Bruxelles, 11/06/2013 (Agence Europe) - Les eurodéputés ont presqu'unanimement condamné, mardi matin à Strasbourg, les agissements des services de renseignement américains ayant espionné à plusieurs reprises toutes les communications, y compris de citoyens européens, passées via plusieurs grands groupes comme Google ou Facebook. Ce programme appelé « PRISM », révélé jeudi dernier par le Washington Post et le Guardian, a en tout cas été jugé suffisamment choquant pour que le groupe ADLE obtienne lundi soir la tenue d'un débat spécifique sur le sujet. Sans surprise, les groupes politiques, à l'exception toutefois du groupe CRE, qui a souhaité ne pas condamner précipitamment et sans preuves ce programme, ont tous dit leur colère et leur préoccupation quant à ce gigantesque programme de surveillance des communications personnelles.
Pour le représentant du PPE, l'Allemand Manfred Weber, « c'est préoccupant quand on voit ça » et « je suis très inquiet de la quantité de données concernées ». Et l'élu allemand de réclamer de la « transparence de la part des compagnies ». Il faut « des normes harmonisées et peut-être définir des normes internationales », a ajouté Manfred Weber, s'interrogeant d'ailleurs sur le rôle du Royaume-Uni et sa possible complicité dans le transfert vers les États-Unis de données d'Européens.
Pour le groupe S&D, ces révélations sont d'abord une « grave rupture de confiance » avec les États-Unis, a dit Claude Moraes. Et la réunion ministérielle UE/États-Unis qui se tient en fin de semaine à Dublin doit « être l'occasion de parler de cela ». Il faut « savoir ce qu'ils ont fait avec cette surveillance » et toutes ces informations « qui ne sont pas nécessaires et brisent la confiance ». Pour l'élu britannique, il est plus que jamais nécessaire de trouver l'équilibre entre « sécurité et nécessité de protéger les données », M. Moraes s'inquiétant aussi de l'absence d'accord transatlantique sur le sujet avec les États-Unis.
Pour le groupe ADLE et Sophia in't Veld, très en pointe sur le sujet, « 500 millions d'Européens ont été choqués ». Ce programme est un « énorme problème » mais « nous ne devons pas feindre d'être surpris, on sait qu'ils nous espionnent mais on parle à un mur quand on leur pose des questions », a ajouté Mme in't Veld. La Néerlandaise était par ailleurs déçue mardi matin que les principaux responsables du dossier à la Commission n'aient pas pris part au débat. C'est en effet au commissaire en charge de la Santé, Tonio Borg, que se sont adressés les députés. Le commissaire maltais n'a d'ailleurs fait que répéter le mécontentement de la Commission vis-à-vis du programme PRISM et déploré le fait qu'aucune solution n'ait encore pu être trouvée alors que le « problème n'est pas nouveau ». La Commission a déjà abordé à de nombreuses reprises la nécessité d'avoir un cadre de protection des données pouvant s'appliquer à tous les accords sectoriels de transferts de données personnelles. Elle a aussi prévu des dispositions dans sa réforme de la directive de 1995 sur les données personnelles permettant de prémunir les Européens de tels écueils. Mais ces appels restent rejetés par les États-Unis parce qu'ils « compliqueraient évidemment et rendraient même quasiment impossibles l'existence de tels programmes », indiquait déjà une source lundi.
En attendant, Tonio Borg a assuré les députés que l'UE devait absolument être « capable de réagir à ce genre de scandales » et obtenir des États-Unis le même niveau de protection et de recours qu'ils offrent à leurs compatriotes. Mais le Maltais a aussi jugé qu'il ne fallait pas perdre de vue les objectifs de tels programmes de surveillance ni « oublier notre vrai ennemi: le terrorisme, qui nécessite d'obtenir de bons renseignements ». Les terroristes « eux n'ont pas de règles », a ajouté le commissaire, préconisant que l'on trouve rapidement un équilibre entre les « droits et des devoirs ». (SP)