Bruxelles, 20/09/2012 (Agence Europe) - Le dernier sommet UE/Chine de l'ère Wen consolide les progrès accomplis depuis le lancement du partenariat stratégique en 2003. Beijing réaffirme son soutien à l'intégration européenne, mise à mal par la crise de la dette, et joue l'apaisement sur les frictions commerciales bilatérales.
Partenariat stratégique, le dynamisme des années Wen. Précédant l'arrivée, au printemps 2013, d'une nouvelle équipe dirigeante à Pékin, le 15ème sommet UE/Chine, jeudi 20 septembre à Bruxelles, a permis aux dirigeants européens et chinois de « faire l'inventaire » des progrès réalisés dans les relations bilatérales pendant l'ère Wen Jiabao, le Premier ministre chinois devant céder sa place, comme le président Hu Jintao, à l'issue du 18ème congrès du Parti communiste chinois, pour un rajeunissement décennal du pouvoir.
Dans leur déclaration conjointe, les dirigeants européens - le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso - et chinois se sont dits « déterminés à développer leur partenariat pour accroître davantage sa dimension stratégique et amener leur coopération à un niveau plus élevé ». Témoignent de cette volonté la signature, jeudi, de plusieurs accords bilatéraux - un dialogue sur la coopération en matière d'innovation, un mémorandum d'entente sur la coopération entre les autorités de concurrence de l'UE et les autorités chinoises chargées de l'application de la loi anti-monopole, une task force sur les questions cybernétiques, et un accord en vue d'un dialogue sur la coopération en matière de technologies spatiales.
Le dernier sommet de l'ère Wen a aussi permis de consolider des avancées dans tous les domaines de la coopération sino-européenne: un plan de coopération sur l'agriculture et le développement rural, convenu en juin ; un partenariat sur l'urbanisation durable, lancé en mai dernier, et qui a accouché le 19 septembre du premier forum des maires ; un dialogue de haut niveau sur l'énergie, lancé en mai, et l'ouverture de discussions en vue d'un accord Euratom/Chine ; un dialogue sur les échanges de peuple-à-peuple, touchant aux domaines de la formation, de la culture, de la jeunesse et du multilinguisme ; une coopération en matière d'emploi et d'affaires sociales ; le lancement d'un projet conjoint sur la gestion des risques de catastrophe naturelle ; et un accord pour lancer un dialogue sur la mobilité et les migrations. Piloté par M. Wen, le gouvernement chinois aura également convenu de renforcer, à l'avenir, sa coopération avec l'UE en matière de gouvernance et de réforme de l'administration publique, mais aussi en matière de transports et de mobilité urbaine.
Soutien réaffirmé de Beijing à l'intégration européenne. Les Européens, qui plaçaient beaucoup d'attentes dans les promesses de la Chine de poursuivre ses achats d'obligations souveraines de pays européens en proie à la crise de la dette, peuvent être rassurés. « Confiante » que les Vingt-sept ont pris les « mesures appropriées » pour résoudre cette crise plombant la zone euro, la Chine, qui possède de massives réserves de changes, évaluées à 3 200 milliards de dollars (dont un quart constitué d'actifs libellées en euros), a réaffirmé « son soutien au processus d'intégration européenne ». Beijing compte toutefois « discuter activement de moyens de coopération » avec le MES, futur fonds de sauvetage permanent de la zone euro, a prévenu M. Wen.
La partie n'était pourtant pas gagnée. D'emblée, M. Wen a rappelé à ses hôtes l'agacement de Beijing devant le maintien de l'embargo de l'UE sur les ventes d'armes chinoises, instauré après la répression de Tian An Men en 1989, et la lenteur de l'UE à octroyer à la Chine le statut d'économie de marché. « Je dois être très franc. Une solution est difficile à atteindre. Je le regrette profondément et nous attendons du côté européen une initiative visant à résoudre ces problèmes », avait insisté le Premier ministre chinois.
Mais, signe d'ouverture de Beijing en cette fin de règne pour l'équipe dirigeante conduite par MM. Hu et Wen, un accord a été convenu pour poursuivre le dialogue sur les droits de l'Homme, sujet hautement sensible pour la partie chinoise. Après la session du 29 mai dernier, l'Irlande sera l'hôte du prochain séminaire en octobre. Comme ses homologues européens, M. Wen souligne, dans la déclaration finale conjointe du sommet, « l'importance de la promotion des droits de l'Homme et de l'État de droit ».
Commerce, une pierre d'achoppement dure à polir. Sous tension sur le chapitre commercial, en particulier depuis la décision de la Commission de mener une enquête antidumping relative aux exportations chinoises de panneaux solaires et de leurs composants photovoltaïques, la réunion semble avoir débouché sur l'apaisement. La promesse du commissaire Karel De Gucht, lors d'une réunion avec le ministre chinois du Commerce Chen Denming à la veille du sommet, de reporter le lancement d'une enquête visant les subventions de Beijing aux équipementiers chinois de télécommunications ZTE et Huawei, faute de preuves solides, aurait-elle porté ses fruits ? Dirigeants européens et chinois ont convenu qu'une relation commerciale aussi massive que celle liant l'UE et la Chine - plus de 428 milliards d'euros d'échanges en 2011 - ne se nouait pas sans frictions, M. Wen usant de la métaphore d'une pierre d'achoppement dure à polir. L'UE et la Chine ont néanmoins confirmé, jeudi, leur engagement à lancer des négociations pour un accord bilatéral sur l'investissement.
Au plan diplomatique, dirigeants européens et chinois ont évoqué la situation en Syrie, l'Iran, la Corée du Nord, et les tensions entre la Chine et le Japon, envenimées par l'affaire du conflit territorial pour les îles Diaoyu. Et promis de « redoubler d'efforts » pour répondre aux grands défis planétaires, la crise économique et financière, le développement durable, le changement climatique, et la sécurité énergétique. (EH)