Bruxelles, 24/01/2012 (Agence Europe) - Devant l'obstination du régime iranien, l'Europe fait bloc. En sus de la décision sans précédent des Vingt-sept d'imposer un embargo graduel sur le pétrole exporté par l'Iran et de sanctionner sa banque centrale, avec un gel de ses avoirs en Europe afin d'assécher le financement de son programme nucléaire, les dirigeants de l'UE-3 (Allemagne, France et Royaume-Uni), qui négocient avec Téhéran sur ce dossier, ont de nouveau exigé, lundi 23 janvier, son arrêt immédiat.
« Aujourd'hui, l'UE a arrêté une série de sanctions sans précédent contre l'Iran, notamment une interdiction totale des exportations de pétrole iranien. Nous demandons instamment aux dirigeants iraniens de suspendre immédiatement leurs activités nucléaires sensibles et de se conformer totalement à leurs obligations internationales », écrivent la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron, dans une déclaration publiée en fin d'après-midi lundi, précisant toutefois que « la porte est ouverte si l'Iran accepte de s'engager sérieusement dans des négociations de fond sur son programme nucléaire ». « Notre message est clair. Nous n'avons rien contre le peuple iranien. Cependant, les dirigeants iraniens n'ont pas rétabli la confiance de la communauté internationale dans la nature exclusivement pacifique de leur programme nucléaire », poursuivent-ils. « Nous n'accepterons pas que l'Iran se dote de l'arme nucléaire. Jusqu'à présent, l'Iran n'a pas respecté ses obligations internationales, il exporte déjà la violence et menace l'ensemble de sa région. Tant que l'Iran ne sera pas revenu à la table des négociations, nous resterons unis pour appliquer des mesures fortes qui compromettent la capacité du régime à financer son programme nucléaire et qui montrent ce qu'il en coûte d'emprunter une voie qui menace notre paix et notre sécurité à tous », concluent Mme Merkel et MM. Sarkozy et Cameron.
Les ministres des Affaires étrangères de l'UE s'étaient auparavant accordés sur la mise en place d'un embargo graduel sur le pétrole et les produits pétroliers iraniens. Visant l'importation, l'achat, et le transport de pétrole brut et des produits pétroliers et les activités du secteur de la banque et des assurances s'y rapportant, les mesures prévoient une interdiction immédiate de tout nouveau contrat et une phase de transition pour l'annulation des contrats existants jusqu'au 1er juillet 2012. Sont également bannies les exportations iraniennes de produits pétrochimiques et les exportations vers l'Iran d'équipements et de technologies essentiels pour ce secteur, et l'investissement dans des entreprises pétrochimiques iraniennes est lui aussi interdit. L'Iran vend près de 20% de son pétrole à l'UE, en particulier à la Grèce, l'Italie et l'Espagne. Des pays producteurs de pétrole devraient prendre le relais de l'Iran, l'Arabie Saoudite en grande partie, selon la presse.
Le Conseil a aussi décidé de sanctionner la Banque centrale iranienne en interdisant ses avoirs et une partie de ses transactions afin de permettre que le commerce légal se poursuive « sous des conditions strictes ». Le commerce en or, en métaux précieux et en diamants avec les autorités publiques iraniennes et la Banque centrale n'est plus autorisé, tout comme la production de pièces et de billets pour la Banque centrale. Trois personnes et huit autres entités, entre autres financières et des transports, sont interdites de visa et voient leurs avoirs gelés. Toutes ces mesures seront publiées au journal officiel du 24 janvier 2012.
Déterminée à faire plier l'Iran, l'Europe s'est vue rejointe mardi par l'Australie, qui a indiqué par la voix de son ministre des Affaires étrangères Kevin Rudd, en visite à Londres, qu'elle ne « se contentera pas de soutenir ces mesures, mais elle prendra des mesures similaires ». « Il faut faire passer le message au peuple iranien, aux élites politiques, et à son gouvernement, que leur comportement est globalement inacceptable », a expliqué M. Rudd, après une rencontre avec le chef de la diplomatie britannique William Hague. (EH)