Bruxelles, 10/10/2012 (Agence Europe) - S'alarmant du déclin relatif du rôle de l'industrie européenne, l'exécutif européen propose des mesures immédiates pour faire passer la part du secteur secondaire dans le PIB de l'UE de moins de 16% aujourd'hui à 20% à l'horizon 2020.
3 millions d'emplois perdus. Bien qu'elle occupe toujours une position dominante au plan mondial dans plusieurs secteurs stratégiques tels que l'automobile, l'aéronautique, l'ingénierie, l'espace, les produits chimiques et les produits pharmaceutiques, bien qu'elle soit à la source de 80% des exportations de l'UE et qu'elle stimule 80% des investissements du secteur privé dans la R&D, l'industrie européenne souffre. Depuis le début de la crise, plus de 3 millions d'emplois industriels ont disparu dans l'UE.
Innovation, lente convergence entre les 27. Un constat alarmant que confirme le tableau de bord 2012 sur les performances de l'industrie dans les 27 États membres, présenté par le commissaire Antonio Tajani, mercredi 10 octobre. Passant au crible les résultats nationaux en matière de productivité de l'industrie manufacturière, d'exportation, d'innovation et de développement durable, d'environnement et d'infrastructure des entreprises, et de financement et d'investissement, le rapport de la Commission dresse un état des lieux mitigé de l'industrie européenne. Malgré des gains d'efficacité énergétique importants et une forte capacité à attirer l'investissement étranger, l'UE souffre d'une performance industrielle déséquilibrée entre ses États membres. Si plusieurs d'entre eux ont accompli des progrès satisfaisants en matière de durabilité, de soutien aux PME et de réforme de l'administration publique, si l'UE connaît une tendance positive générale dans la transition vers une économie plus axée sur le savoir, une productivité du travail accrue et du travail hautement qualifié, la convergence entre pays plus ou moins innovants semble avoir ralenti ces dernières années. Des défis importants restent à relever dans la promotion de la R&D privée et le renforcement de la concurrence dans les industries de réseau. L'accès au financement a, lui, empiré dans la majorité des États membres.
Demande intérieure en berne. Analysant les coûts et avantages résultant de la mondialisation au cours des 15 dernières années, le rapport 2012 sur la compétitivité européenne conclut que la baisse de la demande intérieure dans l'UE de produits industriels ne peut être totalement compensée par la demande des pays tiers, les gains d'efficacité énergétique de l'UE et sa capacité à attirer les investissements étrangers. Pour la Commission, l'incertitude du marché, les problèmes de financement, la faiblesse de la demande et la pénurie de compétences ont provoqué un manque de confiance qui, à son tour, s'est traduit par une insuffisance des investissements et des pertes d'emplois dans l'industrie.
Objectif 20%. Pour relancer un secteur en souffrance mais au vaste potentiel, l'exécutif européen propose quatre pistes où accroître la coordination des États membres pour renforcer la politique industrielle de l'UE et permettre un retour aux niveaux d'avant crise, où l'industrie contribuait encore à 20% du PIB. Il s'agit d'abord d'investir massivement dans six secteurs à très fort potentiel: les technologies avancées pour la production propre, les véhicules propres, les bioproduits, les technologies clés génériques, la construction et les matières premières, et les réseaux intelligents. La Commission veut aussi garantir de meilleures conditions de marché à l'industrie européenne, tant au plan du marché intérieur que des marchés tiers. Troisième pilier de la stratégie, l'amélioration de l'accès au financement et aux capitaux, en mobilisant de manière plus efficace les ressources publiques, incluant celles de la BEI (qui devrait affecter entre 10 et 15 milliards d'euros à des prêts supplémentaires pour les PME) et des Fonds structurels, et en débloquant des fonds privés grâce à l'élimination des obstacles aux fonds de capital-risque. Enfin, l'exécutif européen prône l'investissement dans le capital humain et les compétences ; dans ce domaine, la Commission veillera en particulier à promouvoir davantage la coopération entre employeurs, travailleurs et autorités concernées par la création de conseils et d'alliances sectoriels européens pour les compétences.
Paramètres de contrôle. Pour s'assurer de la bonne mise en œuvre de ces actions, la Commission surveillera de près l'évolution de paramètres essentiels. D'une part, l'investissement, tombé de 21,3% à 18,6% du PIB entre 2007 et 2011, chiffre qu'elle veut porter à 23% d'ici 2020. Actuellement situé entre 6% et 7% du PIB, l'investissement dans les équipements devra, lui, progresser durablement au-delà de 9% du PIB en 2020. L'exécutif européen veut aussi porter de 21% à 25% du PIB les échanges de marchandises dans un marché intérieur redynamisé. Enfin, la Commission souhaite que la proportion de PME pratiquant la vente en ligne atteigne 33 % d'ici à 2015.
Réciprocité. Sept États membres - Allemagne, France, Espagne, Italie, Luxembourg, Portugal et Roumanie - ont plaidé cette semaine, dans un courrier au commissaire Tajani et à la Présidence chypriote, pour une révision ambitieuse de la politique industrielle, incluant une plus grande prise en compte des intérêts de l'industrie européenne par la politique commerciale et la politique en matière d'aides d'État. La réciprocité doit devenir la règle avec les pays tiers, rappellent-ils. (EH)