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Bulletin Quotidien Europe N° 10864
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Éléments de clarté sur le chômage des jeunes, les relations UE-Turquie et la situation en Lettonie

Enfin du concret pour combattre le chômage des jeunes. On commence à y voir plus clair. Dans deux jours se rencontrent à Rome les ministres du Travail et ceux des Finances de quatre pays de l'UE: Allemagne, Espagne, France et Italie. Il en sortira quelque chose de concret et d'opérationnel dans la lutte contre le chômage des jeunes. Cette rubrique a mis l'accent la semaine dernière (bulletin n° 10861) sur l'accord facilitant l'insertion de jeunes Espagnols dans l'économie allemande. Maintenant, le cercle s'élargit.

La ministre allemande du Travail et des Affaires sociales, Ursula von der Leyen, a expliqué à la presse italienne ses intentions et ses espoirs. Elle a indiqué que, dans son pays, un million d'emplois ne sont pas occupés et 33 000 places pour la formation professionnelle sont encore disponibles. L'Allemagne a besoin d'une immigration qualifiée qu'elle recherche au sein de l'UE, où la circulation des personnes est un droit.

En Allemagne, les employeurs cherchent des jeunes ; ailleurs, beaucoup de jeunes cherchent un emploi: il faut les mettre en contact. La langue est-elle une barrière ? Son ministère, a indiqué Mme von der Leyen, a investi 140 millions d'euros pour offrir aux jeunes Européens des cours d'allemand, et même les frais de voyage sont à sa charge ; et last but not least, les cours de formation sont rémunérés. En revanche Mme von der Leyen n'est pas d'accord pour exclure ces dépenses du calcul de la dette publique, car « la consolidation des dépenses publiques est indispensable pour rétablir la confiance des investisseurs, attirer les investissements étrangers et être compétitifs au niveau mondial ».

Ce bref résumé met en lumière la personnalité de Mme von der Leyen et ses projets, et surtout il met en lumière un exemple de coopération entre États membres, en lieu et place des banales accusations réciproques entre les différents courants politiques.

Turquie: pour en finir avec les bavardages inutiles. Une certaine cohérence est nécessaire dans les réactions aux événements en Turquie. On ne peut pas condamner l'attitude d'Erdogan et, en même temps, appuyer l'adhésion de la Turquie à l'UE. La majorité de la population turque continue, depuis des années, à voter en faveur du parti musulman AKP de M. Erdogan, dans des proportions croissantes d'un vote à l'autre, et tout indique qu'il en sera de même l'année prochaine. La ville d'Istanbul ne fait pas exception: la dernière fois, en 2011, l'AKP avait obtenu 64,7% des voix. Et la nouvelle Constitution, qui supprimera le caractère laïque de la République turque, sera bientôt adoptée. Les conditions pour devenir un pays de l'UE s'éloignent.

La seule attitude raisonnable pour l'UE est donc de renoncer à la fiction de l'adhésion turque et à négocier des accords de coopération (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10859), en laissant de côté les leçons périodiques de démocratie dépourvues d'effets et de signification. La Turquie est géographiquement tellement proche de l'Europe, les relations économiques avec l'UE sont tellement étroites, les problèmes à résoudre sont tellement nombreux, que les institutions européennes, Parlement compris et Mme Ashton aussi, devraient laisser de côté illusions et phrases rhétoriques, et regarder enfin la réalité en face.

Lettonie: une adhésion contestée ? La décision de l'UE favorable à l'entrée prochaine de la Lettonie dans la zone euro a évité, c'est normal, toute référence au rapport à ce sujet de la Banque centrale européenne, qui est loin de soutenir l'opération. Les réticences de la BCE concernaient le caractère surdimensionné du système bancaire, la part excessive des dépôts des non-résidents (en majorité russes), les faillites bancaires précédentes prises en charge par l'État et les faiblesses de l'économie lettone.

S'y ajoute la réticence de la population. Le Premier ministre, Valdis Dombrovskis, avait rejeté à l'avance les critiques, nationales ou extérieures, en faisant valoir que: - la crise de l'euro est en réalité la crise de certains pays de la zone et non de la monnaie ; - son pays avait traversé sa crise (forte contraction du PIB) alors qu'il était hors de la zone euro ; - dans l'activité bancaire du pays, 80% des prêts et 50% des dépôts sont déjà en euros ; - entrer dans la zone euro fera baisser les taux d'intérêt et attirera les investissements (ainsi qu'on l'a vu en Estonie); - soixante-dix pour cent des échanges commerciaux se font avec la zone euro et le coût de la conversion monétaire sera éliminé. Le Premier ministre estime en outre que le « coût de la solidarité » doit être accepté car son pays en a déjà bénéficié.

Je me limite à rappeler qu'en son temps la BCE avait exprimé beaucoup de réticences face à l'entrée de la Grèce dans la zone euro. Elle n'avait pas été écoutée et on connaît le résultat. Mais encore ? Je n'ai pas de réponse. J'ai simplement indiqué des éléments récoltés en tant que journaliste.

(FR)

 

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