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Bulletin Quotidien Europe N° 10776
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Drogues, les transports légaux de plus en plus utilisés

Bruxelles, 31/01/2013 (Agence Europe) - Davantage de drogues synthétiques produites sur le sol européen et des moyens de transports légaux comme les bateaux, les avions et même les colis postaux, sont de plus en plus utilisés par les organisations criminelles pour se livrer à leurs trafics. Ce constat, peu réjouissant, est celui dressé jeudi 31 janvier par la commissaire aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, le directeur de l'Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), Wolfgang Götz, et le directeur d'Europol, Rob Wainwright, à l'occasion de la publication d'un premier rapport conjoint sur les tendances de la drogue en Europe.

Si le rapport souligne quelques points positifs, comme la sensible diminution de la consommation d'héroïne dans l'UE, il met en lumière d'autres éléments problématiques, tels que des itinéraires de plus en plus complexes, le recours accru aux nouvelles technologies et à l'Internet pour développer les trafics ou encore la production locale et plus rapide de drogues de synthèse et de cannabis tout près des consommateurs, surtout aux Pays-Bas mais aussi en Belgique, en Lituanie ou en Pologne. En 2012, davantage de drogues synthétiques avaient d'ailleurs été détectées sur le sol européen, au nombre de 73 contre 49 en 2011. Pour Mme Malmström, la situation est « de pire en pire chaque année », a-t-elle tranché lors d'une conférence de presse. Et doit amener entre autres les dirigeants à s'interroger sur les politiques et solutions actuelles.

Le rapport pointe plusieurs évolutions: les transformations du crime organisé tout d'abord qui se montre plus polymorphe et plus dynamique. Diversifiant ses activités et ses débouchés, le crime organisé sait utiliser de plus en plus les voies d'acheminement légales, via la poste, des containeurs sur les bateaux, etc. Sur ce dernier point, la commissaire Malmström a évidemment défendu la libre circulation dans l'espace Schengen et estimé que la solution ne résidait pas dans un renforcement des frontières, inutile pour attraper les criminels mais dans « les renseignements partagés », a dit la commissaire, appelant les États à renforcer leur coopération. Le directeur d'Europol a également précisé que les règles actuelles de Schengen prévoyaient déjà des outils très efficaces pour intercepter les colis suspects et qu'environ 16 000 cas de ce type étaient traités chaque année dans l'UE. Le responsable a également indiqué qu'une zone en Europe requérait une vigilance particulière, en l'occurrence au nord-ouest de l'UE, entre le Royaume-Uni et le nord de la France et des Pays-Bas, une véritable base depuis laquelle opèrent des groupes considérés comme les plus puissants au monde, a dit Rob Wainwright. Et ces groupes ne se limitent pas à la drogue, le trafic d'êtres humains faisant aussi partie de leurs activités. Les groupes présents dans cette zone constituent en tout cas « une menace très sérieuse », a averti le directeur d'Europol.

Sur la consommation elle-même, sans surprise, le cannabis est peut-être la substance la plus résistante aux interdictions et mesures répressives, la production domestique s'étant considérablement développée, « ce qui pose un vrai problème aux autorités pour l'intercepter », indique le rapport. Selon les chiffres de la Commission et de l'OEDT, environ 2 500 tonnes de cannabis sont consommées chaque année dans l'UE et 3 millions de personnes seraient des consommateurs quotidiens. Tout cela pour un marché estimé entre 18 et 30 milliards d'euros. À la question de la légalisation de cette drogue pour contrer les trafics, la commissaire Malmström a préféré botter en touche, rappelant que cette discussion devait d'abord être menée par les États membres. Le cannabis arrive en tout cas en tête de la consommation devant la cocaïne et l'héroïne. En ce qui concerne la cocaïne, le rapport relève une demande toujours élevée mais toutefois en légère diminution. L'Espagne et le Portugal sont ici les principales portes d'entrée mais de nouvelles routes émergent là encore, notamment via les Balkans ou la région de la mer Noire. Quant à l'héroïne, c'est la seule petite « victoire » qui peut être brandie, a dit Mme Malmström, le marché européen ayant décliné sur les 20 dernières années et la consommation étant désormais le fait d'un petit groupe vieillissant de personnes.

Vers l'interdiction de l'amphétaminique « 4-MA »

La Commission européenne a proposé jeudi 31 janvier d'interdire dans toute l'Union l'amphétaminique « 4-MA », produit de synthèse aux effets physiques semblables à ceux des amphétamines. Elle a recommandé aux États membres de l'UE d'empêcher la libre diffusion de cette drogue à travers l'Europe en la soumettant à des mesures de contrôle. La 4-méthylamphétamine - ou 4-MA - est déjà illégale dans 10 pays de l'UE (Allemagne, Autriche, Chypre, Danemark, France, Hongrie, Irlande, Lituanie, Pays-Bas et Royaume-Uni). Au cours de la seule période 2010-2012, cette substance a été associée au décès de 21 personnes dans quatre États membres (Belgique, Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni). Objectif de la proposition: bannir la production et la commercialisation de cette substance, en soumettant celle-ci à des sanctions pénales dans toute l'Europe. Les gouvernements des États membres de l'Union doivent à présent se prononcer sur l'adoption de ces mesures, par un vote à la majorité qualifiée au Conseil. La 4-MA peut causer de graves effets nocifs: hyperthermie, hypertension, anorexie, nausées, céphalées, insomnies, paranoïa, anxiété et dépression. (SP/LC)

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