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Bulletin Quotidien Europe N° 10501
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Vérités et légendes sur le comportement des banques, considérations sur les initiatives de l'UE et l'efficacité de son action

Patrons secrets du monde ? La tendance à considérer les banques et les banquiers comme la source de tous les maux (ou presque) n'est pas une découverte récente. Des observateurs plus cultivés que moi ont rappelé que, pour rester dans notre époque, Bertolt Brecht avait écrit que la « fondation d'une banque» est un crime plus grave qu'une «rapine dans une banque» ; Ezra Pound maudissait, en vers bien entendu, ce qu'il appelait l'Usurucratie, c'est-à-dire le règne des usuriers (que Dante avait déjà situés en enfer) ; selon un polémiste plus récent, les banquiers sont « les patrons secrets du monde qui déterminent tout ce qui arrive ». Or, les banques ne sont pas toujours nuisibles, elles ont financé en son temps la découverte de l'Amérique et plus récemment l'essor de l'industrie automobile et bien d'autres réalisations d'envergure. Mais il n'est pas contesté que, ces derniers temps, la mondialisation des marchés financiers, le développement des paradis fiscaux et le progrès technique ont joué un rôle considérable dans les difficultés européennes et mondiales.

Une séparation compliquée. Dans mon ignorance, j'avais tendance à simplifier la distinction entre l'activité bancaire utile, et donc positive, et l'activité déplorable, ou du moins discutable: la première finance l'activité économique, la seconde s'enrichit par la spéculation. Il est primordial de séparer les deux activités et d'agir en conséquence. Or, la réalité est plus complexe ; la séparation comporte des inconvénients et même le président d'une banque de la première catégorie peut abuser de ses prérogatives, par exemple avec des indemnités de départ inadmissibles. Dans un cas récent, le responsable d'une banque avait si bien raté toutes ses opérations que son départ était devenu inéluctable ; mais son contrat était si bien agencé qu'il avait droit à des indemnités pharamineuses qui lui ont été versées au détriment des épargnants ou des finances publiques obligées à intervenir. Quant aux banques d'affaires, qui spéculent sur les marchés, quand elles ratent des opérations elles les dévoilent en dénonçant le comportement abusif des opérateurs subordonnés, qui bien entendu avaient agi de leur initiative, sans respecter les règles ; pour qu'elle soit publiquement annoncée, la perte doit être astronomique ; on se demande alors combien d'opérations spéculatives analogues réussissent et quels bénéfices elles apportent aux chefs qui soi-disant les ignorent ; mais les bilans de certaines banques sont déjà éloquents...

Les organisations bancaires continuent malgré tout à critiquer la tendance qui leur impose d'augmenter leurs fonds propres. Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a estimé que les États qui renflouent la liquidité des banques devraient prendre place dans les organes de décision des établissements ainsi soutenus et engranger les bénéfices de leur participation au capital ; et il avait ajouté: « Les gens deviennent fous en voyant leurs gouvernements donner de l'argent aux banques. » (EUROPE n° 10473).

Entre la vérité et la légende. Il y a certainement dans ce qu'on lit et ce qu'on entend une partie de légende et d'exagération, plus ou moins analogue à ce qui avait entouré, en son temps, la franc-maçonnerie et d'autres sectes analogues, remplacées aujourd'hui par quelques sigles comme la Trilateral Commission de Rockefeller ou le groupe Bilderberg, qui existent mais dont la puissance et le caractère mystérieux sont sans doute gonflés. Il est certain que des banques méritantes existent, auxquelles on ne pourrait rien reprocher. Mais comment contester la présence de comportements nocifs, abusifs et extraordinairement égoïstes? Que l'on pense à certaines stock options hallucinantes, aux ventes ou achats de produits à découvert, etc. La constatation générale est que plus certaines catégories de financiers gagnent, plus les finances publiques sont perdantes.

Lutte contre la montre ? Je ne découvre rien, ce qui précède est connu ; j'ai simplement essayé de faire une synthèse qui complète les remarques de cette rubrique d'hier. En théorie, l'essentiel pour corriger la situation existe, l'UE a amplement réagi dans la bonne direction. Les institutions ont élaboré et en partie approuvé un nombre considérable d'instruments qui introduisent la discipline appropriée. Des aspects sont en discussion, d'autres sont controversés. Le Bulletin Quotidien Europe annonce et explique tous les jours les nouvelles initiatives de la Commission européenne qui concernent la création des euro-obligations et la contrainte de l'équilibre budgétaire pour les États membres ; la séparation entre les deux catégories d'activité bancaire est mise officiellement à l'étude. C'est en bonne partie une question de délais, une lutte contre la montre: les remèdes seront-ils disponibles et opérationnels en temps utile ? (FR)

 

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