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Bulletin Quotidien Europe N° 10793
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) environnement

Viande de cheval, la recette des Verts pour contrer le scandale

Bruxelles, 25/02/2013 (Agence Europe) - À scandale chevalin, remède de cheval. Loin d'être une fatalité, la fraude massive à la viande de cheval vendue pour du bœuf dans les plats préparés dans toute l'Europe est le symptôme d'un système d'approvisionnement mondialisé incontrôlable, d'un productivisme agro-alimentaire à prix cassé, d'un système d'étiquetage incomplet et de modes de consommation non durables, estime le groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Les solutions pour éviter que cela ne perdure ou se reproduise existent donc, et elles sont entre les mains des décideurs politiques de l'UE, des agriculteurs, des distributeurs mais aussi des consommateurs européens.

Davantage de contrôles de la qualité des produits, un meilleur étiquetage garant de la transparence de l'information due au consommateur, réforme en profondeur de tout le système agricole et alimentaire actuellement en place, verdissement de la politique agricole commune (PAC), réforme de la politique de la pêche, alliés à l'émergence de consommateurs responsables, prêts à manger un peu moins de viande, de meilleure qualité et un peu plus chère, sont les ingrédients de la recette globale préconisée par les Verts comme réponse de l'UE à cette crise. Ils l'ont livrée à la presse européenne, lundi 25 février à Bruxelles quelques heures avant l'ouverture du Conseil Agriculture qui, à la demande du ministre irlandais Simon Coveney, devait faire un nouveau point de la situation avec Tonio Borg, le commissaire à la Santé et à la Politique des consommateurs.

Privilégier la production régionale. Pour l'Allemande Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts/ALE, rien d'étonnant à ce scandale. « Les denrées alimentaires sont de plus en plus transformées et vendues à un prix de plus en plus bas. La pression sur les prix a pour résultat que des matières premières de qualité inférieure sont introduites dans la chaîne alimentaire. L'Europe doit redresser la barre. » En outre, si ces chaînes alimentaires sont organisées au niveau mondial, personne ne peut affirmer que les contrôles fonctionnent. Par conséquent, « il faut des systèmes de production régionaux incluant la production des animaux », a-t-elle considéré. Le Belge Bart Staes a préconisé des sanctions sévères pour les fraudeurs, le renforcement des contrôles qu'il convient de rendre plus stricts et plus fréquents (au-delà des seuls contrôles aléatoires), en leur assurant un meilleur suivi. Selon lui, l'office vétérinaire de l'UE, qui effectue 300 contrôles par an fait du bon travail, mais l'heure est aux économies budgétaires alors qu'il conviendrait de donner à cette instance les moyens suffisants, financiers et en personnel. « L'office vétérinaire fait de très bon rapports, mais ceux-ci ne sont pas toujours appliqués. Il faudrait un débat annuel sur les enquêtes de l'Office, avec la commission de l'environnement et de la sécurité des aliments du Parlement, et avec la DG SANCO », a-t-il dit

Un étiquetage d'origine pour tous les produits transformés. Le Suédois Carl Schlyter, qui fut rapporteur fictif pour la réglementation sur l'étiquetage des aliments, a rappelé que le Parlement avait demandé « l'étiquetage d'origine pour la viande caprine, porcine et les volailles ainsi que pour les produits laitiers et les produits transformés. Malheureusement les ministres se sont battus contre, car c'était mauvais pour les affaires ». Pour M. Schlyter, « il ne faut pas attendre ! ». À toute chose malheur est bon: sous l'effet de cette crise de confiance, le président français François Hollande a annoncé, le week-end dernier au salon de l'agriculture, qu'il allait soutenir l'étiquetage d'origine de la viande dans les plats cuisinés. Et l'étude d'impact préalable, que la Commission devait présenter en fin d'année, le sera à l'automne comme l'a récemment annoncé Paula Testori, directrice de la DG Sanco, s'est réjoui M. Staes. Mais, a précisé M. Schlyter, « nous voulons l'étiquetage d'origine pour tous les produits transformés ».

L'eurodéputé suédois a plaidé aussi pour que le Parlement soit enfin entendu quand il demande, depuis des années, que le temps de transport des animaux jusqu'à l'abattage soit de 8 heures maximum. « Si l'on réduit le trajet beaucoup de problèmes disparaîtront car il est plus facile de respecter la législation si les trajets sont moins longs. Il faut aussi un système d'étiquetage pour raccourcir la chaîne alimentaire », a-t-il précisé. L'amélioration de la directive 'marchés publics' par des règles de meilleure qualité en vue de faciliter les achats sans discriminer ceux qui produisent de la qualité serait aussi une bonne chose car « les collectivité locales ont du mal à contrôler l'adjudication des marchés publics ». « Souvent c'est le plus offrant qui l'emporte. La viande à 5 euros le kg provient nécessairement d'un animal qui a souffert. Nous avons des prix artificiels avec des animaux qui souffrent de la pression sur les prix », a considéré M. Schlyter.

Consommer moins de viande, c'est l'une des solutions prônées par les Verts qui mènent de nombreuses campagnes nationales incitant les consommateurs à ne consommer par exemple de la viande qu'une fois par semaine. Cette solution permettrait à la fois d'économiser les émissions de CO2 liées au transport et de faire en sorte que « les agriculteurs obtiennent le juste prix », a souligné Bart Staes. L'une de ces campagnes, intitulée 'Les Européens en ont assez d'avaler n'importe quoi', explique que bien se nourrir est un acte politique. Pour cela, il faut une bonne politique en matière d'alimentation qui englobe le droit des plus pauvres à se nourrir, qui reflète la durabilité et la diversité des agricultures, et dans laquelle agriculteurs, pêcheurs, et consommateurs assument conjointement la responsabilité de pratiquer des prix justes et un commerce 'équitable'. (AN)

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