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Bulletin Quotidien Europe N° 10712
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) ukraine

« l'accord d'association est une base solide pour la candidature d'adhésion », selon Kostiantyn Yelisieiev

Bruxelles, 17/10/2012 (Agence Europe) - L'ambassadeur d'Ukraine auprès de l'UE, Kostiantyn Yelisieiev, a accordé un entretien à EUROPE, mardi 16 octobre, dans lequel il évoque l'accord d'association, les élections législatives du 28 octobre, mais aussi l'énergie et le commerce (propos recueillis par CG et EH).

Agence Europe: Comment sont vos relations avec l'UE d'une manière générale ?

Kostiantyn Yelisieiev: Nos relations sont très proches, constructives, profondes et prometteuses. Mais je les décrirais, à ce stade, à un moment de vérité avec la signature de l'accord d'association UE/Ukraine. Principalement, je veux parler de l'idée de quand pourrait être signé l'accord que nous avons paraphé en mars de cette année. Nous attendons une décision du côté européen.

AE: Comprenez-vous pourquoi l'UE ne veut pas signer l'accord ?

KY: L'UE hésite sur quand il doit être signé, mais l'Ukraine est prête à signer n'importe quand, le plus tôt sera le mieux. Dans les circonstances actuelles, l'UE devrait démontrer la netteté de sa vision stratégique. Je ne comprends pas pourquoi l'UE hésite, car il nous a fallu cinq ans pour négocier cet accord qui est le plus ambitieux que l'UE ait jamais négocié avec un pays tiers. Cet accord va créer un grand élan pour la modernisation de l'Ukraine, de son économie et de sa société. Sans aucun doute nous pourrions l'utiliser comme un élément important réel, et non abstrait, de l'intégration de l'Ukraine dans l'UE. En réformant l'Ukraine, en mettant en œuvre avec succès l'accord d'association, nous allons créer une base solide pour une candidature future pour l'adhésion. Idéalement parlant, cela créerait une perspective où l'adhésion serait inévitable. Le principal objectif de l'accord est de rapprocher l'Ukraine des valeurs européennes. Cela devrait être un objectif de l'accord et non une condition préalable à sa signature.

AE: L'UE suit de près les élections législatives ukrainiennes et semble être inquiète à leur propos. Comprenez-vous les préoccupations européennes ?

KY: Je suis sûr que nous allons réussir ce test avec dignité et succès, parce que nous avons une base juridique solide pour des élections justes et libres avec la loi adoptée en novembre 2011 par le Parlement ukrainien. Notre gouvernement a clairement dit qu'il était ouvert à une surveillance internationale des élections législatives. En conséquence, nous attendons 5000 moniteurs internationaux, de différentes institutions, qui vont suivre les élections. Dans le même temps, nous sommes satisfaits que l'UE suive de près les élections. Pour moi, c'est un signal politique que l'UE est vraiment désireuse de voir des élections libres et justes en Ukraine. Néanmoins, j'exhorte l'UE à être responsable et à ne pas fonder ses conclusions sur une analyse superficielle de la bataille politique actuelle en Ukraine.

AE: Des élections peuvent-elles être justes si des membres de l'opposition sont en prison ? Le cas de l'ancien Premier ministre Ioulia Timochenko est une grande préoccupation pour l'UE…

KY: Ce n'est pas un problème à propos de Ioulia Timochenko, il s'agit d'un problème à propos de ce que l'on appelle la « justice sélective », comme l'UE a l'habitude de nous le dire. Il s'agit d'un véritable défi sur lequel nous concentrons nos efforts, qui incluent la réforme des systèmes judiciaire et constitutionnel. Actuellement en Ukraine, il y a une réelle concurrence, l'opposition a décidé de participer aux élections et est d'accord avec les règles du jeu. De toute évidence, nous avons un climat concurrentiel pour les élections, avec un véritable débat démocratique dans les médias et à la télévision. Une fois de plus, a priori, juger ou préjuger que les élections ne seront pas libres et équitables n'est pas correct. Attendons le 28 octobre, et peu importe leurs résultats, je suis sûr que les élections seront en conformité avec les normes internationales.

AE: Le mois dernier, le président polonais Komorowski a suggéré que Kiev doit choisir entre l'UE et la Russie. Votre choix semble donc être l'UE ?

KY: Je suis un peu frappé par ce genre de philosophie. Ma réponse est simple, signons l'accord d'association. À mon avis, il appartient maintenant à l'Union européenne de montrer qu'elle se soucie vraiment de l'avenir européen de l'Ukraine. D'après une loi adoptée il y a deux ans par le Parlement ukrainien, notre principale priorité en politique intérieure et étrangère est l'intégration européenne. Et nous payons déjà pour notre choix européen en surpayant pour le gaz russe. Nous avons complètement rejeté l'idée proposée par Moscou d'adhérer à une union douanière avec la Russie (plus le Belarus et le Kazakhstan) pour avoir du gaz moins cher. Mais encore une fois, la signature de l'accord d'association mettra fin aux spéculations concernant la direction pour laquelle l'Ukraine se bat en termes de coopération politique, que ce soit aller vers l'est ou vers l'ouest. L'Ukraine cherche à se rapprocher de l'UE. ./…

AE: Comment sont vos relations avec le SEAE, la Haute représentante Catherine Ashton, et le commissaire à l'Élargissement Stefan Füle et ses services ?

KY: Je tiens à souligner le rôle important et le leadership du commissaire Füle en vue de rapprocher l'Ukraine de l'UE, pour promouvoir et pour stimuler les réformes internes dans le pays. Il est très engagé pour l'avenir européen de l'Ukraine. À propos de Lady Ashton, elle n'a jamais plus effectué une visite en Ukraine depuis une courte visite de courtoisie début 2010 après l'élection présidentielle. Tous mes efforts pour l'engager dans les relations UE-Ukraine, pour la rapprocher de l'Ukraine, ont malheureusement échoué. Parfois, il est préférable de voir que d'entendre parler de l'Ukraine.

AE: En matière d'énergie, quelles sont les prochaines étapes du processus de modernisation du système de transmission gazier (GTS) en Ukraine ?

KY: Conformément à la déclaration UE/Ukraine signée en mars 2009, la modernisation du GTS ukrainien est une haute priorité à la fois pour l'UE et l'Ukraine. Maintenant, nous sommes sur le point d'achever avec l'UE toutes les activités préparatoires pour signer un document financier avec les institutions financières internationales - BERD, BEI, Banque mondiale et IFC - en vue de moderniser le réseau ukrainien de gazoducs. Le premier projet pilote, avec une enveloppe de 308 millions de dollars, vise à moderniser la section Urengoi-Pomary-Oujgorod. Le second projet consiste à moderniser l'ensemble du GTS ukrainien, pour remplacer les anciens systèmes de compression et moderniser les stockages souterrains qui se trouvent dans l'ouest du pays. Nous avons déjà investi 100 millions de dollars à cet égard. Mais nous avons une deuxième priorité, la diversification de nos sources d'énergie, c'est pourquoi nous sommes intéressés par le projet de gazoduc Trans-Anatolien (TANAP), dans le corridor sud, et nous suggérons que ce pipeline se connecte à l'Ukraine. La troisième priorité est l'efficacité énergétique et les projets d'économie d'énergie.

AE: Êtes-vous soucieux de l'impact de l'enquête de la Commission visant le gazier russe Gazprom sur les livraisons de gaz à l'Ukraine et le transit du gaz russe vers l'UE cet hiver ?

KY: Tout d'abord, l'UE peut compter sur l'Ukraine en tant que pays de transit stable et prévisible pour le passage du gaz russe vers l'UE, encore plus pendant l'hiver. Afin d'assurer la prévisibilité et la stabilité des livraisons de gaz russe à l'UE, nous avons déjà pompé 20 millions de mètres cubes hors de nos stockages souterrains dans la perspective de la période hivernale. Nous voulons montrer à l'UE que nous sommes sérieux dans notre engagement à assurer le transit du gaz. Mais je ne veux pas commenter sur l'enquête qui a été lancée par la DG Concurrence de la Commission européenne. Attendons les résultats.

AE: L'Ukraine a récemment demandé une révision de ses concessions tarifaires à l'OMC, sur la base de l'article 28 du GATT. Cette initiative est critiquée par les partenaires de l'OMC comme une menace pour le système commercial multilatéral et vue par l'UE comme un danger pour l'accord de libre-échange. Pourquoi une telle initiative ? Comprenez-vous les préoccupations de vos partenaires ?

KY: Cette décision a été initiée par le milieu des affaires ukrainien et les entreprises ukrainiennes, dont nous ne pouvons pas ignorer les plaintes. Nous avons simplement présenté ces plaintes à l'OMC, nous n'avons pas transgressé les règles. Comme vous l'avez dit, il y a un article spécial qui nous donne un droit. La question de savoir si nous allons réussir, c'est une autre question. Mais je ne pense pas que ce mouvement va mettre en péril le système de l'OMC et ses règles. Dans un esprit constructif, et dans le respect des règles de l'OMC, nous allons travailler à Genève pour trouver un compromis acceptable. Mais je ne veux pas politiser cette question. Parce que notre accord de libre-échange avec l'UE va bien au-delà de la réglementation et des normes de l'OMC.

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