Bruxelles, 12/06/2013 (Agence Europe) - Le président chypriote, Nicos Anastasiades, a adressé une série de remarques à la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) dans une lettre publiée mardi par la presse chypriote.
M. Anastasiades appelle les créanciers de l'île à mettre au point une solution à long terme pour répondre aux problèmes de liquidités de la première banque de l'île, la Bank of Cyprus (BoC), supposée épauler l'économie de l'île. Face au silence des trois institutions, le ministre chypriote des Finances, Harris Georgiades écrira à chacun de ses partenaires européens pour attirer leur attention sur ces problèmes, dans l'espoir d'une discussion lors de l'Eurogroupe du jeudi 20 juin, selon une source.
Dans sa lettre, M. Anastasiades déplore le fait que le 'bail-in' imposé aux déposants des deux principales banques chypriotes s'est fait « sans préparation minutieuse » et sans différenciation entre les dépôts à long terme bénéficiant de rendements élevés et les montants qui ne font que transiter, comme le capital des entreprises, largement mis à contribution, selon lui. S'ajoutent à cela les mesures de restriction des capitaux, qui compliquent la poursuite des activités, une confiance dans le secteur bancaire égratignée, une récession plus importante et un environnement difficile pour mener à bien la consolidation budgétaire, selon lui.
M. Anastasiades pointe également le manque de justesse dans la gestion du cas chypriote. Est relevé le manque de prise en considération des pertes des banques de l'île lors de la restructuration de la dette grecque. Chypre a également perdu des plumes dans la vente des filiales de ses banques à la Grèce, destinée à éviter la contagion. Si la BoC a hérité de 9 milliards d'euros de dettes de Laiki envers la BCE, elle n'a pas reçu les collatéraux qui servaient de gage à 3,8 milliards d'euros de dette. Et de souligner au passage que plus de 4 milliards d'euros des liquidités d'urgence fournies par la BCE, par ailleurs dans des « circonstances très douteuses », avaient servi à couvrir les fuites de dépôts des filiales chypriotes en Grèce. Ce transfert de 9 milliards de dettes, dont 3,8 milliards non garantis, hypothèque l'avenir de la BoC, estime le président chypriote.
M. Anastasiades préconise de convertir ces dettes en obligations à long terme et de les placer dans une entité séparée. Il suggère aussi de revenir sur la décision de l'Eurogroupe de transférer les bons actifs de la Laiki (et ses dettes) à la BoC. La BCE et la Commission ont toutes deux confirmé avoir reçu la lettre mais se sont refusées à tout commentaire. Si la BCE peut seule décider d'accepter ou non la première proposition de M. Anastasiades, il semble peu probable que la Commission soutienne une remise en question des décisions prises en mars. (EL)