedikoglou, qui a souligné qu'ERT représentait « un cas exceptionnel d'absence de transparence et de dépenses incroyables ». Il a précisé que la nouvelle antenne serait dotée d'un budget de 100 millions d'euros, soit trois fois moins qu'ERT.
Pour la Commission, cette décision s'inscrit dans les efforts pris par Athènes pour moderniser l'économie grecque, « ce qui inclut améliorer le fonctionnement et l'efficacité du secteur public ». Elle a insisté sur l'importance « du rôle de la radiodiffusion publique en tant que partie intégrante de la démocratie européenne » et a accueilli favorablement l'engagement d'Athènes de lancer prochainement un média qui remplira ce rôle et sera « financièrement viable ».
Selon la presse grecque, la décision a eu pour effet d'isoler le parti d'Antonis Samaras car elle a été prise sans consentement des partis de la coalition. Le quotidien Ekathimerini rapportait mercredi que les partenaires de M. Samaras, PASOK et DIMAR, travaillaient sur une proposition qui pourrait annuler cet arrêt. Les deux partis ont annoncé qu'ils ne voteraient pas pour le décret lorsqu'il serait présenté au parlement.
Réactions en chaîne. Après les manifestations de mardi soir, les salariés d'ERT ont contourné la décision en poursuivant la diffusion des programmes via Internet mercredi. Les syndicats ont appelé à la grève générale de 24h jeudi. La GSEE a dénoncé le « coup d'État » du gouvernement qui persiste « à prendre des décisions antidémocratiques extrêmes ». Les fédérations européenne et internationale des journalistes (EFJ et IFJ) ont appelé conjointement le gouvernement à revenir sur sa décision, le président de l'EFJ, Mogens Blicher Bjerregard, évoquant un « coup majeur (porté) à la démocratie et au pluralisme des médias ».
Dans un communiqué, l'Union européenne de Radio-télévision (UER) s'est montrée choquée de la décision du gouvernement grec. « L'UER exprime, au nom de toute la communauté des médias de service public européens, le profond désarroi qui est aujourd'hui le sien après la brutale fermeture d'ERT. » Le président de l'UER a adressé une lettre au Premier ministre grec, Antonis Samaras, dans laquelle il lui demande de « faire tout ce qui est en son pouvoir » pour revenir sur cette décision. Il a également adressé une requête au président de la Commission, José Manuel Barroso, pour l'appuyer dans sa démarche. L'UER rappelle que les médias de service public indépendants sont au cœur même des sociétés démocratiques et estime que tout changement majeur opéré dans ce paysage ne peut intervenir qu'au terme d'un débat parlementaire large, ouvert et démocratique. L'UER est prête à intervenir pour mettre son savoir-faire à la disposition d'ERT - membre fondateur de l'UER lors de sa création en 1950 - afin de procéder aux assainissements nécessaires à une meilleure gestion des fonds publics et lui permettre de « conserver son statut de véritable diffuseur public, dans la pure tradition européenne ».
Les députés européens sont également montés au créneau. La GUE/NGL y a vu « un nouveau coup de poignard dans l'emploi », décidé de manière unilatérale « sans information préalable, sans consultation des syndicats et sans débat au parlement ». Rebecca Harms (Verts/ALE, Allemagne) a déclaré que « s'il y avait une sérieuse intention de réformer la ERT, le gouvernement aurait pu s'engager dans un projet commun avec les employés, la société civile et les institutions, à travers un processus démocratique ». Du même parti, le Grec Nikos Chrysogelos a estimé qu'il était inconcevable qu'une chaine publique puisse être coupée dans un État démocratique « sans dialogue préalable ». Pour Françoise Castex (S&D, France), « cette décision illustre avant tout la violence des exigences de la 'troïka' », rappelant au passage que la Grèce est « le berceau de la démocratie européenne ». Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE, a appelé Antonis Samaras à assumer ses responsabilités. « Au lieu de blâmer la Commission pour les réformes qu'elle n'a pas demandé, le Premier ministre serait mieux inspiré de faire les réformes dont son pays a impérativement besoin », a-t-il dit. Theodoros Skylakakis a expliqué que « ERT ne remplissait pas son objectif depuis longtemps et fonctionnait à coup d'énormes subventions et d'embauche clientéliste (…) ». (EL avec IL)