login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10829
Sommaire Publication complète Par article 20 / 35
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) agriculture

Le problème de l'accaparement des terres n'épargne pas l'UE

Bruxelles, 17/04/2013 (Agence Europe) - Les phénomènes de concentration et d'accaparement des terres n'adviennent pas seulement dans les pays en développement, ils touchent aussi l'Union européenne. C'est ce que montre un rapport du réseau Coordination européenne Via Campesina et Hands off the Land publié mercredi 17 avril, à l'occasion de la 'Journée internationale des luttes paysannes'.

Ce rapport, intitulé 'La concentration et l'accaparement des terres et les luttes paysannes en Europe', met au jour le « scandale tenu secret », à savoir que seulement 3% des propriétaires terriens contrôlent la moitié des terres cultivables. « Cette concentration massive de la propriété et des richesses foncières est comparable à celle ayant cours au Brésil, en Colombie ou aux Philippines », explique la Coordination Européenne Via Campesina dans un communiqué.

Le rapport montre une forte concentration des terres en Espagne, en Allemagne, en Italie, en France et en Autriche. Il fait état de différentes formes d'accaparement des terres en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, en Serbie et en Ukraine. Beaucoup de ces transactions foncières à grande échelle seraient réalisées de manière secrète et non transparente.

Ce processus de concentration croissante des terres n'est pas nouveau, mais il a pris de l'ampleur dans les pays d'Europe de l'Est. Pour Via Campesina, de nombreuses entreprises européennes, de même que des nouveaux acteurs (entreprises chinoises et Hedge Funds du Moyen-Orient), sont liés à des filières mondiales de plus en plus concentrées. Tous chercheraient à profiter de la spéculation grandissante sur les produits agricoles de base.

Le rapport révèle que les subventions versées dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) constituent un des moteurs principaux de la concentration et de l'accaparement des terres en Europe. Les aides directes de l'UE « favorisent les grandes exploitations, marginalisent les petites fermes et bloquent l'installation d'agriculteurs potentiels. En Espagne, par exemple, en 2009, 75% des subventions ont été touchées par 16% des plus grands producteurs », explique Via Campesina.

Les autres facteurs jouant un rôle clé dans l'accaparement des terres sont notamment l'industrie extractive, l'extension urbaine et les intérêts immobiliers.

Pour le professeur Jan Douwe van der Ploeg, de l'université de Wageningen, il s'agit d'une dynamique de concentration et d'accaparement progressif des terres « sans précédent ». Cela aggrave la situation actuelle, à savoir que de nombreux jeunes souhaitent rester paysans ou s'installer en agriculture mais ne peuvent pas se maintenir sur les terres ou y accéder. Les subventions de la PAC sont susceptibles de renforcer les obstacles à un accès plus démocratique à la terre et à l'installation des jeunes.

L'étude présente par exemple le cas de la communauté de Narbolia, en Sardaigne, qui se mobilise contre l'utilisation de terres agricoles de première qualité à des fins d'implantation de serres solaires. Pour Jeanne Verlinden, de Via Campesina (ECVC), la terre doit être à nouveau considérée comme un bien public. « Nous devons réduire la marchandisation des terres et promouvoir la gestion publique de cette ressource commune. La priorité devrait être donnée à une utilisation par des petits paysans, pour une agriculture paysanne et pour la production de nourriture, plutôt qu'à un transfert à des intérêts commerciaux privés qui cherchent des terres pour la spéculation. » (LC)

Sommaire

PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE