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Bulletin Quotidien Europe N° 10638
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) Énergie

Nucléaire, le Parlement européen critique sur les stress tests

Bruxelles, 20/06/2012 (Agence Europe) - L'exercice des tests de résistance des centrales nucléaires dans l'UE suscite d'importantes critiques au Parlement européen. Les résultats finaux sont promis à l'automne.

L'ENSREG (European Nuclear Safety Regulator's Group) et la Commission ont été bousculés lors d'une audition en commission de l'énergie du Parlement européen, mardi 19 juin, sur les insuffisances de l'exercice de tests de résistance (stress tests) des centrales nucléaires hébergeant 143 réacteurs dans 14 États membres de l'UE, réalisé à la lumière de l'accident à la centrale de Fukushima Daichi au Japon. De nombreux députés ont notamment mis en cause l'insuffisance des scénarios étudiés, qui se limitent aux risques présentés par les inondations ou des tremblements de terre.

Invité à présenter au nom de l'ENSREG le rapport d'examen par les pairs (peer review), troisième et dernière phase de l'exercice des stress tests, un des chefs de l'autorité française de sûreté, Philippe Jamet, a ainsi dû essuyer les critiques des élus, les plus virulentes provenant notamment des écologistes. « Pourquoi les tests ne sont pas menés sur une combinaison de facteurs ? », lui a demandé le Français Yannick Jadot. « Quelles sont les centrales les plus à risque ? Avez-vous travaillé sur le problème de la sous-traitance ? », a renchéri sa compatriote Michèle Rivasi. « Qu'en est-t-il des problèmes s'il fallait évacuer des villes comme Bruxelles et Paris ? », s'est demandée l'Allemande Rebecca Harms. Une étude réalisée par des experts indépendants à la demande de l'ONG environnementaliste Greenpeace publiée la semaine dernière pointe du doigt les lacunes des rapports croisés des experts nationaux et de la Commission (EUROPE n° 10634).

Mais les critiques ne viennent pas seulement du côté des écologistes. Ainsi, la libérale britannique Fiona Hall s'interroge sur l'intervention des équipes de secours dans des centrales isolées. Du côté du groupe S&D, le Lituanien Zigmantas Balcytis déplore que « beaucoup de questions restent pendantes », suggérant qu'une évaluation complète de tous les réacteurs soit menée, avec des conclusions spécifiques. L'ENSREG s'est surtout vue tancée sur la non-prise en compte par les tests d'un accident d'avion. Une question que le commissaire Günther Oettinger avait souhaité voir incluse dans les modalités des stress tests définies en mai 2011, ce qu'avaient refusé les capitales, laissant à un groupe ad hoc sur la sécurité nucléaire, au sein du Conseil, le soin d'analyser les risques liés au facteur humain (attentats terroristes, crash d'avion) et la gestion des menaces liées à des actes malveillants, dans des recommandations rendues le 6 juin (EUROPE n° 10628).

Mardi, le représentant de l'ENSREG a reconnu que des divergences étaient apparues entre les États membres sur la définition des risques de catastrophe naturelle, et a admis que tous les pays n'ont pas encore mis en place les règles pour les systèmes de confinement. Il a néanmoins promis que les recommandations issues du peer review imposeront la présence d'un bâtiment sécurisé dans chacune des installations pour abriter les opérateurs et leur permettre d'agir sur place, et elles permettront de faire face à des situations de destruction totale d'une installation ou à une série d'accidents survenus en parallèle dans plusieurs centrales. M. Jamet a aussi évoqué l'élaboration par l'ENSREG d'un plan d'action pour renforcer la solidité des centrales. Du côté de la France, qui abrite 58 réacteurs, l'investissement atteindrait entre 100 et 200 millions d'euros par centrale.

Le commissaire Oettinger a de son côté promis pour octobre ses propositions de révision des règles de sûreté, qui porteront sur trois domaines: la gouvernance et l'indépendance des autorités, le choix de critères techniques et l'amélioration de la transparence. « La Commission veut être en mesure de répondre à toutes les craintes des citoyens sur la sûreté des installations nucléaires dans l'UE », a-t-il insisté. (EH)

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