Bruxelles, 06/03/2013 (Agence Europe) - À l'heure où les négociations sur le budget 2014-2020 et le débat sur la réforme de la politique agricole commune sont entrés dans une phase cruciale, c'est un appel à la raison que Janez Potocnik, commissaire européen à l'Environnement, a lancé, mercredi, aux négociateurs pour que le verdissement de la PAC ne soit pas sacrifié sur l'autel d'intérêts à courte vue. Le sixième Forum sur l'avenir de l'agriculture organisé par the European Landowner Association (ELO) avec le soutien de Syngenta, lui en a fourni l'occasion, mercredi 5 mars à Bruxelles. Janez Potocnik intervenait dans le cadre d'une session consacrée à l'intensification des efforts de durabilité et à l'efficacité des ressources.
« Le Conseil européen a fixé les grandes lignes de la réforme mais le diable sera dans les détails », a averti le commissaire, qui a défendu l'engagement pris d'allouer 30% des ressources au verdissement de la PAC dans le cadre des paiements directs - engagement, selon lui « tout à fait louable mais qui doit, pour avoir un sens, s'exercer au bénéfice de la biodiversité, de l'eau, du sol et du climat ».
L'eau et les pesticides, les deux oubliés. Le Conseil européen n'a rien dit de l'inclusion de l'intégration de la directive cadre sur l'eau et de la directive sur l'utilisation des pesticides dans l'éco-conditionnalité, mais les États membres comme la commission de l'agriculture et du développement rural du Parlement européen jouent des partitions différentes, a-t-il déploré. « Ce serait un comble qu'au moment ou nous progressons dans le verdissement des paiements directs, le fardeau de la remise en état des zones polluées soit placé sur les épaules des contribuables. Nous devons être très prudents, car ce n'est certainement pas ce que nous voulons. Ce que nous voulons, c'est prévenir la pollution par une éco-conditionnalité rigoureuse mais juste », a déclaré le commissaire. Envoyer le signal d'une politique agricole incapable de se réformer, c'est, selon lui, courir le risque que se multiplient les appels à davantage de législation environnementale et de financements environnementaux, indépendamment de la PAC.
Et s'il comprend la tentation de certains États membres d'accroître les aides directes, le commissaire estime qu'il y a beaucoup à faire pour moderniser les exploitations, protéger l'environnement et améliorer la qualité de la vie rurale, ce qui coûte de l'argent, mais a généralement des retombées positives pour l'emploi, l'environnement et l'efficacité des ressources limitées. « Les États membres doivent résister à la carotte à court terme au profit d'un bénéfice à plus long terme », a souligné le commissaire en citant notamment les bénéfices à retirer d'un réseau Natura 2000 de zones naturelles protégées « qui fonctionne bien et soit correctement financé ».
Vers une communication sur la terre comme ressource. L'agriculture n'échappant pas à la raréfaction des ressources sous l'effet conjugué de la démographie croissante, d'écosystèmes appauvris, de la dégradation des sols et de ressources en eau qui s'épuisent, la Commission proposera en 2014 une communication sur la terre en tant que ressource, a annoncé Janez Potocnik. La lutte contre le gaspillage alimentaire revêt dans ce contexte une importance particulière. S'attaquer au problème des déchets alimentaires pour garantir une consommation alimentaire durable est une priorité à laquelle travaille la Commission.
Suspension des pesticides néonicotinoïdes, une perte sèche selon une étude. Au cours de ce forum a été publiée une étude (the Humboldt scientific study HFFA 1/2013) sur les impacts socio-économiques qu'aurait la suspension des néonicotinoïdes en Europe, ces insecticides reconnus les plus nocifs pour la santé des abeilles mélifères. Financée par Syngenta, Bayer, ECP, ESA et le COPA-COGEGA, cette étude conclut qu'une interdiction des néonicotinoïdes conduirait à des pertes de rendement agricole pouvant aller jusqu'à 40% et à une perte financière évaluée à 17 milliards d'euros sur 5 ans.
PAN Europe juge cette étude irréaliste. L'ONG lui reproche de reposer sur un postulat erroné et accuse l'industrie des pesticides d'avoir « manipulé les faits et les chiffres pour effrayer les décideurs européens tout en faisant croire qu'elle se préoccupe des défis à relever par l'agriculture de demain ». Martin Dermine de cette ONG demande « Qu'est-ce qu'une perte de 3,4 milliards d'euros par an comparé aux 15 milliards d'euros fournis chaque année, en Europe uniquement, par la pollinisation des insectes ?».
Sans compter, souligne-t-il, qu'il faut aussi prendre en compte de nombreux autres coûts environnementaux et sanitaires liés à l'utilisation des pesticides. Rappelons que le projet de la Commission européenne vise à suspendre pendant deux ans l'utilisation de trois pesticides ou insecticides néonicotinoïdes (imidaclopride, thiaméthoxame et clothianidine) (EUROPE n° 10777). (AN)