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Bulletin Quotidien Europe N° 10554
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les voies du redressement de la Grèce sont controversées et incertaines

Une surprise peut-être attendue. L'échéance du 14 février n'a pas été respectée. Que va-t-il arriver maintenant ? Les autorités grecques auraient dû fournir mercredi soir les dernières indications sur les mesures permettant à l'Eurogroupe de donner, ce jeudi, son feu vert au versement du soutien financier prévu. Ce calendrier a échoué. Les autorités officielles ont refusé la possibilité d'un échec jusqu'à la dernière minute ; pourtant plusieurs éléments étaient précurseurs. J'ai amplement fait état de cette situation équivoque et en particulier exprimé l'impression que l'on préparait le terrain à une évolution différente de la thèse officielle, en reconnaissant que la sortie ou la suspension de la Grèce de l'euro n'aurait pas contaminé d'autres pays de la zone. J'ai en même temps évoqué le problème des dépenses militaires et rendu compte de quelques positions explicites, notamment de Guy Verhofstadt, à propos de l'exigence que l'État grec soit radicalement réformé, pour que sa présence dans la zone euro soit durablement possible.

Les milieux financiers avaient anticipé. Ce qui est remarquable dans les dernières évolutions, c'est l'attitude presque sereine des marchés: ils se comportent comme s'ils avaient déjà donné comme acquis le développement en cours. Selon plusieurs observateurs, les marchés donnaient l'impression depuis quelque temps d'avoir séparé les péripéties grecques de l'activité financière de la zone euro dans son ensemble.

Une partie des milieux financiers semblait se demander: quel résultat si la Grèce parvient à satisfaire les conditions nécessaires pour obtenir le nouveau financement prévu ? Réponse: six mois plus tard, il faut recommencer. Une sorte de conviction résignée. Et maintenant apparaîssent, comme s'ils avaient été préparés à l'avance, des plans de sortie de l'euro (avec retour à la drachme) et des analyses qui indiquent que cette drachme dévaluée attirerait davantage de touristes (on connaît l'importance des recettes qui en résultent) et un meilleur afflux de capitaux étrangers.

Le projet ancien est-il toujours valable ? Le moment des projets à long terme n'est vraisemblablement pas encore arrivé. M. Juncker, en annonçant le report de la réunion prévue jeudi, a indiqué ce qui manquait encore: l'engagement grec sur une dernière partie des réductions budgétaires prévues et la promesse explicite des partis politiques grecs à mettre en œuvre les mesures convenues, quel que soit le résultat des élections prochaines. Mais ce plan est-il encore valable ?

Comment ignorer certaines prises de position éloquentes au niveau politique ? Olli Rehn a souligné l'exigence d'un système fiscal en Grèce dans lequel les « nantis payent les impôts ». Certains rappellent qu'aucune des réformes annoncées (privatisations, réduction des fonctionnaires publics et des gaspillages, lutte contre l'évasion fiscale) ne progresse sérieusement. D'autres soulignent que la réforme de l'État grec est indispensable même en faisant abstraction de la participation à l'euro.

Un potentiel de croissance. Les prises de position de parlementaires européens se sont multipliées ce jeudi, le PE étant réuni à Strasbourg (voir pages suivantes). Certaines prises de position en marge de la session plénière méritent d'être citées. Anni Podimata, socialiste, a déclaré que les violents dans les manifestations d'Athènes étaient 300 parmi les milliers de participants et que les médias ont donné une fausse image de la réalité ; que les financements européens sont en partie utilisés efficacement mais ne peuvent pas produire des résultats du jour au lendemain ; que la réforme de l'administration publique a été votée. Elle a surtout ajouté qu'un potentiel de croissance inexploré existe, en citant les énergies alternatives (le pays a soleil, vent et mer) et en indiquant qu'une agriculture de qualité pourrait être développée (alors qu'actuellement la plupart des produits agricoles est importée) et que la lutte contre l'évasion fiscale présuppose la réforme du système judiciaire. De son côté, Catherine Trautmann, elle aussi socialiste, a demandé à la Commission européenne d'agir face à l'évasion de capitaux grecs en Suisse (le manque à gagner pour le fisc grec serait d'après elle de 16,4 milliards d'euros), en réclamant la communication des données bancaires, comme l'ont obtenue les États-Unis.

Œuvre de longue haleine. Dans cette situation complexe, un point semble évident: le redressement de la Grèce est une œuvre de longue haleine et il ne sera pas obtenu par les seules voies suivies jusqu'à présent. Un résultat positif transformerait le pays, à l'avantage surtout de ses citoyens. L'UE y contribuerait de toute manière, que la Grèce soit ou non dans la zone euro.

(FR)

 

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