Bruxelles, 15/02/2012 (Agence Europe) - Les eurodéputés réclament des propositions de grande envergure pour permettre à l'Europe de retrouver le chemin de la croissance, lors du prochain sommet début mars. Sur la Grèce, les clivages politiques réapparaissent: conservateurs et libéraux demandent à Athènes de tenir enfin ses promesses si elle veut recevoir une aide, tandis que la gauche européenne critique durement la cure d'austérité infligée aux Grecs qui ne fera qu'aggraver la situation.
« Le temps est venu pour l'Europe d'être ambitieuse »: le groupe PPE attend une initiative qui ressemblerait à « un plan Marshall » ou à la réalisation du « Grand marché » unique de 1992, a déclaré son président le Français Joseph Daul, en critiquant les 'mesurettes' du dernier Conseil européen (EUROPE n°10542). Quel pays bloque l'achèvement du marché intérieur ?, a-t-il interrogé. M. Daul a souhaité un approfondissement de la directive 'services', la conclusion des négociations sur le brevet communautaire et des réductions de charges pour les entreprises afin qu'elles puissent embaucher. Mais, contrairement à un élu eurosceptique britannique qui l'interrogeait, il n'a pas prôné une suppression de la directive sur le temps de travail. Dans une compétition, des règles sont nécessaires, « c'est mon libéralisme », a-t-il considéré. Faut-il lancer « un plan Hercule » pour relancer la croissance et l'emploi ?, a questionné Alexander Graf Lambsdorff (ADLE, allemand). Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, allemand) a raillé « la jolie histoire » sur la compétitivité contée par la stratégie 'EUROPE 2020' qui, comme la stratégie de Lisbonne 2000-2010, « avec ces objectifs qu'on formule et qu'on n'atteint jamais ».
Le ministre danois des Affaires européennes Nicolai Wammen a fait part de sa satisfaction que le Conseil européen place « la croissance au centre des préoccupations ». Il convient désormais de créer « les conditions de la croissance et de l'emploi » afin d'apporter une solution aux millions de jeunes sans travail. La présidence danoise espère par ailleurs qu'une décision favorable sera prise début mars pour octroyer à la Serbie un statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne. Même avec un 2ème programme pour la Grèce, le renforcement du système bancaire et plus de discipline budgétaire, si l'économie ne croît pas, notre réponse à la crise demeurera partielle, a estimé le commissaire Maros Sefcovic chargé des relations interinstitutionnelles.
Grèce. M. Daul a demandé à la Commission de clarifier sa position relative à la place de la Grèce dans l'Eurozone, en référence aux récents propos de la commissaire chargée de l'Agenda numérique Neelie Kroes selon laquelle l'abandon de l'euro par la Grèce n'aurait pas de conséquences dramatiques. « Soyons clairs: nous souhaitons que la Grèce reste membre de la zone euro. La Grèce n'a pas d'allié plus proche et de meilleur aloi que la Commission. La Commission travaille jours et nuits pour préparer le programme grec (…). Jours et nuits, sans congé, sans pose estivale ! », a rétorqué M. Sefcovic.
Sans approuver les propos de Mme Kroes (qui fait partie de la famille libérale), M. Lambsdorff a demandé de les comprendre: « Les gens en ont marre, ils veulent des résultats. La Grèce a beaucoup promis mais peu agi ». Selon lui, les sacrifices demandés à la population grecque sont nécessaires car ils constituent la conséquence de la mauvaise gestion du passé. Il faut privatiser « tous les secteurs où l'État est trop présent » comme l'énergie et « réduire l'appareil surdimensionné de l'État », a-t-il ajouté.
Il est faux, M. Lambsdorff, de dire que la Grèce ne fait pas d'efforts: elle a réduit son déficit de « 6% », a indiqué M. Cohn-Bendit. Il a fustigé la politique menée à l'égard de la Grèce. L'attitude de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) est « criminelle »: l'aide de 130 milliards d'euros est bloquée parce que les Grecs doivent présenter 325 millions d'euros d'économies. Et sur ces 325 millions, les « talibans libéraux de la Commission » imposent que les coupes soient réalisées dans les retraites plutôt que dans la défense. Les problèmes grecs ne seront pas réglés en mettant son peuple à genoux !, a-t-il lancé, en suggérant que l'Allemagne rembourse à Athènes les « 86 » milliards d'euros détournés pendant la IIème Guerre mondiale.
« Nous n'avons pas de talibans ultralibéraux mais des fonctionnaires qui travaillent dur pour empêcher que la Grèce tombe dans un abysse et le chaos », a rétorqué M. Sefcovic. Et d'ajouter: oui, on peut critiquer les mesures sur les salaires, mais que proposez-vous ? Le défaut de la Grèce avec les conséquences que cela implique ? Selon le commissaire, c'est l'Eurogroupe qui a réclamé une réduction de 22% du salaire minimum dans le secteur privé. Entre 2000 et 2010, les coûts salariaux ont augmenté de 54% contre 18% en Allemagne, et ce salaire, bien qu'il ait diminué de 40% entre 2010 et 2011, reste supérieur de 110 euros à son équivalent espagnol et de 266 euros à son équivalent portugais, a-t-il considéré. Et de souligner l'aide « sans précédent » accordée à la Grèce qui bénéficiera au total d'investissements de « 300 milliards d'euros ». Le président du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, a critiqué « le chantage » sur les coupes salariales, le démantèlement de la protection sociale et la remise en cause du dialogue que la 'troïka' impose à la Grèce, en « contradiction totale » avec ce qui se dit au G20. Avec cette austérité, la Grèce sera dans une situation pire en 'EUROPE 2020', a prédit Martin Callanan (CRE, Britannique). Au nom de la GUE/NGL, l'Allemand Lothar Bisky a souhaité inverser le « diktat » de la stratégie 'EUROPE 2020' qui ne fait que renforcer la récession. À la BCE d'octroyer directement des prêts aux pays en difficulté afin de persuader les investisseurs de parier sur la Grèce, le Portugal et l'Italie. (MB)