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Bulletin Quotidien Europe N° 10793
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ÉCONOMIE - FINANCES / (ae) chypre

Aide financière, le nouveau président a un mois pour conclure

Bruxelles, 25/02/2013 (Agence Europe) - Fraîchement élu, le nouveau président chypriote de droite, Nicos Anastasiades, aura peu de temps pour célébrer sa victoire. Une fois qu'il sera entré en fonction vendredi 1er mars, il devra s'impliquer pour faire aboutir, d'ici à avril, les négociations sur les modalités du sauvetage financier pour son pays. C'est ce qu'ont rappelé les ministres français et allemand des Finances, Pierre Moscovici et Wolfgang Schaüble, lundi 25 février, dans un communiqué conjoint. « Les discussions devront reprendre sous peu en vue d'aboutir à un accord avant la fin du mois de mars », ont-ils déclaré.

M. Anastasiades a promis que son gouvernement entendrait « discuter et coopérer avec (ses) partenaires européens afin de parachever au plus vite le protocole d'accord » qui devra, selon lui, protéger les couches les plus vulnérables de la population, la cohésion sociale et garantir des relations de travail paisibles. Les mesures d'ajustement structurel figurent déjà dans le projet de protocole d'accord et ont reçu le feu vert du Parlement chypriote, en décembre dernier (EUROPE n° 10751).

Viabilité de la dette. Reste à trouver le moyen d'assurer la viabilité de la dette publique dont les niveaux menacent d'atteindre des sommets compte tenu des besoins financiers à couvrir, qui avoisinent 100% du PIB annuel de l'île. Environ 10 milliards devraient être alloués à la recapitalisation du secteur bancaire,
6 milliards pour le service de la dette et 1,5 milliard pour couvrir d'autres dépenses.

Pour la zone euro, le départ du communiste Demetris Christofias lève l'obstacle qui se tenait devant la possibilité d'user des revenus des privatisations (électricité, télécommunications, gestion des ports). Ceux-ci pourraient représenter 2 milliards d'euros et réduire la demande de prêt. Dans une interview accordée au Financial Times samedi 23 février, M. Anastasiades, qui n'est pas idéologiquement opposé au principe, a toutefois déclaré qu'il n'accepterait pas de privatiser de biens publics avant trois ans. Selon une source chypriote, il y aurait pourtant un accord de principe sur ce point, étant donné qu'il est communément admis que la dette ne sera pas viable si des mesures de cette nature n'étaient pas prises.

M. Anastasiades s'est également prononcé contre l'imposition de pertes aux épargnants. Une option qu'il a jugée « catastrophique » et qui provoquerait de l'incertitude et « menacerait l'existence même de l'Eurozone ». Le Président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avait pourtant refusé d'écarter cette solution début février (EUROPE n° 10784). La Commission européenne avait, pour sa part, utilisé un ton nuancé en déclarant qu'elle ne travaillait à aucune restructuration de la dette à charge du secteur privé (ou PSI, pour 'Private Sector Involvement'). Impliquer les épargnants non, mais les détenteurs privés de dette, peut-être. Le ministre des Finances chypriote, Vassos Shiarly, avait alors vigoureusement rejeté cette éventualité, les banques de l'île étant les principales détentrices des obligations chypriotes.

Et le gaz ? Les revenus tirés de l'exploitation de gisements gaziers pourraient contribuer à l'effort, Nicosie a signé deux accords de prospection, dont l'un avec Total. Tirer profit des réserves pourrait toutefois prendre au moins cinq ans, avait reconnu M. Shiarly. C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles Nicosie a demandé à Moscou de repousser à 2021 l'échéance de remboursement du prêt de 2,5 milliards d'euros accordé en 2011. Moscou s'est déjà montré enclin à assouplir les termes de remboursement de ce prêt.

Pour rendre la dette viable, une dernière hypothèse, mise sur la table par Nicosie, consisterait à prendre en compte le scénario macroéconomique de base ('baseline scenario') pour le secteur bancaire, et d'avoir recours à la recapitalisation directe via le Mécanisme européen de stabilité (MES), s'il s'avérait que le scénario défavorable ('adverse scenario') se réalisait. C'est la demande qu'avait formulé l'ancien président dans une lettre au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso (EUROPE n° 10765).

L'argument mis en avant par Nicosie était l'impact négatif sur le secteur financier de l'île qu'a eu la restructuration de la dette grecque au printemps 2012. Dans cette opération, les banques chypriotes avaient essuyé des pertes d'environ 4,5 milliards d'euros (près de 25% du PIB). M. Rehn avait certes envisagé en janvier que Chypre puisse bénéficier du processus (EUROPE n° 10772), mais son bureau de presse rappelait, lundi, que, les modalités de cette recapitalisation directe faisant toujours l'objet de discussions, cette solution n'était pour le moment pas envisageable. Selon la même source chypriote, la demande formulée par M. Christofias de ne pas faire peser la recapitalisation du secteur bancaire sur la dette publique pour les pertes endurées lors de la restructuration de la dette grecque (4,5 milliards) serait néanmoins toujours sur la table. Parée à un refus, Nicosie entend toutefois pousser pour que l'application de ce principe soit rétroactive.

Enfin, concernant l'audit privé convoqué par la zone euro sur la lutte contre le blanchiment d'argent, M. Anastasiades s'est inscrit dans la ligne du gouvernement en qualifiant de « conflit d'intérêts » l'appel à une société privée. Pour la zone euro, cet audit conditionne toutefois l'aide financière. L'île a techniquement jusqu'au 3 juin pour s'entendre avec la zone euro, où elle devra rembourser 1,4 milliards d'euros.

Éloges de la sphère politique européenne. Les présidents de l'Eurogroupe, du Parlement européen, de la Commission et du groupe PPE au Parlement européen se sont réjouis de l'élection de M. Anastasiades. Tous ont réitéré leur soutien à l'île en cette période de défis importants. (EL)

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