Bruxelles, 21/03/2012 (Agence Europe) - Le commissaire chargé du Marché intérieur Michel Barnier a confirmé, mercredi 21 mars, qu'il allait s'atteler à la rédaction d'un Livre vert sur le financement de l'économie réelle, en coopération avec ses homologues à l'Industrie, Antonio Tajani, et aux Affaires économiques et financières Olli Rehn. Une initiative bien accueillie par les eurodéputés de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, surtout à gauche.
« Merci pour cette initiative, c'est une question d'urgence dans les circonstances actuelles », a déclaré Anni Podimata (S&D, grecque). Évoquant la situation des petites et moyennes entreprises de son pays dont les faillites s'accélèrent en raison d'un manque de liquidités. « Or, ce Livre vert ne peut pas produire de solutions rapides et concrètes », a déploré l'eurodéputée qui se demande s'il existe d'autres moyens pour stimuler rapidement le financement de l'économie réelle. Comment faire en sorte que les liquidités de la BCE arrivent jusqu'aux PME ? Selon Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge), « la première chose à faire » pour favoriser le financement de l'économie réelle, « c'est de fermer le casino et pas de laisser la porte entrouverte ». Il a pointé du doigt le 'trading à haute fréquence', technique financière qui ne servirait qu'à enrichir les acteurs de marché.
Le Livre vert est destiné à ouvrir un débat public, a rappelé M. Barnier. Réitérant son appel en faveur d'une « initiative européenne de croissance », il a dégagé quelques pistes en matière d'investissements à réaliser: financer de grandes « infrastructures » (ex: énergie, télécommunications), contribuer à la « transition écologique dont on parle moins mais qui a un prix et n'est pas immédiatement rentable ». À Mme Podimata, il a indiqué plusieurs mesures, « pas forcément législatives » qui pourraient être mises en œuvre plus rapidement: réorienter les fonds structurels européens, mobiliser davantage la BEI, aboutir sur la création des 'project bonds' qui pourraient voir le jour « en quelques mois ».
Banque de détail. Procédant à un tour d'horizon des travaux en cours en matière de réglementation financière, le commissaire a rappelé qu'une de ses priorités pour l'année 2012 concerne la protection des consommateurs financiers de détail. « Je ne crois pas à l'autorégulation des marchés », a-t-il souligné. À l'issue d'une période de consultation à peine ouverte (EUROPE n°10578), la Commission lancera une initiative législative en vue d'améliorer la transparence des frais bancaires, la mobilité bancaire et l'ouverture de comptes bancaires de base.
CDS. Pascal Canfin (Verts/ALE, français) a plaidé en faveur d'une réglementation européenne des émetteurs de contrats de couverture contre le risque de défaut d'un émetteur de dette (CDS). Selon lui, le volet 'achat' du marché est désormais réglementé, mais pas le volet 'vente' de CDS. « On ne sait pas si ceux qui ont vendu des CDS sont en mesure de payer les primes », a-t-il ajouté en faisant allusion au cas grec. Il a imaginé un exercice de « 'stress tests' » semestriel à travers lesquels les émetteurs de CDS devraient démontrer leur capacité à honorer leurs engagements au cas où un événement crédit se produit. « Il y a un risque » dans ce domaine, a simplement admis M. Barnier, en faisant savoir qu'il avait demandé à l'Autorité européenne de supervision des marchés de valeurs mobilières (ESMA) de plancher sur la question.
L'élue PPE française Sophie Auconie a félicité M. Barnier pour l'initiative menée en faveur de l'entrepreunariat social à travers notamment la création d'un label européen (EUROPE n°10511). Elle s'est prononcée pour une véritable démarche européenne de l'investissement solidaire, qui passerait aussi par « des incitations fiscales » et « des outils de promotion de la finance solidaire ». M. Barnier a évoqué une approche testée au Royaume-Uni où les fonds bancaires dormants sont mobilisés pour aider le secteur social. (MB)