*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Mars-avril 2013, n° 393, 192 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-406-2.
Ce numéro de la revue de prospective bien connue s'attaque à une question polémique et qui regagne sans cesse en importance, à savoir l'impact social et politique des religions en Europe. Dans son éditorial, Hugues de Jouvenel explique que, « fidèle à l'esprit de la prospective, prenant résolument de la distance par rapport aux questions sur lesquelles se cristallisent des débats enflammés », ce dossier rend compte « de manière sereine et approfondie de l'évolution des croyances et des pratiques religieuses dans le monde », sans compter que ses auteurs examinent aussi « comment celles-ci influencent les changements de valeurs et de comportements ». En l'occurrence, il ne s'agit nullement d'un boniment trompeur, mais bien du juste reflet de la qualité et de la fiabilité des informations et réflexions qui sont réunies dans ces pages dont le Pr. Pierre Bréchon (Institut d'études politiques de Grenoble) a assuré la direction scientifique.
Le chercheur François Mabille (membre du Groupe sociétés, religions, laïcités du Centre national de la recherche scientifique) ouvre ce dossier en plantant le décor: quelles sont les religions numériquement dominantes dans le monde, quelle est leur répartition géographique ? Voilà qui lui permet de rappeler que les chrétiens restent les plus nombreux, représentant quelque 32% de la population mondiale là où l'islam n'atteint que 23%. Il remet aussi la mosquée au milieu du village en indiquant que la Chine compte plus de musulmans que la Syrie, la Russie plus que la Jordanie et la Libye réunies, l'Allemagne plus que le Liban… Après avoir aussi rappelé que « l'individualisation des croyances affecte l'ensemble des religions, à commencer par le christianisme et l'islam », ce qui fragilise l'approche statistique des religions, François Mabille analyse quatre grandes tendances qui se sont affirmées en matière de mondialisation des présences religieuses: le retour du religieux à l'agenda politique, tant national qu'international ; l'élargissement du spectre des mouvements religieux ; le rôle politique croissant des diasporas ethnico-religieuses ; enfin, la vitalité à la fois de l'islam et du christianisme. Autant d'évolutions, explique le chercheur, qui se conjuguent pour compliquer les processus possibles de sécularisation. Sur cette toile de fond, il se risque enfin à envisager l'avenir du catholicisme (« de la crise à la décadence ? »), de l'islam (« sécularisme, fondamentalisme ou libéralisme ? ») et du bouddhisme revisité à l'occidentale. Dans la foulée, Pierre Bréchon propose une analyse fouillée des effets sociopolitiques de la dimension religieuse en Europe. En s'appuyant sur les résultats de la dernière enquête de l'European Value Study, il montre ainsi que les valeurs dominantes relevées pour les divers espaces « géoreligieux » identifiés concordent, à quelques nuances près, avec celles des individus qui se réclament de la mouvance religieuse correspondante: les protestants affichent des valeurs plus modernes (moindre attachement au modèle familial traditionnel, libéralisme accru en matière de mœurs, plus grande politisation…), tout comme ceux qui ne revendiquent aucune appartenance religieuse (dont le nombre grandit de manière notable) ; les musulmans et les orthodoxes ont un système de valeurs plus traditionnel (famille, mœurs, autorité, fierté nationale…), les catholiques occupant, eux, une position médiane. Pierre Bréchon montre enfin que c'est la géographie religieuse qui introduit les différences les plus notables dans les systèmes de valeurs et que c'est le degré de religiosité qui influe le plus sur celles-ci dans le sens d'un plus grand traditionalisme, ce quelle que soit la confession.
Directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Paris-Sorbonne), Philippe Portier s'intéresse, pour sa part, à l'évolution des relations entre Églises et États en Europe occidentale. Après avoir rappelé le poids des héritages, il présente les deux modèles dominants, à savoir le modèle de confessionnalité dans lequel une religion est officiellement distinguée des autres (ce qui concerne en particulier les pays protestants et orthodoxes) et le modèle de séparation Église/État, celui-ci pouvant être souple (dans les pays du centre de l'Europe) ou rigide (principalement en France). Mais cet auteur distingue surtout une tendance de plus en plus marquée, sur longue période, au « croisement des trajectoires », autrement dit à un mouvement simultané de « déconfessionnalisation » dans les pays de tradition catholique (Italie, Espagne), mais aussi luthériens (la Norvège) ou orthodoxes (comme la Grèce), et de réassociation du religieux à la sphère publique, ce qui est particulièrement observable en France. Pour Philippe Portier, ces évolutions pourraient fort bien conduire à l'émergence d'un modèle européen commun de laïcité qui, sans gommer totalement les différences nationales de régulation des croyances, les rapprocherait d'un système relativement unifié de « séparation coopérative ».
Qui parle désormais, en Europe ou ailleurs dans le monde, de l'impact du facteur religieux pense obligatoirement à l'islam. Une attention toute particulière est très naturellement accordée à la présence de personnes de religion musulmane en Europe et aux différentes formes d'expression, tant publiques que privées, de l'islam dans les pays européens. Directeur de recherche au CNRS, Franck Frégosi avance, à ce propos, des éléments qui l'incitent à penser que l'islam européen est en phase de maturité et d'adaptation à la tradition de sécularisation qui prévaut en Europe occidentale. Ce n'est évidemment pas l'analyse la moins intéressante, pas plus que ne le sont celles consacrées à l'islam (ou aux islams) et aux islamistes dans les printemps arabes, ainsi que, de manière plus large, à l'impact de tous les fondamentalismes. Le tout compose un numéro précieux, d'autant que bien d'autres sujets (les retraites en France, le vote des étrangers extracommunautaires…) y sont aussi traités.
Michel Theys
*** THIERRY CÔME, LUDMILA MESKOVÁ (sous la dir. de): Management de la diversité culturelle: quels enjeux en Europe ? / The Management of Cultural Diversity: What are the Stakes in Europe ? Éditions Bruylant (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-10) 482511 - fax: 482693 - Courriel: commande@deboeckservices.com). 2012, 299 p., 95 €. ISBN 978-2-8027-3560-1.
Ce livre rend compte d'un colloque qui a été organisé voici trois ans au sein des Facultés de sciences humaines, des sciences politiques et des relations internationales et d'économie de l'Université Matej Bel de Banská Bystrica, en Slovaquie. Des scientifiques de différentes disciplines s'y penchent sur la place que les cultures d'Europe et la culture européenne qui en découlent doivent occuper dans le contexte de l'intégration européenne. Dans une première, c'est le thème « management et diversité culturelle » qui est exploré à travers le prisme de l'entreprise, ce qui conduit notamment Dana Benciková à souligner la nécessité, pour les chefs d'entreprise, d'intégrer dans leur stratégie d'implantation et le choix des collaborateurs l'intelligence culturelle, à savoir la capacité d'une personne à fonctionner avec efficacité dans des situations caractérisées par une diversité culturelle et des référentiels multiples, ce qui peut se traduite en termes de quotient culturel. Dans la deuxième partie consacrée aux « institutions et identités européennes », des contributions sont notamment consacrées aux « conséquences de la multigouvernance européenne sur l'identité des citoyens de l'Union », à la justice européenne en tant que moteur de l'européanisation des cultures juridiques nationales et à l'identité européenne « en réinvention » au sein des Universités. Enfin, des pratiques culturelles et économiques sont étudiées dans la troisième partie, l'ouvrage étant ponctué par une réflexion du Pr. Gilles Rouet visant à ce que l'économie et le management de la culture soient intégrés.
(PBo)
*** JOSEF LANGER, GORAN VLASIC, BOZENA KRCE MIOCIC (sous la dir. de): EU Local Imprints. The Case of South Central Europe. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2012, 206 p., 37,80 €. ISBN 978-3-631-60176-1.
Fruit d'une conférence organisée par des départements des Universités croate de Zadar (tourisme et communication) et autrichienne de Klagenfurt (sociologie), cet ouvrage de facture académique est consacré à l'impact de l'Union européenne sur les enjeux locaux, particulièrement lors de la phase de pré-adhésion des pays candidats. Ainsi que le remarquent les coordinateurs du livre, les auteurs débusquent les impacts, positifs et négatifs, qui découlent du processus d'adhésion, que ce soit sur le plan culturel (en particulier en termes de perception du risque), sur les systèmes d'éducation en tant que vecteurs importants de connaissance et de culture, sur la communication et les médias qui servent de base pour créer une opinion publique et, partant, sont susceptibles de produire des changements positifs, enfin sur le tourisme, secteur économique important qui a été soumis à des processus de transformations lourds en raison des élargissements successifs. A partir du cas de la Croatie, ils montrent ainsi que la perception des élites n'est pas toujours exactement celle qui prévaut sur les terrains…
(PBo)
*** DANIELE BIANCHI: La politique agricole commune (PAC). Précis de droit agricole européen. Éditions Bruylant (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-10) 482511 - fax: 482693 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.bruylant.be ). 2012, 646 p., 105 €. ISBN 978-2-8027-3434-5.
Membre du service juridique de la Commission européenne, présente la deuxième édition de son précis de droit agricole européen, un manuel d'une parfaite lisibilité qui offre un tableau juridique exhaustif de la Politique agricole commune. Dans un premier temps, l'auteur rappelle d'où vient la première des politiques communes en termes historiques et décrit les réformes qui l'ont modifiée au fil des décennies. De la sorte, il explique la genèse de certaines de ces réformes qui entrainent encore des conséquences aujourd'hui, même si, souligne-t-il, les objectifs fixés dans le Traité de Rome n'ont jamais été altérés. La première partie de l'ouvrage est précisément consacrée à ces évolutions dans les traités, ainsi qu'au champ d'application de la PAC et au processus décisionnel qui lui est propre. L'auteur aborde ensuite le droit dérivé sur la base de deux piliers. Le premier concerne le soutien au marché avec la politique des prix, les aides, les mesures d'intervention, les restitutions à l'exportation, etc. Daniele Bianchi analyse ce soutien au marché en reprenant tout d'abord les différents aspects communs aux produits agricoles encadrés actuellement dans l'organisation commune de marché unique et, ensuite, en abordant la législation relative aux paiements directs et aux droits à paiement, à savoir le régime de paiement unique introduit par la réforme de 2003. Le deuxième pilier porte, lui, sur le développement rural et concerne l'ensemble de la politique en faveur des structures agricoles. Enfin, dans une dernière partie, l'auteur aborde les dispositions communes à l'ensemble des piliers: financement, relations internationales, règles de concurrence, politique d'information, un appendice étant en outre consacré au droit agro-alimentaire. Le tout compose un ouvrage éclairant qui, souligne le commissaire Dacian Ciolos, est bien utile au moment où le « projet de société » qu'est la Politique agricole commune est promis à une nouvelle « réforme importante ».
(PBo)
*** PAUL DAVID: A Guide to the World Anti-Doping Code. The Fight for the Spirit of Sport. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). 2013, 398 p., 95 £, 160 $. ISBN 978-1-107-00346-0.
Avocat exerçant à Auckland, Paul David a été dix années durant conseil indépendant de l'association néo-zélandaise luttant contre la drogue avant de devenir récemment l'un des membres du Tribunal arbitral du sport. Cet expert de la lutte contre le dopage était donc idéalement placé pour rendre compte des moyens mis en œuvre pour lutter contre ce fléau à l'échelle mondiale, raison pour laquelle il avait publié la première édition de cet ouvrage en 2008. Depuis, de nombreuses évolutions sont intervenues, en particulier après que le Code mondial antidopage eut été amendé en 2009. Les chapitres actualisés et enrichis consignés dans cette deuxième édition rendent compte des réglementations de plus en plus fouillées et complexes qui sont destinées à entraver les pratiques de dopage, plus de quarante résumés de cas récents illustrant le fonctionnement des dispositions clés du Code amendé, en particulier ses articles relatifs aux infractions et sanctions.
(PBo)
*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Mai/juin 2013, n° 80, 84 p.. Abonnement: 40 €.
Revue belge progressiste, Politique ouvre le grand angle dans ce numéro, avec une relecture des travaux de Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité, ce qui renvoie utilement à la recension qui ouvre cette Bibliothèque européenne. L'Europe telle qu'on la construit est aussi l'objet de plusieurs réflexions, la plupart très critiques. Ainsi, Bruno Poncelet s'attaque frontalement aux bâtisseurs du Marché transatlantique qui, Commission Barroso en tête, veulent neutraliser les parlements et « tuer la démocratie locale au profit d'une technocratie globale, où les décisions politiques sont prises par des experts non élus, aussi inconnus du grand public qu'appréciés des multinationales qu'ils servent en fidèles laquais ». Inès Trépant n'est guère plus tendre pour ceux qui, Commission Barroso en tête, mènent « une croisade tous azimuts contre les taxes à l'exportation » afin de garantir à l'Union son bon approvisionnement en matières premières rares, tant pis si les pays en développement, notamment les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, perdent de la sorte la possibilité de sortir de la misère. Enfin, tandis qu'Henri Goldman relaie un appel visant à ce que soit instituée une citoyenneté européenne de résidence, ouverte aux étrangers qui résident légalement dans un pays membre, les traits les plus sévères sont tirés contre le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance est « à ne pas signer », la gauche de gouvernement faisant fausse route en l'acceptant du bout des lèvres.
(MT)