Le peuple a choisi. La majorité du peuple grec a rejeté les disciplines nécessaires pour faire partie de la zone euro. Le message est clair, sans qu'il soit nécessaire d'analyser en détail les résultats des élections de dimanche. Il est vrai qu'une sortie de l'euro est considérée comme une opération extrêmement complexe, avec des répercussions sérieuses non seulement pour le pays concerné, mais dans l'ensemble de la zone ; cependant, si un peuple s'est exprimé, il faut l'écouter. Les acrobaties pour éviter la sortie de la Grèce durent depuis des années sans résultat, malgré leur coût pharamineux ; au contraire, cette situation contribue à aggraver la situation dans l'ensemble de la zone. Au moment où l'UE s'efforce de mettre au point les politiques indispensables pour corriger les déficits publics qui ruinent plusieurs États membres, il est impossible de prolonger durant un temps indéterminé l'anomalie grecque, avec les risques de contage qu'elle implique, d'autant plus que l'on sait maintenant que les Grecs eux-mêmes réclament en pratique le retour à la monnaie nationale.
Quitter l'euro ne signifie pas sortir de l'UE. À ce point du raisonnement, je doit rejeter une fois de plus la fausse interprétation des tricheurs qui assimilent une sortie de l'euro à une sortie de l'UE ; exclure la Grèce de l'Europe serait évidemment un crime et une absurdité, compte tenu de ce que tous les Européens doivent à la civilisation grecque, berceau de notre culture. C'est le contraire d'une exclusion qui est vrai: il sera plus simple et même plus efficace pour l'UE de soutenir la Grèce sans l'euro, d'augmenter ses financements, de soutenir l'économie et de contribuer aux nouveaux projets qui sont en préparation à Athènes.
Certes, la Grèce doit corriger certains de ses comportements, pour consolider le niveau de vie qu'elle avait atteint par des voies parfois artificielles. Les élections de dimanche avaient attiré un grand nombre de journalistes et d'observateurs étrangers, et leurs constatations avaient parfois quelques aspects bizarres. Les armateurs continuent à ne pas payer d'impôts ; les embarcations de luxe remplissent les ports, mais on ignore à qui elles appartiennent ; le nombre de fonctionnaires est ahurissant, mais leur efficacité est souvent douteuse ; dans certains métiers, les salaires sont plus élevés que dans d'autres pays communautaires et des situations de privilège existent. En même temps, ceux qui ont perdu tout emploi sont de plus en plus nombreux et désespérés.
Le peuple grec a désigné les forces politiques en qui il a confiance ; il doit assumer ses responsabilités, avec le soutien de l'UE bien entendu, qui subsiste et même se précise et se développe.
Le fonctionnement de l'euro est en jeu. De son côté, sans la Grèce, la zone euro pourra fonctionner de façon plus normale, en réduisant au moins en partie les « risques de contage» en provenance de ceux qui ne respectent pas les disciplines indispensables. Il est vrai que le départ d'un État membre entraînerait des conséquences que les financiers décrivent comme très sérieuses et même dangereuses Mais je me demande parfois si les répercussions seraient réellement aussi graves qu'on les décrit, ou si les craintes et les mises en garde ne sont pas artificiellement gonflées par le monde de la spéculation financière, qui se préoccupe de ses intérêts et de rien d'autre. Il est vrai qu'avec la Grèce, les banques prennent des risques ; mais elles réclament et obtiennent des taux d'intérêt dignes des usuriers que Dante précipite en enfer.
J'ai l'impression que les responsables politiques sont un peu plus sereins que les financiers, face à l'hypothèse de la sortie grecque. Notre bulletin a cité hier cette phrase du ministre allemand des Affaires étrangères: « L'Allemagne aimerait que la Grèce demeure dans la zone euro ; mais savoir si elle y restera ou pas n'est pas de notre ressort. » Et on a lu aussi que l'un des six membres du directoire de la BCE, Jörg Asmussen, a déclaré: « La Grèce doit respecter le plan d'aide si elle veut demeurer dans l'euro. » D'ailleurs, les modalités de la sortie grecque ne sont pas fixées. On a même parlé de la possibilité d'une sortie transitoire. Selon certaines sources, les voies à suivre sont déjà à l'étude.
Un risque que l'UE ne peut pas prendre. Ce qui paraît clair est que l'UE ne peut pas admettre le risque d'une contagion qui se répercuterait sur plusieurs États membres et mettrait en ébullition le monde de la finance (et de la spéculation), au moment où elle discute aux niveaux les plus élevés les modalités du fameux parallélisme entre la discipline budgétaire et la relance économique. Si la Grèce ne respecte pas les engagements qu'elle a souscrit, l'UE doit considérer comme caducs les siens. Et puisque le peuple grec a choisi la sortie de l'euro, éventuellement momentanée, il faut la préparer.
(FR)