Bruxelles, 24/01/2012 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de la zone euro préviennent la Grèce: il n'y aura pas de 2ème programme d'assistance financière si ses créanciers privés ne s'engagent pas à subir des pertes permettant à la dette de retrouver une trajectoire soutenable, et si les autorités grecques ne prennent pas les mesures budgétaires et structurelles nécessaires pour que le pays respecte, pour une fois, ses objectifs macro-économiques. Toutefois, l'avenir de la Grèce au sein de la zone euro est réaffirmé.
Nous appelons le gouvernement grec à ficeler « dans les prochains jours » un accord sur la participation du secteur privé, a déclaré le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker, lundi 23 janvier dans la soirée. Cet accord devra respecter les décisions du Conseil européen de fin octobre qui prévoit une réduction de la dette hellénique de 160% du PIB national à 120% d'ici 2020 à travers un échange « volontaire » des titres de dette grecs pour de nouveaux titres à 30 ans (EUROPE n° 10483). Les créanciers institutionnels de la Grèce veulent en effet s'assurer que la dette retournera sur une trajectoire soutenable et que le refinancement d'Athènes ne dépassera pas les 130 milliards d'euros d'argent public promis. Si la participation du secteur privé n'atteint pas le niveau requis, le 2ème programme en serait menacé.
C'est sur la question du taux d'intérêt fixé aux nouveaux bons, garantis en partie par le fonds européen de sauvetage, que les négociations achoppent. « Nous estimons que la charge des intérêts doit être inférieure à 4% et qu'il faut même qu'elle soit dans un premier temps inférieure à 3,5% au moins jusqu'en 2020 », a fait savoir M. Juncker. « C'est sur cette base que nous demandons une reprise des négociations », a-t-il ajouté, tout en regrettant ne pas disposer de tous les paramètres utiles pour avoir une vision claire de la situation. Les créanciers privés de la Grèce, réunis sous l'égide de l'International Institute of Finance, avaient pourtant indiqué ce weekend que leur dernière offre, qui inclurait un taux d'intérêt à peine supérieur à 4%, touchait la limite de ce qui pouvait être considéré comme un accord volontaire. Un accord volontaire est indispensable aux yeux des Européens afin d'éviter un défaut désordonné de la Grèce qui risquerait de mettre en péril la stabilité financière.
L'Eurogroupe demande aussi au gouvernement grec de se mettre d'accord avec la 'troïka' (Commission européenne, FMI, BCE) sur les éléments clés du 2ème programme grec. « D'autres mesures sont nécessaires avant la conclusion du 2ème programme », a averti son président, en signalant que « les autorités (préparaient) quelque chose ». « La Grèce doit accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles » et certaines devront être appliquées « avant que le 2ème programme soit finalisé », a souligné le commissaire chargé de l'euro Olli Rehn. Les ministres sont inquiets: les réformes annoncées, voire déjà adoptées sur le papier, tardent à être appliquées sur le terrain, même après la constitution d'un nouveau gouvernement piloté par l'ex-banquier central Lucas Papademos. Cela vaut notamment pour la réduction de la taille de la fonction publique, la libéralisation de professions protégées ou la poursuite des privatisations.
La pression exercée sur la Grèce n'entame en rien l'optimisme du ministre grec des Finances Evangelos Venizelos. « Nous avons reçu le feu vert de l'Eurogroupe pour boucler l'accord avec le secteur privé dans les prochains jours », se réjouit-il mardi 24 janvier dans un communiqué. Le temps presse, la date limite du lundi 13 février est avancé. Athènes doit honorer, mi-mars, 15 milliards d'euros de remboursement sur sa dette. Une somme qu'elle pourra uniquement verser si elle bénéficie du 2ème paquet d'aide. Ce qui suppose au préalable de marquer un accord satisfaisant sur l'échange de dette. Le Conseil européen fera le point de la situation lundi 30 janvier. (MB)