Bruxelles, 06/03/2013 (Agence Europe) - Il faudra encore que la Bulgarie et la Roumanie s'arment de patience pour rentrer dans l'espace Schengen, leurs homologues n'étant décidément pas prêts à les intégrer dans leur club. Ce jeudi 6 mars, les ministres et représentants de ministres en charge de l'Intérieur se réuniront à Bruxelles pour une rencontre qui sera d'ailleurs quasiment vidée de sa substance, aucune décision n'étant attendue sur l'élargissement de l'espace Schengen ni sur la gouvernance de Schengen, dont les deux textes concernant notamment la possibilité de réintroduire des retours de contrôles aux frontières sous certaines circonstances, sont toujours coincés entre Conseil et Parlement.
En ce qui concerne l'élargissement de Schengen, le ministre de l'Intérieur allemand, Hans-Peter Friedrich, a donné le ton dès le début de cette semaine en prévenant les deux candidats que l'Allemagne s'opposerait à toute demande de décision de leur part. Dans une charge assez forte publiée dans le Spiegel, le ministre a notamment estimé que Bucarest et Sofia ne luttaient pas avec suffisamment de fermeté contre la corruption. L'Allemagne est toutefois loin d'être le seul pays opposé à cette entrée de la Roumanie et de la Bulgarie, a indiqué une source mercredi. « Il n'y a aucun consensus pour le moment, personne ne veut prendre de décision pour le moment », a dit cette source, ajoutant que « toute une série d'États membres a des préoccupations ». Il y a évidemment « un élément politique qui a posé problème », a répété cette source. La Roumanie a vécu une grave crise institutionnelle à l'été 2012 et la Bulgarie est aujourd'hui, elle aussi, en période d'instabilité du fait de la démission du Premier ministre Borissov. Mais sont aussi reprochés aux deux pays leurs problèmes récurrents de corruption ou le manque d'indépendance de certaines institutions, telles que la Cour suprême. Les deux pays font d'ailleurs l'objet d'une surveillance rapprochée de la part de la Commission dans le cadre du Mécanisme de coopération et vérification. Selon une source, les ministres pourraient toutefois essayer de garder un ton positif par rapport à cet élargissement, en promettant peut-être à nouveau aux deux candidats de se replonger ultérieurement dans le dossier en guise de consolation. Cela même si « on n'en parlera probablement plus sous présidence irlandaise », a encore indiqué une source.
Pour le reste, les ministres devraient tout de même adopter une décision formelle sur le Système d'Information Schengen (SIS) de seconde génération, qui sera opérationnel le 9 avril 2013 après des années de retard. Ils entendront aussi la commissaire Cecilia Malmström leur présenter son paquet « Frontières intelligentes », présenté jeudi 28 février, paquet qui doit faciliter les entrées et sorties de voyageurs réguliers dans l'UE mais qui est déjà très controversé au PE, certains groupes l'assimilant à un « Big Brother technologique » aux frontières de l'UE. Au déjeuner, les ministres discuteront de la pression migratoire actuelle pesant sur l'Europe, a indiqué la Présidence irlandaise, et notamment de la crise des réfugiés syriens. Le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, fera lui le point sur la situation sécuritaire au Sahel et au Maghreb.
Pour la partie Justice, vendredi, les responsables européens discuteront à nouveau de la réforme sur la protection des données, discussions qui devraient se concentrer, entre autres, sur la flexibilité à accorder au secteur public ou sur les possibilités d'appliquer les règles en fonction d'une approche davantage basée sur les risques. Seront aussi discutées les récentes propositions sur la contrefaçon de l'euro. Une décision est aussi prévue, les ministres devant entériner l'accord récemment trouvé sur la reconnaissance des ordres de protection rendus en droit civil, complétant une directive déjà adoptée couvrant le volet pénal. Ces ordres de protection suivront les victimes (notamment de violences conjugales) partout où elles se rendront dans l'UE. (SP)