Bruxelles, 21/03/2012 (Agence Europe) - Les ministres de la Pêche de plusieurs États membres (Espagne, France, Pologne, Italie, Belgique) ont demandé, lundi 19 mars, le maintien de différentes aides destinées à la restructuration des flottes de pêche, alors que la Commission européenne, soutenue par d'autres pays (les pays libéraux ainsi que l'Allemagne), propose de supprimer la plupart de ces soutiens pour la période 2014-2020. Par ailleurs, au cours de ce débat sur la proposition sur le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP), 16 pays (Espagne, France, Allemagne, Pologne, Autriche, Bulgarie, République tchèque, Estonie, Finlande, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) ont présenté une déclaration conjointe dans laquelle ils préconisent un soutien accru en faveur des entreprises d'aquaculture.
Lors du débat, l'Italie a estimé que la proposition sur le FEAMP (période 2014-2020) constitue une « excellente base de travail ». Il est essentiel, selon ce pays, de maintenir la possibilité d'aider les pêcheurs à participer à des programmes d'arrêt temporaire des activités de pêche. Notamment lorsqu'une pêche est fermée pour laisser la ressource se reconstituer. L'Italie veut aussi conserver un certain temps les aides au démantèlement des navires. Et elle est d'accord avec les mesures proposées liées à la recherche et à la collecte des données scientifiques. Sur l'enveloppe du FEAMP, l'Italie souhaite au moins conserver en 2014-2020 la dotation reçue au cours de la période actuelle (2007-2013).
La Pologne a soutenu les aides destinées à moderniser les navires et elle a estimé que les critères de répartition des aides du FEAMP ne sont pas assez précis. Il faut aussi, selon ce pays, favoriser la sélectivité des engins, et la transformation des produits. Dans le domaine de l'aquaculture, des fonds pour lutter contre les maladies et les prédateurs sont aussi nécesasire. La Belgique a estimé que le nouveau fonds doit pouvoir soutenir les investissements dans la formation, la sélectivité des engins de pêche, la sécurité à bord des navires et l'efficacité énergétique (y compris le changement de moteur). Ce pays a préconisé le maintien d'aides publiques pour la construction de nouveaux navires. L'âge moyen de la flotte belge est de 24 ans, ce qui entraîne des conditions de vie difficiles à bord.
Pour l'Espagne, il faut « garantir le maintien de la flotte » en conservant certaines aides comme celles à l'arrêt temporaire des activités et au déchirage des navires, « au moins durant une longue période de transition ». La flotte espagnole a été réduite de 48% (en termes de puissance) depuis 2000 grâce à l'aide des fonds communautaires, a fait valoir le ministre espagnol, Miguel Arias Canete.
La France a demandé le maintien des aides à l'ajustement des capacités de la flotte, à l'arrêt temporaire des activités et à la modernisation des navires (y compris la remotorisation). Ce pays a demandé le maintien au niveau actuel de l'enveloppe du FEAMP. L'Irlande a défendu des financements dans plusieurs domaines: flotte, normes de sécurité à bord sélectivité des engins.
Pour le Portugal, il faut développer les nouvelles technologies, encourager la formation, améliorer la collecte des données, renforcer les contrôles et favoriser les activités de reconversion.
Le FEAMP doit soutenir des projets innovants destinés à renforcer la durabilité du secteur de la pêche, estime le Royaume-Uni. Le fonds doit être dépensé de manière transparente et il devrait faire plus pour protéger l'environnement. Il doit aussi contribuer à l'objectif de réduire les dépenses du budget de l'UE, a conclu le Royaume-Uni. Selon l'Estonie, le secteur de la pêche doit être davantage indépendant des subventions et le FEAMP doit tenir compte du changement climatique et de l'innovation. L'Allemagne a salué la suppression proposée de la prime à la casse des navires.
La Finlande a dit que l'innovation devait être la priorité. La proposition peut aussi être améliorée pour favoriser des programmes scientifiques. Dans le domaine de l'aquaculture, des mesures pour lutter contre les animaux nuisibles (cormorans, phoques), considère Helsinki.
Les Pays-Bas ont plutôt bien accueilli les propositions: les soutiens traditionnels (aides à la flotte) sont remplacés par des soutiens tournés vers la diversification, l'innovation et les partenariats entre pêcheurs et scientifiques. Le FEAMP doit encourager une pêche et une aquaculture compétitive, innovante et durable. Il faut notamment, selon ce pays, soutenir une pêche plus sélective (qui ne fait pas de rejets) et créatrice d'emploi. La Suède a salué la proposition visant à supprimer l'aide à la démolition des navires et elle a insisté sur le besoin de mesures pour: - mettre en œuvre la fin des rejets en mer de poissons ; - la sélectivité des engins: - une gestion plus durable des activités de pêche. Ce pays a défendu la mise en place des quotas de pêche transférables afin de réduire les surcapacités des flottes. Ces quotas ont été critiqués par la France et l'Irlande.
Concluant le débat, Maria Damanaki, la commissaire européenne à la Pêche, a précisé que: - « On ne va pas arrêter les financements pour l'aquaculture, mais on doit se concentrer sur l'innovation dans ce secteur » ; - Nous allons « réfléchir » à l'inclusion de l'industrie de la transformation dans les secteurs éligibles aux financements ; - « Nous proposons de mettre un terme aux aides au démantèlement des navires. Pour la modernisation, nous n'avons pas de postes spécifiques, nous prévoyons des aides pour la sélectivité, la formation, la sécurité, mais nous n'avons pas de fonds illimités qui nous permettent de tout faire ». La commissaire a évoqué aussi le problème des surcapacités. D'ici fin 2012, les pays de l'UE doivent informer la Commission sur la puissance des navires. « Ainsi, on pourra en parler de manière plus constructive. Si on peut réserver des fonds pour la modernisation sans augmenter la puissance des moteurs, on pourra en parler. Mais pourrons-nous contrôler la situation ? », s'est interrogée Mme Damanaki. (LC)