Bruxelles, 28/05/2013 (Agence Europe) - L'Allemagne à leur tête, 18 États membres refusent de frapper les importations de panneaux solaires chinois de droits antidumping. Soutenu par la France et certains pays du sud, le commissaire De Gucht garde une attitude ferme à l'égard de Beijing.
« La Chine défie l'UE. Elle est en train de tester la capacité des Vingt-sept à maintenir la seule vraie politique commune existante, la politique commerciale », soulignait mardi 28 mai l'éditorial de l'édition du quotidien français Le Monde du 29 mai. Alors que les États-Unis n'avaient pas tergiversé, au printemps 2012, pour sanctionner les exportations chinoises de panneaux solaires bon marché, dopées par des pratiques de dumping et des subventions, l'UE, pourtant victime d'un préjudice de taille, les exportations de panneaux solaires chinois vers son marché ayant atteint 21 milliards d'euros en 2011, pourrait renoncer à imposer des sanctions identiques, une majorité de ses États membres, dont l'Allemagne, premier exportateur européen vers la Chine, souhaitant éviter des mesures de rétorsion commerciale chinoises.
Alors que, le jour même, le gouvernement allemand, qui recevait le Premier ministre chinois Li Keqiang, confirmait son rejet des sanctions commerciales envisagées par la Commission contre Beijing, des fuites dévoilaient dans la soirée de lundi que dix huit États membres, emmenés par l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande - auxquels se seraient ralliés Chypre et la Grèce - ont émis un avis défavorable, lors d'une réunion du comité antidumping en fin de semaine dernière, sur la proposition du commissaire au Commerce, Karel De Gucht, de taxer entre 37% et 68% (47% en moyenne) les importations de panneaux solaires chinois et leurs composants. Une sanction soutenue par la France et certains pays du sud - Espagne, Italie et Portugal - désireux de sauver une industrie photovoltaïque européenne à l'agonie.
Comme le souhaite Berlin, qui soutenait initialement sa proposition - Solar World, l'entreprise à l'origine des plaintes antidumping contre les panneaux solaires chinois, d'abord aux États-Unis, puis en Europe, sous la bannière de l'association EU Pro Sun, est allemande - avant d'être convaincu par Beijing d'y renoncer, Karel De Gucht n'exclut pas de négocier avec les autorités chinoises. Comme il n'exclut pas de négocier un arrangement à trois avec les États-Unis.
Lors d'une réunion lundi à Bruxelles avec le vice-ministre chinois du Commerce, Zhong Shan, le commissaire au Commerce « a indiqué qu'il était prêt à négocier une solution à l'amiable sur le dossier des panneaux solaires », assurait peu après son porte-parole, John Clancy. « Toutefois, les Chinois n'ont fait aucune proposition spécifique (…) Et les discussions ne pourront pas s'engager avant une première décision concernant des droits provisoires, le 5 juin », précisait M. Clancy. À ce stade, la Commission peut imposer, pour une période de six mois, les droits antidumping envisagés, à moins qu'une majorité qualifiée d'États membres (deux tiers des voix) ne s'y oppose. Des mesures définitives souhaitées par la Commission seront encore plus difficiles à obtenir, une majorité simple d'États étant suffisante pour les rejeter.
Mais, par-delà son attitude consensuelle, M. De Gucht, le plus libéral des membres de l'exécutif européen, a affiché lundi et mardi une attitude ferme à l'égard de Beijing et des pratiques commerciales déloyales chinoises. Le commissaire au Commerce a clairement signifié au vice-ministre Zhong qu'il était « informé des pressions exercées par la Chine sur un certain nombre d'États membres de l'UE, ce qui explique pourquoi ils se positionnent comme ils le font dans leur recommandations à la Commission », précisait lundi M. Clancy. Devant la commission « commerce international » du Parlement européen, M. De Gucht a déclaré mardi qu'il ne céderait pas aux pressions exercées par Beijing. « Ils ne vont pas m'impressionner en faisant pression sur des États membres. Peu m'importe que cela concerne le plus grand pays et le plus peuplé du monde. Pour moi, c'est la même chose », insistait-il.
De son côté, M. Zhong a qualifié de « constructive » sa rencontre avec M. De Gucht, qui a aussi porté sur la question de possibles enquêtes antidumping et antisubventions contre les équipementiers télécoms chinois Huawei et ZTE. « Toute initiative de l'UE sur l'un de ces deux sujets entraînera nécessairement une réaction chinoise », a néanmoins menacé M. Zhong. Les « pratiques protectionnistes » envisagées par l'UE « ne sont pas acceptables pour la Chine et dégraderaient fortement le climat des relations économiques et commerciales bilatérales. Le gouvernement chinois ne resterait pas passif et prendrait les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts nationaux », a renchéri la mission de la Chine auprès de l'UE.
Côté français, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, comme la ministre de l'Écologie, Delphine Batho, ont réaffirmé mardi leur soutien à la démarche entreprise par le commissaire De Gucht pour rééquilibrer les échanges bilatéraux entre l'UE et la Chine. (EH)