Bruxelles, 21/05/2013 (Agence Europe) - Les dirigeants européens vont, pour la première fois, aborder, mercredi 22 mai, l'épineuse question des prix élevés de l'énergie et de leurs conséquences pour la compétitivité d'une économie européenne en difficile sortie de crise. Sans occulter les sujets controversés de la mitigation du changement climatique et de l'exploitation des gaz du schiste.
Que doit-il être fait au niveau communautaire pour accroître davantage l'efficacité énergétique, pour développer les ressources indigènes, et pour conduire une politique énergétique plus prévisible, ce qui est un pré-requis pour attirer les investissements nécessaires afin de moderniser l'infrastructure énergétique de l'UE ? Telles sont les questions formulées par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à l'adresse des chefs d'État et de gouvernement de l'UE, qui se réuniront mercredi pour examiner deux questions, selon lui, « cruciales pour l'économie et la cohésion sociale de l'Europe », l'énergie et la fiscalité.
Comme il l'a fait dans son courrier du 8 mai adressé aux dirigeants des Vingt-sept, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a rappelé devant le Parlement européen, mardi 21 mai, les risques d'un marché européen de l'énergie fragmenté, exhortant les capitales à agir d'urgence pour achever l'intégration du marché intérieur de l'énergie, devenir plus économes en énergie, investir dans les infrastructures énergétiques et les réseaux et compteurs intelligents, exploiter les énergies vertes de manière plus rentable, et diversifier les approvisionnements extérieurs de l'UE. « Ce sont les priorités de la politique pour lesquels je vais plaider » mercredi, a insisté le chef de l'exécutif européen.
Alors que les États-Unis sont en voie de devenir un exportateur net de gaz au lieu d'un importateur, grâce à l'essor du gaz de schiste, la dépendance de l'UE aux importations de pétrole et de gaz est appelée à croître de plus de 80% d'ici à 2035. Déjà en 2012, les prix du gaz de l'industrie étaient quatre fois plus faibles aux États-Unis qu'en Europe. Pour les prix de l'électricité, l'UE est presque deux fois plus chère que les États-Unis. « Il s'agit avant tout d'un débat sur la sécurité énergétique et notre compétitivité », a expliqué le président de la Commission. Une situation « de plus en plus problématique » pour les citoyens européens également, dont les factures d'énergie sont en hausse, avec des groupes de revenus plus faibles plus durement touchés. « Il s'agit donc aussi d'un débat sur l'équité sociale », a ajouté M. Barroso.
La Commission attend donc du Sommet de mercredi « un signal politique clair des chefs d'État et de gouvernement pour européaniser la politique de l'énergie », expliquait mardi le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger, dans les colonnes de plusieurs médias internationaux. Pour la première fois, il sera donc débattu non seulement de la sécurité de l'approvisionnement énergétique ou du verdissement de l'énergie mais aussi de son prix, sur un marché encore trop fractionné. La Commission espère aussi que le Conseil européen prendra une position claire sur l'exploitation de nouvelles sources indigènes d'énergie, comme les gaz non conventionnels, et le controversé gaz de schiste.
Mais, avant tout, l'exécutif européen va rappeler la nécessité d'un marché intérieur de l'énergie pleinement opérationnel, interconnecté et intégré. Et insister à cet égard sur l'urgence d'achever la transposition et la mise en œuvre du 3ème paquet de libéralisation du marché intérieur de l'énergie, mais aussi d'adopter des mesures d'urgence pour faciliter l'investissement privé et public durable dans les infrastructures énergétiques, par-delà les frontières, et de continuer à renforcer la diversification des approvisionnements.
Mise en garde des grands groupes énergétiques européens.
Emmenés par le français GDF Suez, les allemands EON et RWE, les espagnols Iberdrola et GasNatural Fenosa et l'italien ENI ont averti l'UE de « l'échec » de la politique énergétique menée jusqu'à présent, l'accusant de « détruire le secteur ». « Nous ne demandons pas des subventions, mais de la visibilité, des règles stables et homogènes en Europe, des objectifs quantifiés jusqu'en 2030 en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Il est urgent de redéfinir la politique énergétique, ses ambitions et ses moyens », explique le patron de GDF Suez, Gérard Mestrallet dans un entretien au journal Le Monde, dénonçant une « balkanisation de l'Europe de l'énergie » et une « faillite » sur les trois objectifs affichés (mitigation climatique, amélioration de la compétitivité et sécurité énergétique). Outre l'échec du marché du carbone, M. Mestrallet dénonce le sort réservé aux centrales à gaz « arrêtées trois jours sur quatre », alors que les très polluantes centrales à charbon « tournent à plein » grâce à la chute du prix du charbon américain liée à l'essor du gaz de schiste outre-atlantique, ou encore les aides publiques aux énergies renouvelables qui contribuent à des surcapacités. « Jamais le risque de black-out n'a été aussi fort qu'aujourd'hui », du fait de la non compétitivité des centrales à gaz et de l'intermittence de l'éolien et du solaire, insiste-il. (EH)