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Bulletin Quotidien Europe N° 10547
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

Les intérêts sur les prêts de l'UE à la Grèce sur un compte bloqué

Bruxelles, 06/02/2012 (Agence Europe) - La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont fait savoir, lundi 6 février, que les sommes collectées au titre des intérêts sur les prêts octroyés par l'Union européenne à la Grèce dans le cadre du 2ème sauvetage d'Athènes seront reversées sur « un compte bloqué », lundi 6 février à Paris à l'issue d'un conseil des ministres franco-allemand. Déposer ces sommes sur « un compte bloqué » permettra de garantir que les dettes grecques soient réglées, a déclaré M. Sarkozy. Et de s'assurer que « cet argent soit disponible sur une base permanente », a indiqué Mme Merkel. Cette décision, si elle est avalisée au niveau de l'Eurogroupe, constituerait un effort financier supplémentaire des créanciers institutionnels envers la Grèce. Elle semble accréditer l'hypothèse que l'enveloppe publique du 2ème programme grec se limitera à 130 milliards d'euros. Plusieurs centrales syndicales grecques des secteur public et privé ont appelé à la grève générale, ce mardi.

Le tandem franco-allemand a accentué la pression sur les autorités grecques pour qu'elles marquent un accord avec la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) sur les mesures structurelles à appliquer en échange de l'aide financière internationale, et avec les créanciers privés afin qu'ils acceptent volontairement une restructuration partielle de leurs titres grecs devant mener à une décote de 100 milliards d'euros. « Il n'y a pas le choix. Le temps presse. C'est une affaire de jours, maintenant il faut conclure », a insisté M. Sarkozy.

Le Premier ministre grec Lucas Papademos poursuivait, lundi, ses négociations marathon avec la 'troïka', tout en tentant de faire converger les positions des principaux partis grecs (le parti socialiste PASOK, le parti conservateur 'Nouvelle Démocratie' et l'extrême droite du LAOS) qui forment son gouvernement. Dimanche, il avait fait état d'un accord tripartite sur les éléments suivants: la réduction des dépenses publiques à hauteur de 1,5% du PIB en 2012, le maintien de la viabilité des fonds de pension auxiliaires, la stimulation de la compétitivité de l'économie grecque à travers une réduction des coûts salariaux et d'autres coûts du travail, des mesures de recapitalisation bancaire tout en préservant l'intérêt public. Le leader de 'Nouvelle Démocratie', Antonis Samaras, a critiqué dimanche les créanciers qui réclament « plus de récession » pour la Grèce. Les Européens réclament l'engagement des trois partis au pouvoir de mettre en œuvre le 2ème programme quels que soient les résultats des élections législatives grecques du printemps

L'espoir d'un accord ce week-end sur le 2ème sauvetage d'Athènes a été douché car les négociations achoppent sur les réductions des conditions salariales dans le secteur privé, que réclament avec insistance les créanciers institutionnels. Un temps pressentie, une réunion de l'Eurogroupe n'a pas eu lieu lundi, même si elle pourrait être convoquée d'ici la fin de la semaine. « Cela ne sert à rien de convoquer des ministres pour parler dans le flou », a considéré le porte-parole du commissaire chargé de l'euro Olli Rehn. Il a déploré que le délai pour ficeler le 2ème sauvetage grec soit dépassé: « La vérité, c'est que nous sommes déjà au-delà des délais ».

La Grèce doit honorer 15 milliards d'euros sur sa dette d'ici mi-mars. Pour ce faire, elle doit ficeler un 2ème programme d'ajustement économique à mettre en œuvre en échange de l'aide financière et boucler les négociations sur la restructuration partielle de sa dette avec ses créanciers privés. Cette restructuration s'effectuera à travers un échange de dette qui doit démarrer mi-février et dont les modalités seraient quasi bouclées, les créanciers privés ayant accepté une diminution des taux d'intérêt à percevoir sur les titres qu'ils recevront. Avant l'échange de titres censé ramener la dette publique grecque de 160% à 120% du PIB d'ici 2020, le parlement grec doit entériner le 2ème programme et l'Eurogroupe et le FMI donner leur feu vert.

Minima salariaux du secteur privé. C'est sur la question des salaires dans le secteur privé que les discussions sont les plus âpres. La 'troïka' demanderait aux autorités grecques de réduire de 20% le salaire minimum et de rogner sur le versement des 13ème et 14ème mois et les retraites complémentaires. La question salariale est effectivement un élément parmi d'autres « sur la table », a reconnu le porte-parole de M. Rehn. En Grèce, le salaire minimum moyen dans le secteur privé est de « 870 euros » alors qu'il est de « 566 euros » au Portugal et de « 748 euros » en Espagne, a-t-il fait remarquer.

La Confédération européenne des syndicats juge « inacceptable » une possible réduction du salaire minimum en Grèce qui aboutirait à « un démantèlement pur et simple des conventions collectives nationales et d'une violation des Conventions du Bureau international du Travail » (voir autre nouvelle).

Outre le redressement des finances publiques grecques et la stimulation de la croissance économique, le 2ème programme grec vise à s'assurer que toute décision soit mise en œuvre. Le porte-parole de M. Rehn a relevé « des retards dans les réformes structurelles et le programme de privatisation » ainsi qu'« un décalage » entre les décisions prises et les résultats obtenus dans le domaine budgétaire. « La Grèce est un pays qui a vécu au-delà de ses moyens depuis trop longtemps », a-t-il considéré. Selon lui, si le pays n'avait pas fait partie de l'Eurozone, il aurait fait faillite car il n'aurait pas bénéficié d'« un soutien sans précédent ». En échange, Athènes doit remplir les engagements auxquels elle a souscrit. Question de crédibilité. (MB)

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