En attendant le dossier énergie… Le mini-sommet européen de mercredi a relancé le débat communautaire sur l'énergie, ce qui est en soi un mérite, même si les résultats ont été essentiellement préparatoires, avant les décisions qui viendront ou qu'on souhaite. Je ferai prochainement le point à ce sujet. Mais je souhaite d'abord compléter l'analyse de l'initiative de la France qui vise à relancer l'essentiel de la construction européenne. Après les remarques sur les objectifs de François Hollande et sur quelques incertitudes institutionnelles (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10849), il importe de répondre à la question indispensable: quid des réactions des autres États membres au projet français ?
Un objectif stratégique. Le projet de M. Hollande poursuit, à côté de son contenu opérationnel, un objectif stratégique: éliminer ne fût-ce que l'hypothèse d'une cassure de l'UE en deux parties, l'Europe centrale et du nord d'un côté, l'Europe méridionale, ou méditerranéenne, de l'autre, avec la France dans le deuxième groupe. Le lien France-Allemagne, qui avait été à l'origine et à la base de la première Communauté européenne (la CECA), serait cassé ! Impensable, même si les opinions de Paris et de Berlin peuvent parfois diverger. Et Angela Merkel est d'accord: le soir même de l'annonce du projet français, elle avait réaffirmé: - les bases très solides de la coopération franco-allemande ; - ses bonnes relations personnelles avec M. Hollande ; - le rôle essentiel de la France au sein de la zone euro, même si des réformes structurelles à Paris sont nécessaires. La principale divergence franco-allemande actuelle, on le sait, porte sur l'exigence de Berlin d'une révision du Traité pour rendre possibles les eurobonds, qui constituent en pratique des dettes communes des pays de l'euro. N'oublions quand même pas la phrase de Mme Merkel: « Je sais que l'Allemagne va bien quand l'Europe va bien. »
France et Allemagne largement d'accord ? N'oublions pas non plus que la chancelière allemande avait lancé il y a un an l'idée de l'union politique de l'Europe et qu'à l'époque c'est la France qui n'avait pas réagi. L'Allemagne ne peut donc qu'être en principe d'accord avec le projet français actuel. Mme Merkel a laissé entendre qu'elle ne s'opposera pas au gouvernement économique de la zone euro, qui discuterait (dixit François Hollande) « les principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale », sans oublier la « convergence sur le plan social ». Le ministre français de l'Économie et des Finances, Pierre Moscovici, a estimé compréhensible que l'opinion publique allemande ait l'impression qu'on lui demande de payer pour les États membres qui ne réalisent pas les réformes nécessaires ; à son avis, la réserve de l'Allemagne sur les eurobonds n'est pas une opposition de principe: « Les eurobonds seront le résultat d'un processus, non pas une condition préliminaire. »
Italie positive. Quant à l'Italie, le nouveau gouvernement est fermement engagé dans le sens européen. Le nouveau Premier ministre, Enrico Letta, a choisi le slogan L'Europe est ma boussole ; il a d'ailleurs été dans le passé ministre des Affaires européennes. Il a comme premier objectif la sortie immédiate de l'Italie, avant la fin du mois, de la procédure de déficit excessif, ce qui permettra à Rome de bénéficier à nouveau des cofinancements européens pour les projets régionaux et sociaux.
D'ailleurs, le nom de la ministre italienne des Affaires étrangères est en lui-même une garantie: Emma Bonino, ancienne commissaire européenne et ancien membre du PE, a choisi ce titre pour la première interview écrite après sa nomination dans l'équipe de Letta: « L'Europe fédérale ? Maintenant ou jamais. » Elle s'est félicitée de l'initiative du président français, sans cacher toutefois la crainte que l'objectif de Paris soit l'Europe intergouvernementale, alors que « la voie de l'Europe des patries finirait par détruire les patries elles-mêmes ». Mme Bonino ne préconise pas une Europe qui s'occuperait de tout ; son projet est une fédération légère qui n'a rien à voir avec un super-État ; un nombre limité de secteurs serait mis en commun: politique étrangère, fiscalité, Trésor, recherche, infrastructure et peut-être immigration. Pour le reste, chacun pourrait garder ses caractéristiques et traditions. Les élections européennes seraient révisées, les peuples se prononceraient sur la présidence de la Commission, les commissaires et le président du Conseil européen.
Conclusion favorable. Je crois qu'Allemagne et Italie représentent valablement les positions de l'Europe du nord et du sud, malgré les différences inévitables et compréhensibles entre les pays des deux côtés. Ma conclusion globale est que le projet français représente un élément positif de la phase actuelle de la construction européenne, à condition que l'aspect institutionnel soit clarifié.
(FR)