Bruxelles, 11/06/2013 (Agence Europe) - 36 ans après le plan Davignon, et 11 ans après l'expiration du traité CECA, l'Europe se dote d'un plan d'action pour soutenir son secteur de l'acier en grande difficulté.
La Commission a dévoilé mardi 11 juin un plan d'action communautaire pour relancer un secteur sidérurgique soumis à rude épreuve, face à une contraction de la demande d'acier dans l'UE, une concurrence féroce au niveau mondial, et des factures énergétiques qui ne cessent de grimper.
Présentant le plan en marge de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, Antonio Tajani a affiché sa confiance quant à « l'avenir prometteur » du secteur européen de l'acier, confronté aux surcapacités à l'échelle mondiale. « En maintenant sa position traditionnelle de chef de file dans la fabrication de produits innovants, l'industrie sidérurgique européenne est capable d'acquérir un avantage concurrentiel à l'échelle mondiale », a affirmé le commissaire, sûr que son plan « redynamisera » le secteur industriel de l'UE, dont il souhaite voir la part dans le PIB de l'UE, tombée en-deçà de 16%, remonter à 20% d'ici 2020.
Étroitement liée à d'importants secteurs en aval, tels que l'automobile, la construction, l'ingénierie électronique, mécanique et électrique, l'industrie de l'acier revêt une dimension transfrontalière très marquée en Europe, où 500 sites de production sont répartis dans 23 États membres.
Face à une nette contraction de la demande intérieure, la production européenne a chuté de plus de 30% entre 2006 et 2009 pour rester en 2012 à 83% de son niveau de 2007, entraînant des surcapacités de 20 à 25%. L'emploi dans ce secteur clé, à la source de 360 000 emplois, et avec un chiffre d'affaires de plus de 170 milliards d'euros, a diminué de 10% entre 2007 et 2011. Et, si elle reste le deuxième plus grand producteur d'acier au monde (177 millions de tonnes d'acier par an, soit 11% de la production mondiale), l'UE a vu ses parts de marché fondre de 22 à 12% quand celles de la Chine ont grimpé de 8 à 45% entre 2001 et 2011.
Mais la Commission reste confiante: selon l'OCDE, la demande mondiale d'acier devrait augmenter et atteindre 2,3 milliards de tonnes d'ici à 2025, principalement dans les secteurs de la construction, des transports et de l'ingénierie mécanique, surtout dans les économies émergentes. Une opportunité à saisir.
Le plan d'action pour l'acier, premier plan du genre présenté par l'exécutif européen depuis le plan Davignon en 1977, ne prévoit pas d'aides directes au secteur mais vise à stimuler la demande dans les secteurs en aval, en particulier dans le secteur automobile et des voitures propres, et de la construction durable et des immeubles à faible consommation d'énergie. Il prévoit aussi de soutenir la demande externe sur les marchés tiers en luttant contre les pratiques déloyales et en garantissant l'accès aux matières premières essentielles. Ainsi, les marchés de la ferraille seront surveillés pour sécuriser l'approvisionnement des firmes sidérurgiques européennes qui l'utilisent comme matière première.
La Commission s'engage également à réduire les coûts supportés par l'industrie, notamment ceux qui découlent de la réglementation de l'UE. L'impact de la charge réglementaire globale sur la compétitivité du secteur sera évalué d'ici fin 2013. L'exécutif européen veut aussi rendre abordables les coûts de l'énergie dont l'industrie sidérurgique est grande consommatrice. Elle mise à cet égard sur la mise en place du marché intérieur de l'énergie et la diversification de l'offre, et promet de conseiller l'industrie sur la conclusion des contrats de fourniture d'électricité à long terme afin d'améliorer la prévisibilité de ces coûts.
Le plan d'action prévoit également des mesures ciblées pour soutenir l'emploi dans le secteur et accompagner la restructuration afin que la main-d'œuvre hautement qualifiée reste en Europe, ainsi qu'un soutien aux programmes de R&D pour des projets innovants pour les nouveaux types d'acier.
Un groupe de haut niveau, un de plus, sera chargé de superviser la mise en œuvre du plan. Le plan sera évalué d'ici un an pour vérifier s'il remplit ses objectifs. (EH)