Bruxelles, 20/09/2012 (Agence Europe) - En un jour, la publication de l'étude scientifique française ayant établi la toxicité pour la santé des rats de l'OGM NK603 de Monsanto et du Round-up, l'herbicide total du même Monsanto (EUROPE n° 10692) a fait couler beaucoup d'encre et n'a pas fini d'en faire couler: c'est aux experts de l'Autorité européenne de sécurité de aliments (EFSA), vers laquelle la Commission européenne s'est immédiatement tournée, de plancher maintenant pour examiner cette étude dans les meilleurs délais et rédiger un avis, avant la fin de l'année si possible, a précisé l'institution européenne, ce jeudi 20 septembre. Le même jour, l'indépendance des experts OGM de l'EFSA était explicitement mise en cause par le professeur Gilles Eric Seralini de l'Université de Caen, co-auteur de l'étude scientifique, lors d'une conférence de presse organisée au Parlement européen par l'eurodéputée Corinne Lepage (ADLE, française).
Plutôt que de répondre aux appels à la suspension immédiate de l'autorisation de culture du maïs transgénique incriminé, la Commission a donc choisi de prendre son temps pour s'en remettre à l'expertise scientifique de l'EFSA qui, en 2009, avait affirmé que le maïs NK603 ne présentait aucun risque pour la santé humaine et animale, comme tout autre maïs conventionnel. Elle assure toutefois, que si le groupe scientifique OGM de l'EFSA devait conclure à l'existence « d'éléments scientifiques nouveaux », elle en tirerait « toutes les conséquences ».
Répondant à un journaliste qui lui demandait comment la Commission comptait faire valider la pertinence de cette étude scientifique aux conclusions diamétralement opposées à celle de l'EFSA et si les scientifiques de l'EFSA appelés à se prononcer seraient les mêmes que précédemment, Frédéric Vincent, porte-parole de John Dalli, commissaire européen à la Santé, a botté en touche. « Le mandat de la Commission à l'EFSA ne consiste pas à valider ce qui a été publié, mais à vérifier ce qui a été présenté, dans quelles conditions les recherches ont été effectuées, comment les rats ont été traités. Les scientifiques vont transmettre à l'EFSA tous les éléments qui les ont conduits à des conclusions diamétralement opposées. L'EFSA a reçu une demande de la Commission européenne dès hier », a-t-il déclaré.
L'EFSA, incompétente et laxiste. Le professeur Gilles Eric Seralini, pour sa part, a souligné que l'étude scientifique dont il est le co-auteur était « la plus longue et la plus détaillée sur un pesticide dans sa composition globale et sur un OGM alimentaire jamais effectuée dans le monde à ce jour ». D'une durée de deux ans, elle a porté sur 200 rats avec 100 paramètres par rat et 50 paramètres mesurés onze fois au cours des deux années, alors que la réglementation demande seulement deux ou trois analyses après 14 semaines et que l'EFSA a autorisé la pomme de terre transgénique Amflora de BASF à l'issue de tests pendant trois mois sur 30 rats. Idem pour le MK603, « alors que tous les effets nocifs (décès prématurés, tumeurs énormes, pathologies rénales, anomalies hypophysaires et des hormones sexuelles) sont apparus au quatrième mois », a-t-il expliqué. Et d'ajouter: « Nous regrettons l'incompétence et le laxisme de l'EFSA. Nous n'accepterons pas que ces gens-là fassent une contre- expertise. Il ya trop de conflits d'intérêts ». Ce qu'il demande, c'est la publication des membres du panel chargé de la contre-expertise et de leurs publications scientifiques avant qu'ils ne soient choisis comme experts. L'eurodéputée Corinne Lepage a précisé qu'« il ne (s'agissait) pas de sortir du cadre de l'EFSA, mais de demander une autre méthode de travail ».
L'ancienne ministre française, qui a saisi les 27 ministres compétents de l'UE et le commissaire Dalli pour demander la généralisation des tests de deux ans, un moratoire sur le NK 603 et la révision de la méthode d'évaluation des risques sanitaires à long terme, a vu dans la publication de cette étude une victoire. « En tant que citoyenne, je suis fière et heureuse que la société civile ait réussi à pointer du doigt les carences des organes publics et de l'expertise concernant la recherche des effets à long terme sur la santé humaine. Nous pouvons, nous, citoyens, répondre, par la recherche, à des questions légitimes que se pose la population ».
Dès la publication de l'étude, le gouvernement français a saisi pour avis son autorité compétente l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et fait savoir qu'« en fonction de l'avis de l'ANSES, le gouvernement demandera aux autorités européennes de prendre toutes les mesures nécessaires en termes de protection de la santé humaine et animale, mesures qui pourront aller jusqu'à suspendre en urgence l'autorisation d'importation dans l'Union européenne du mais NK 603, dans l'attente d'un réexamen de ce produit sur la base de méthodes d'évaluation renforcées ».
Selon Paris, « cette étude semble confirmer l'insuffisance des études toxicologiques exigées par la règlementation communautaire en matière d'autorisation de mise sur le marché de produits transgéniques. Elle valide la position de précaution prise par le gouvernement français sur le moratoire des cultures OGM. Le gouvernement demande aux autorités européennes de renforcer, dans les meilleurs délais et de façon significative, l'évaluation des risques sanitaires et environnementaux », précisé un communiqué conjoint publié jeudi par les ministres Marisol Touraine (Affaires sociales), Delphine Batho (Écologie) et Stéphane Le Foll (Agriculture). (AN)