Bruxelles, 17/10/2012 (Agence Europe) - Si les biocarburants encouragés par la politique climatique de
l'UE font plus de mal que de bien en entrant en concurrence avec la production alimentaire et en n'œuvrant pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, rectifier le tir c'est la moindre des choses et c'est ce que fait la Commission européenne, a souligné Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'Action pour le climat, mercredi 17 octobre. Elle venait présenter à la presse européenne, avec son collègue à l'Énergie Günther Oettinger, les nouvelles règles sur le durcissement des règles relatives à la durabilité des biocarburants utilisés dans l'UE (voir nouvelle précédente).
« Pour que les biocarburants contribuent à la lutte contre les changements climatiques, nous devons utiliser des biocarburants vraiment durables. Nous devons investir dans des biocarburants permettant une réelle réduction des émissions et n'entrant pas en concurrence avec la production alimentaire. Nous n'abandonnons évidemment pas les biocarburants de première génération, mais nous adressons un signal clair: ce n'est pas l'avenir pour l'Europe. Nous disons qu'au-delà de 2020, il n'y aura pas d'incitant pour les biocarburants de première génération. Nous disons, améliorez vos biocarburants, passez à la production de biocarburants de deuxième et troisième génération , a-t-elle déclaré.
À ceux qui présentent cette proposition comme 'tombée du ciel', la commissaire rappelle que lors du débat préparatoire à l'introduction de critères de durabilité des biocarburants dans la législation de l'UE (tant dans la directive 'Énergies renouvelables' de 2009 que dans la directive 'Qualité des carburants'), elle avait, en tant que ministre, plaidé pour la prise en compte du changement indirect dans l'affection des sols (le facteur ILUC) dans l'évaluation de la performance des biocarburants. « Nous devions analyser ce facteur ILUC. Aujourd'hui, nous pouvons affirmer: oui l'ILUC est une réalité, et en utilisant ce facteur, certains biocarburants sont pires que les carburants qu'il remplacent ». Aujourd'hui, la Commission propose donc d'introduire ce facteur avec une méthode, et avec l'objectif d'investir dans les carburants de deuxième génération », a précisé la commissaire. Dans le même temps, Mme Hedegaard a tenu à rassurer les producteurs, en insistant sur le caractère progressif de la réforme qui laissera aux producteurs de biocarburants de première génération le temps de s'adapter à la nouvelle donne. « Nous n'allons pas fermer les entreprises du jour au lendemain. À compter de 2020, il n'y aura plus d'aide pour les biocarburants de première génération. Le défi est d'avoir suffisamment de denrées alimentaires pour nourrir tout le monde à des prix abordables », a-telle ajouté. Selon elle, le jeu en vaut la chandelle puisque l'été dernier, l'alerte avait été donnée par la Banque mondiale. « Les prix des denrées alimentaires ont explosé, y compris en Europe occidentale. Il ne s'agit pas seulement d'éliminer les combustibles fossiles. »
Les environnementalistes sont déçus. Les Verts/ALE au Parlement européen se réjouissent que la Commission ait enfin pris une initiative pour prendre en compte le facteur ILUC mais sont déçus du peu de mesures concrètes proposées pour s'attaquer aux excès d'émissions de gaz à effet de serre des biocarburants. « Certes, la Commission propose d'imposer une limite de 5% à la première génération d'agro-carburants, mais elle refuse de proposer des mesures spécifiques pour prendre en compte de façon appropriée, dans la législation européenne sur les énergies renouvelables, les émissions de gaz à effet de serre résultant du changement indirect d'affectation des sols. Si le changement indirect d'affectation des sols était pris en compte, le bilan carbone de certains agro-carburants serait si élevé qu'ils ne pourraient être considérés comme tels », fait observer l'eurodéputé Yannik Jadot (France).
L'ONG Friends of the Earth Europe est sur la même ligne: faute de mesures relatives au bilan carbone, les biocarburants continueront à contribuer à la déforestation et au changement climatique. En outre, le plafonnement de 5% pour les biocarburants de première génération est encore au-dessus des niveaux de consommation actuels et n'empêchera donc pas les biocarburants d'entrer en concurrence avec les cultures ou d'exercer des pressions sur les prix alimentaires, souligne l'ONG. (AN)