Bruxelles, 20/06/2012 (Agence Europe) - À l'issue de deux jours de négociations à Moscou, les grandes puissances et l'Iran n'ont toujours pas réussi à concilier leurs points de vue sur le dossier du nucléaire iranien, sur fond de menace d'embargo pétrolier imminent contre Téhéran, voire d'intervention militaire (EUROPE n° 10636).
« Il y a des divergences significatives sur l'essentiel entre les deux parties », a déclaré la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, qui pilote le groupe des 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) dans les négociations avec l'Iran, suspectée de vouloir se doter de l'arme nucléaire. « Nous avons présenté nos positions respectives au cours d'échanges qui ont été détaillés, âpres et francs », a poursuivi Catherine Ashton au cours d'une conférence de presse, mardi 19 juin, après neuf heures de négociations pendant lesquelles les grandes puissances ont réaffirmé leur demande à l'Iran « d'arrêter l'enrichissement d'uranium à 20%, de fermer son site nucléaire souterrain de Fordow et d'échanger le stock d'uranium enrichi à 20% » contre du combustible nucléaire dont Téhéran à besoin.
Mais l'Iran campe sur ses positions et a réaffirmé son droit à enrichir de l'uranium à sa guise. « Nous avons insisté sur le fait que l'enrichissement d'uranium dans un but pacifique (…) était du droit de la République islamique », a déclaré le négociateur en chef du dossier nucléaire iranien, Saïd Jalili, lors d'une conférence de presse séparée. « Ces négociations étaient plus sérieuses et plus réalistes » que celles d'Istanbul en avril et de Bagdad en mai, a-t-il poursuivi, soulignant que les discussions étaient allées « au-delà des déclarations de principe ».
L'Iran a proposé cinq axes pour les négociations et les deux parties se sont accordées sur une nouvelle réunion à Istanbul le 3 juillet, cette fois au niveau des experts. « Le principal accord de Moscou est qu'ils (les 5+1 NdlR) ont accepté la position de la République islamique pour la tenue de réunions d'experts, même s'ils l'ont fait avec deux mois de retard », a ajouté M. Jalili. « Maintenant nous espérons que cette occasion permettra (aux grandes puissances) de choisir la bonne voie pour sortir de l'impasse », a-t-il encore indiqué.
Côté européen, la réunion d'experts du 3 juillet a été confirmée. Les services de Mme Ashton indiquent qu'elle sera suivie d'une réunion entre Mme Schmid et le Dr. Bagheri, respectivement adjoints de la chef de la diplomatie européenne et de M. Jalili. Dans une troisième étape, « j'entrerai alors en contact direct avec le Dr. Jalili à propos des perspectives d'une réunion au niveau politique », a indiqué la Haute représentante de l'UE.
M. Jalili a par ailleurs estimé que l'entrée en vigueur le 1er juillet d'un embargo pétrolier de l'UE contre l'Iran et le renforcement des sanctions des États-Unis, avec des restrictions imposées aux pays achetant du pétrole iranien, risquaient de faire capoter le processus de négociations. Si l'approche retenue à Moscou « est mise à mal et qu'elle est perturbée par certaines actions, cela aura sans aucun doute un impact sur le résultat de ces négociations », a-t-il déclaré. Et d'ajouter: « Tout geste inapproprié et toute mesure n'allant pas dans le sens de cette approche ne sera sans aucun doute pas constructive, et il y aura une réponse appropriée ». (OL)