Bruxelles, 15/02/2012 (Agence Europe) - C'est un hémicycle très attentif qui a accueilli et très souvent applaudi, mercredi 15 février à Strasbourg, le professeur Mario Monti, président du conseil des ministres italien, venu parler aux élus de la crise économique et de ce qu'elle met au jour dans les relations entre pays.
Sur la Grèce, M. Monti a dit qu'« on semble s'acharner contre ce pays », mais, en tant qu'Italien, « je suis content qu'on ait par le passé invité mon pays à respecter certaines discipline ». Il ne faut pas oublier, a-t-il ajouté, que dans le passé la Grèce a collectionné un « catalogue de mauvaises pratiques » (corruption, népotisme, évasion fiscale…) qui a nui à l'ensemble de la population.
« La responsabilité que je ressens vis-à-vis de mon pays est indissociable de celle que je ressens, en tant qu'Italien, vis-à-vis de l'Union », a déclaré Mario Monti. Qui se souvient d' « avoir trop souvent vu, lorsque j'étais membre de la Commission, des gouvernements jouer le rôle d'accusateur des institutions européennes après avoir participé à leurs décisions. Je me suis promis de ne jamais faire cette mauvaise blague à l'opinion européenne ». Et il précise: les sacrifices importants, les réformes difficiles que doit mettre en œuvre l'Italie ne sont pas imposés par l'Europe, ils sont nécessaires pour la vie du pays, un pays qui, constate M. Monti, dispose d'une « matière première de plus en plus rare, une opinion publique favorable à l'Europe ».
L'Italie est engagée dans la sortie d'une crise qui implique entre autres la consolidation budgétaire, le rétablissement de l'équilibre budgétaire dès 2013 et des réformes structurelles importantes. Mario Monti se dit « encouragé par ce qui est en train d'arriver » et voit se dessiner une Italie, « qui ne va pas subir passivement des orientations mais va contribuer à leur définition, en jouant son rôle de grand pays fondateur et d'une des plus grandes économies de la zone euro ». Elle le fera en jetant des ponts vers les pays qui ne sont pas encore membres de la zone euro et ceux qui ne souhaitent pas y entrer. Car il voit, dans cette phase de la vie européenne, un grand risque, la « confirmation de stéréotypes » et la tendance à opérer une « classification » des États membres qu'il rejette catégoriquement. Pour M. Monti, il est impératif, en ce moment, de « récupérer le sentiment d'appartenance à un projet unique », sans opposer le « centre » et la « périphérie ». M. Monti a rappelé que, en 2004, ce sont les deux principales économies de la zone euro, Allemagne et France, qui ont été à l'origine de la crise du Pacte de stabilité et de croissance (« avec la complicité de l'Italie, qui présidait le Conseil ECOFIN »). Mais, dans l'UE, il n'y a « ni de bons ni de méchants », et en huit années difficiles, les institutions ont reconstruit une crédibilité pour le Pacte de stabilité. C'est l'exigence de la discipline qui m'a poussé hier, a ajouté M. Monti, à « prendre une décision difficile: ne pas donner la garantie financière de l'État à un magnifique projet pour porter à Rome les Olympiades de 2020 ». Malgré sa déception, l'opinion semble avoir compris qu'on ne pouvait pas faire porter aux générations futures le poids de décisions financières imparfaitement quantifiables.
Mais la discipline ne suffit pas, et Mario Monti a demandé à ses interlocuteurs européens d'accorder davantage de place à la croissance dans la stratégie de sortie de la crise. Un « énorme potentiel de croissance » peut être trouvé dans le marché unique, qui n'est pas une simple liste de règles mais « le corps, et parfois l'âme de la construction européenne ». M. Monti se demande entre autres pourquoi, alors que des mécanismes sérieux existent pour assurer la discipline budgétaire, un État membre peut impunément, pendant quatre ou cinq ans, violer les règles du marché unique avant que son cas n'arrive à la Cour de justice. Il souligne d'autres lacunes: si on a bien fait en créant l'union monétaire, on n'a pas attribué suffisamment d'attention à l'union économique. Et on n'a pas compris le bon usage que l'on peut faire des « stability bonds » (souhaités par une bonne partie du PE) qui, s'ils sont « bien construits, en respectant les sensibilités de chaque pays », peuvent favoriser la croissance et contribuer à discipliner les marchés financiers. Quant à l'équilibre budgétaire, il est souhaitable, mais M. Monti aimerait qu'on n'utilise pas toujours à son propos le terme de « golden rule ». Le président du conseil italien constate que certains mettent en cause la compatibilité des notions de « démocratie » et d' « intégration », mais, ajoute-t-il, ceci n'est possible que « pour une culture profondément insulaire, qui pense naïvement qu'intégration signifie nécessairement un super-État européen ». N'inventons pas la roue, conclut-il, et travaillons avec les institutions imaginées par Jean Monnet: le Parlement européen est le meilleur moyen d'affirmer la dimension démocratique de l'Union.
Ces propos ont été, avec de rares exceptions (de la part de la Lega nord et du Front national français, qui voient en Mario Monti un agent de la finance internationale, et de la GUE/gauche nordique, qui s'insurge contre ce qu'elle voit comme une politique d'austérité), accueillis avec la plus grande sympathie par les membres du PE. Les mesures du gouvernement italien ont une « valeur d'exemples pour les autres pays », a dit Joseph Daul (PPE). Johannes Swoboda (S&D) a réclamé que l'on passe vraiment à l'action, notamment avec la mise en place d'une fiscalité équitable, s'est dit impressionné par les efforts du gouvernement italien. Vous pourriez devenir notre « roving Minister » dans des pays qui ont des difficultés a ajouté Guy Verhofstadt (ADLE). « Vous avez 'recivilisé' l'Italie », a constaté Rebecca Harms (Verts/ALE). Et même les eurosceptiques du groupe CRE, par la voix du Britannique Martin Callanan - même s'il critique l'excès d'harmonisation dans l'Union - ont dit leur respect pour les choix de M. Monti. (LG)