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Bulletin Quotidien Europe N° 10776
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Considérations sur quelques évolutions de la vie de l'Europe

Si le Premier ministre turc s'énerve… Recep Tayyip Erdogan renonce-t-il à l'adhésion de son pays à l'UE ? Quel soulagement ! Non pas pour l'UE (laquelle ne croit plus à cette adhésion depuis longtemps), mais pour la fin de l'hypocrisie, pour la clarté, pour le bon sens. Il sera enfin possible pour les deux parties de négocier des solutions viables aux difficultés de leurs relations, qui sont nombreuses: commerciales, économiques et aussi politiques. M. Erdogan (voir notre bulletin n° 10774) a exprimé sa préférence pour adhérer à l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui réunit des pays meilleurs et plus puissants: Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan. Selon M. Erdogan, la Turquie partage des valeurs communes avec eux. Et il a accusé l'UE de ne pas vouloir accepter en son sein un pays musulman (ce qu'en réalité la Turquie n'est pas, d'après sa Constitution).

L'UE prendra acte sans doute du choix d'Ankara et mettra fin à la comédie des fausses négociations d'adhésion en les remplaçant par la recherche sérieuse d'une coopération commerciale, économique et si possible politique. Les liens historiques et culturels entre l'Europe et la Turquie (qui n'en fait pas partie) sont tels qu'une coopération réelle serait logique et opportune et les avantages seraient réciproques.

Politique commune de défense, objectif éloigné. La majorité du Parlement européen demande que les États membres de l'UE participent de manière plus consistante à l'effort militaire de la France au Mali. La sous-commission « sécurité et défense » (SEDE, présidée par le député français Arnaud Danjean) a critiqué l'absence de solidarité d'autres États membres avec l'action de la France, en estimant qu'ils devraient soutenir l'opération Serval sur le terrain, davantage qu'en mettant à disposition des avions de transport ou des équipes médicales (voir ma rubrique dans le bulletin n° 10763). Le silence de l'OTAN a également été critiqué. Plusieurs États membres, on le sait, ont agi dans le sens de participer à l'action française; mais il serait excessif de parler d'un élan spontané ; certaines des interventions timides pouvaient laisser l'impression qu'une question était sous-entendue: la France avait-elle informé ses partenaires de son intention d'agir ?

Une fois de plus, la base des difficultés et des incompréhensions réside dans l'absence d'une Europe de la Défense, qui à la fin de cette année seulement pourrait en partie se concrétiser pour l'aspect industriel, c'est-à-dire la fabrication des armements, ce qui représente un préalable indispensable, mais implique un nouvel équilibre entre la souveraineté nationale et les investissements communs (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10759). La réalité actuelle est absurde: plusieurs États membres disposent d'instruments fonctionnels qui constituent chacun un aspect d'une défense commune, sans un commandement central qui coordonne leur utilisation.

S'y ajoutent bien entendu les complications politiques: l'Allemagne est réticente, pour des raisons évidentes, à toute intervention en dehors des frontières nationales ; en Italie, à quelques semaines des élections, le gouvernement ne peut que gérer les affaires courantes et certains envois de matériel au Mali ont été suspendus. Tous les États membres ont exprimé leur soutien à l'action française, qui est légitime par rapport à l'ONU et qui jouit du soutien du monde africain.

C'est l'essentiel. Mais le moment où toute décision d'action militaire sera prise par les États membres ensemble, et les instruments pour agir seront communs, n'est pas encore proche. La naissance de l'Europe politique est de plus en plus nécessaire.

Fanatisme. « Le fanatisme religieux conduit souvent à la plus grande cruauté. » Que de fois cette phrase historique a été confirmée par les évènements récents ! La destruction à Tombouctou de chefs-d'œuvre fruits de siècles de culture musulmane a confirmé à quel point les soi-disant islamistes rigoureux sont en réalité des bandits, haïs par les populations locales qui ont accueilli les forces françaises comme des libérateurs. Au point que les Arabes vivant dans la même zone ou alentour, qui n'ont rien à voir avec les bandits en fuite, sont victimes d'attaques et demandent à être protégés.

(FR)

 

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