Dublin, 28/05/2013 (Agence Europe) - Lors d'une visite d'un centre de recherche agronomique (financé par l'État), dans les campagnes et les fermes laitières du comté de Meath, les journalistes présents ont pu rencontrer brièvement, lundi 27 mai après-midi, certains ministres et ainsi recueillir leurs impressions sur les négociations en cours sur la réforme de la politique agricole commune (PAC).
Le ministre français, Stéphane Le Foll, a déclaré à propos de la réunion de lundi entre le Conseil et le PE que l'ambiance était « pas mal. Il n'y a pas eu d'énormes tensions. Cela se passe plutôt bien ». Les questions sur lesquelles la France veut encore des progrès: premièrement, le couplage des aides, il y a un « juste milieu » à trouver entre les 12% proposés par le Conseil et les 15% du PE. Sur l'après-quota dans le secteur du lait: « On a besoin de régulation, et il y a des choses dans le rapport Dantin qui sont très intéressantes. Je pense en particulier au fait d'intégrer les coûts de production lors du déclenchement des filets de sécurité. On ne peut pas laisser l'Europe sortir des quotas laitiers, sans élément substantiel de régulation du marché », a déclaré le ministre français. Sur le verdissement, « il n'y a pas de réticences sur le sujet, il n'y a plus de blocage ». Sur la convergence interne, la France estime avoir obtenu des choses, les 50 premiers hectares notamment (hausse de la dotation pour les 50 premiers hectares, ce qui favorise les petites et moyennes entreprises). M. Le Foll a confirmé qu'Espagne, Portugal et Italie discutent beaucoup de convergence interne. La France a proposé de reprendre les trois rapports du PE et d'identifier les points de convergence et les points durs pour préparer le Conseil de juin avec l'objectif de finaliser une réforme. « Et il ne faut pas lier la réforme de la PAC à la question budgétaire, même si le PE ne pourra adopter la réforme que s'il y a un cadre budgétaire », a conclu le ministre français.
L'Allemagne défend le double financement
Ilse Aigner, la ministre allemande, a expliqué en substance au sujet du problème du double financement (au titre du premier pilier avec le verdissement des aides et du second avec les mesures agro-environnementales dans les programmes de développement rural) qu'il ne fallait pas réduire les primes des entreprises qui appliquent des mesures agro-environnementales. « Sans double financement, les fermes biologiques pourraient être affectées aussi », a confié Mme Aigner. Elle a souligné l'importance aussi de ne pas revenir sur l'orientation de la PAC vers le marché, et expliqué que l'Allemagne ne comprend pas le besoin d'un couplage des aides (lier les aides au niveau de production). Sur le plafonnement, l'Allemagne est contre et estime qu'il ne faut pas y revenir car le Conseil européen a statué sur le sujet (il opte pour un plafonnement volontaire).
Simon Coveney, le ministre irlandais, a estimé au sujet de la convergence interne que le seuil minimum de 75% proposé par la Commission est trop élevé.
Miguel Arias Canete très ferme sur la convergence interne
« Je ne serais pas le ministre connu pour avoir condamné tout un secteur à la disparition », a dit le ministre espagnol, en citant l'huile d'olive et les producteurs de riz en Estrémadure. C'est une ligne rouge pour Madrid, qui votera contre la réforme à défaut de solution satisfaisante sur la convergence interne. Même avec l'introduction d'une fourchette de 65 à 75% (de convergence interne) de la moyenne régionale ou nationale, cela conduira à la fin des activités agricoles dans certains domaines, a souligné Miguel Arias Canete. Il faut selon lui trouver une solution qui limite les pertes des agriculteurs (et un amendement du PE a été introduit à ce sujet). Le modèle proposé par l'Irlande lui conviendrait.
Sabine Laruelle, la ministre belge, a dit que le sucre « cristallise » pas mal de positions divergentes. La Belgique n'est pas favorable à un système obligatoire de soutien aux petites exploitations. « Si on n'a rien sur la régulation, notre position va se durcir », a averti la ministre belge.
La ministre danoise, Mette Gjerskov, a dit que « tout le monde devait bouger pour atteindre un accord ». Sur la convergence interne, le modèle irlandais est le meilleur compromis possible pour le moment, a dit la ministre danoise. Elle s'attend à des discussions difficiles sur les jeunes agriculteurs, le plafonnement, l'alignement de la PAC sur le traité, et aussi sur les paiements couplés. Elle n'est pas certaine qu'il y aura un compromis sur le plafonnement et la dégressivité des aides, car la mesure engendre beaucoup de bureaucratie.
Le président de la commission agriculture du PE, Paolo de Castro (S&D, italien), s'est montré assez optimiste sur les chances de boucler un accord en juin, car « nous avons pu montrer l'importance politique qu'a le PE dans le processus. Je pense que les ministres l'ont compris. Nous avançons dans la bonne direction ». Un accord fin juin est la seule « fenêtre de tir » selon lui. En cas d'échec en juin, la réforme sera retardée, notamment en raison des élections en Allemagne (le 22 septembre 2013), a rappelé M. de Castro. (LC)