Bruxelles, 22/06/2012 (Agence Europe) - La demande formelle d'aide financière que l'Espagne doit formuler auprès de ses partenaires de la zone euro afin de venir en aide aux banques espagnoles plombées par leurs actifs immobiliers toxiques est imminente. Nous la transmettrons « immédiatement », a confirmé le ministre espagnol des Finances Luis de Guindos, vendredi 22 juin à Luxembourg au lendemain de la publication des deux rapports d'audit indépendants chiffrant les besoins cumulés du secteur à maximum 62 milliards d'euros (EUROPE n° 10638). Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker avait estimé, la veille, que l'Espagne devait introduire sa requête « d'ici lundi » au plus tard, le ministre français des Finances Pierre Moscovici évoquant un délai d'attente plus court, fixé à « vendredi ».
Le montant exact de l'aide sera connu à l'issue des négociations sur le mémorandum qui liera l'Espagne à ses créanciers européens. L'Eurogroupe souhaite être en mesure de prendre une décision définitive lors de sa prochaine réunion lundi 9 juillet, sur la base des négociations qui s'amorcent entre la Commission européenne et l'Espagne. « Il faut établir une feuille de route » en matière de recapitalisation des banques, a indiqué M. de Guindos, en précisant que l'aide ira d'abord aux entités financières contrôlées par l'État.
Jeudi, les autorités espagnoles ont dévoilé les résultats des audits effectués par deux cabinets, les sociétés américaine Oliver Wyman et allemande Roland Berger. Si le plus pessimiste des scénarios retenus se réalise, le secteur bancaire nécessiterait une aide située entre 51 et 62 milliards d'euros selon le cabinet américain et près de 52 milliards d'euros selon le cabinet allemand. L'argent requis ne proviendrait pas forcément uniquement de fonds publics, l'espoir d'une recapitalisation partielle à travers le marché étant encore caressé. Sur les 14 banques espagnoles dont les bilans ont été passés au peigne fin, les institutions les plus concernées sont celles qui ont été (ou seront bientôt) nationalisées: Bankia, CatalunyaCaixa, Novacaixagalicia, Banco de Valencia.
Conditionnalité. Une fois la demande officielle transmise aux Européens, la Commission européenne enverra « la semaine prochaine » des experts en vue de négocier le futur mémorandum, en liaison avec la BCE et l'Autorité bancaire européenne, a expliqué le commissaire chargé de l'euro Olli Rehn. Seront incluses dans ce programme des mesures conditionnelles visant le secteur financier espagnol, telles qu'une restructuration des banques les plus touchées et un renforcement des règles de supervision bancaire. Selon M. Rehn, « les institutions financières espagnoles doivent injecter de l'essence dans le moteur de l'économie espagnole » en fournissant des prêts aux ménages et aux entreprises au lieu d'alimenter « la spéculation » financière. Le FMI ne fournira pas d'aide financière sonnante et trébuchante mais apportera son expertise.
FESF ou MES ? L'aide transitera à travers le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent doté d'une capacité d'intervention de 500 milliards d'euros, si celui-ci est opérationnel à temps. Dans le cas contraire, le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) interviendra jusqu'à ce que le MES soit en mesure d'assurer le relais. Si l'aide provient du MES, les créanciers institutionnels seront prioritaires en matière de remboursement des prêts par rapport aux autres détenteurs de dette espagnole. Ce n'est pas le cas si le FESF est provisoirement mobilisé. M. Juncker a minimisé l'importance de cet enjeu. L'octroi d'une aide de 100 milliards d'euros, montant maximal fixé par l'Eurogroupe, ne correspondrait qu'à 10% du PIB espagnol, a également relativisé le directeur du FESF, Klaus Regling. Le fonds provisoire pourra agir vite, notamment en privilégiant le recours aux obligations du FESF plutôt qu'une levée classique de titres sur les marchés. Quant au MES, l'Eurogroupe espère qu'il sera opérationnel dès lundi 9 juillet.
Casser le lien entre crise bancaire et crise de la dette souveraine. Quelle que soit sa provenance, l'aide financière au secteur bancaire espagnol transitera à travers l'État qui sera tenu responsable du sauvetage de son système bancaire. C'est ce que stipulent, à ce stade, les textes des traités intergouvernementaux instaurant le FESF et le MES. Le soutien financier alimentera donc la dette publique espagnole, malgré la campagne acharnée du gouvernement espagnol en faveur d'une modification des règles en faveur d'une aide directe des fonds européens aux banques espagnoles. M. de Guindos a d'ailleurs réaffirmé vendredi que cette option était « sur la table » de l'Eurogroupe. Sur ce point, Madrid a des alliés, comme la France et la Commission européenne. « Les autorités européennes devraient apprendre de l'expérience de l'Irlande », avait estimé jeudi le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan. « Recapitaliser leurs banques et transférer le traitement comptable de cette recapitalisation directement aux États me paraît être un fardeau additionnel », avait-il commenté. Plaidant pour un approfondissement de l'Union économique et monétaire, la directrice du FMI Christine Lagarde a demandé de la part de l'Eurozone des mesures visant à rompre le cercle vicieux entre crise de la dette souveraine et difficultés du secteur bancaire, notamment à travers « une recapitalisation bancaire sans passer par l'intermédiaire des États ». Des propositions bien accueillies par M. Juncker et M. Rehn. (MB)