Bruxelles, 21/03/2012 (Agence Europe) - En vue de négociations commerciales périlleuses avec le Japon et d'un accord non moins dangereux avec l'Inde, et après l'entrée en vigueur, le 1er juillet 2011, d'un accord très surveillé avec la Corée du Sud, l'industrie automobile demande à la Commission européenne et aux États membres de modifier leur approche dans la conduite des négociations de libre-échange.
Si elle soutient, pour ses perspectives de long terme, la poursuite de la libéralisation des marchés et la réduction des obstacles au commerce et à l'investissement, l'industrie automobile européenne attend de l'UE qu'elle favorise la mise en place d'un cadre économique interne plus compétitif que le cadre actuel et qu'elle fasse pression pour lui garantir une situation de concurrence sur les marchés mondiaux. « Malheureusement, nous sommes à l'heure actuelle loin des conditions de concurrence attendues et encore plus loin d'un équilibre en matière d'égalité sur l'accès au marché. En fait, nous nous trouvons dans la situation bizarre dans laquelle l'Europe pousse pour des accords de libre-échange l'un après l'autre - et ce, pas toujours avec des avantages mutuels - tandis qu'au plan interne, nous souffrons de rigidités et autres restrictions sur notre compétitivité », a expliqué le PDG de Fiat/Chrysler et président de l'association européenne des constructeurs automobile (ACEA), Sergio Marchionne, lors d'une conférence à laquelle participait le commissaire au Commerce Karel De Gucht, mardi 20 mars à Bruges. Compte tenu des salaires élevés qu'elle crée, de son impact sur la R&D, de sa contribution à l'excédent commercial, et donc de son rôle pour la croissance, M. Marchionne plaide pour la prise en compte de l'industrie automobile européenne comme un « secteur stratégique » dans l'approche de la politique commerciale et des négociations de libre-échange de l'UE. « Il ne fait aucun sens pour l'Europe d'utiliser l'industrie automobile en tant que monnaie d'échange pour donner en échange des avantages douteux à d'autres secteurs », a-t-il insisté, déplorant que les partenaires commerciaux visés par l'UE pour des accords de libre-échange « [la] considèrent comme un gros poisson à pêcher ». « L'accès au marché de l'UE, qui plus est constitué de 500 millions de personnes aisées, est facile. En revanche, le gouvernement indien a adopté une approche interventionniste pour protéger son marché intérieur, et il n'y a aucune indication que cette stratégie va changer dans un avenir proche. La garantie de conditions égales pour tous est le principe fondamental qui doit s'appliquer », a ajouté le patron de l'ACEA, plaidant pour un démantèlement tarifaire symétrique jusqu'à droits nuls et une asymétrie seulement « dans des cas précis et limités », et pour la levée des barrières non tarifaires érigées par les réglementations abusives des pays partenaires. « La façon dont l'UE a traité avec la Corée du Sud est un exemple de la manière dont elle ne devrait pas procéder avec l'Inde et le Japon, où les enjeux sont encore plus élevés », a conclu M. Marchionne. (EH)