Bruxelles, 17/11/2011 (Agence Europe) - Une solution crédible et de longue durée à la crise de la dette souveraine passe obligatoirement par l'Allemagne, principale contributrice au fonds européen de sauvetage FESF. Mais la première économie de la zone euro rejette sans cesse les appels pressants de ses partenaires européens et internationaux en faveur d'un rôle accru de la Banque centrale européenne (BCE). Elle réclame un changement de traité pour renforcer la discipline budgétaire et la surveillance macro-économique. Au risque de s'isoler un peu plus.
Il ne se passe plus une journée sans que l'Allemagne rejette les pressions extérieures en faveur d'un rôle accru de la BCE pour lutter contre la crise de la dette, alors que l'Espagne et l'Italie voient les taux d'intérêt appliqués à leur dette à long terme dépasser de nouveau la barre jugée insoutenable des 7%.« Si les dirigeants politiques pensent que la BCE peut résoudre la crise de l'euro, alors ils se trompent », a encore déclaré, jeudi 17 novembre à Berlin, Angela Merkel, convaincue que « seules des solutions politiques peuvent résoudre la situation ». Les Allemands ont leur raison. Selon eux, l'Institut de Francfort ne doit pas faire marcher la planche à billet pour racheter de la dette de pays en difficulté. C'est pourtant ce qui se passe dans des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis. Les Allemands estiment aussi qu'une intervention massive de la BCE n'allégera pas la pression mise sur les pays en difficulté pour qu'ils consolident leurs finances publiques et mettent en œuvre les réformes structurelles. Ils craignent une poussée de l'inflation qui leur rappellerait un moment noir de leur Histoire.
Cette position de principe contraste avec celle des partenaires de Berlin. « La BCE est une réponse et probablement même un élément important de la réponse à la crise », a récemment indiqué le ministre français de l'Économie François Baroin. Il a rappelé que, fin octobre, lors du sommet de l'Eurozone, la France avait défendu l'idée d'octroyer « un statut bancaire » pour le FESF afin qu'il puisse « s'appuyer sur la BCE ». Mais l'Allemagne a souhaité d'« autres options » pour optimiser la force de frappe du fonds de sauvetage. En mercredi visite à Berlin, le Premier ministre irlandais Enda Kenny a estimé que « dans les circonstances actuelles, seule la BCE a la capacité de fournir le pare-feu illimité et nécessaire contre la panique financière », tout en reconnaissant les positions « très divergentes » en Europe sur la question. Les pays du Sud de l'Europe semblent acquis à un rôle accru de la BCE. « L'euro est la seule monnaie qui ne repose pas, comme le dollar, la livre sterling ou le yen, sur un prêteur de dernier ressort disposé à défendre de manière structurelle sa crédibilité face à l'agressivité des marchés financiers. Cette situation doit être corrigée une fois pour toutes », avait déclaré l'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi (EUROPE n°10483). Et, lors du G20, les États-Unis ont fait pression sur l'Allemagne pour qu'elle reconsidère sa position.
Modification de traité. Berlin se dit prêt à abandonner « un peu de sa souveraineté » en acceptant une surveillance européenne accrue des budgets nationaux. Pour cela, une révision institutionnelle s'avère nécessaire. Mme Merkel a évoqué, jeudi, une modification « très limitée » du traité sous la forme d'« un protocole » visant uniquement les dix-sept pays de l'Eurozone. Oui donc, à un changement de traité pour renforcer la discipline budgétaire. Mais pas, comme le suggèrent d'autres États membres et le Parlement européen, pour permettre la mutualisation d'une partie de la dette souveraine par le biais d''euro-obligations'.
Cette perspective n'enchante guère. Jeudi à Berlin, la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt a fait part à la chancelière allemande de sa réticence vis-à-vis d'un changement de traité: « Je pense que nous devons prendre les choses dans l'ordre, d'abord résoudre la crise et après discuter de la manière de créer plus de discipline budgétaire pour plus tard », a-t-elle déclaré. En proie à une fronde au sein du parti conservateur réclamant une sortie du Royaume-Uni de l'UE, son homologue britannique David Cameron devrait lui tenir le même langage, ce vendredi. Certains pays comme la Pologne, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE, craignent aussi qu'une intégration accrue des pays de la zone euro n'aboutisse à la création d'une Europe à deux vitesses. Ils veulent être associés aux négociations dans la mesure où ils ont vocation à adopter à l'avenir la monnaie unique. Appelant la Commission européenne à défendre la méthode communautaire, d'autres États membres rechignent à valider des décisions imposées par le tandem 'Merkozy'.
Débattant au Parlement européen de la réforme à venir de la gouvernance économique dans l'Eurozone, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a estimé préférable de fixer les objectifs avant de déterminer le processus à suivre (EUROPE n°10496). « Beaucoup de choses peuvent être faites dans le cadre des traités existants, y compris à travers le recours à des instruments comme la coopération renforcée », a-t-il rappelé. Selon lui, une modification du traité prend du temps en raison de la ratification
Santé économique presque insolente. Malgré la crise de la dette souveraine, l'Allemagne affiche des résultats économiques solides. En 2011, la croissance allemande atteindra 2,9% du PIB national, selon les prévisions d'automne de la Commission européenne (EUROPE n°10493). Entre 2010 et 2011, elle sera en mesure de réduire son déficit public de 4,3% à 1,3%, et sa dette publique de 83,2% à 81,7%. Et quand l'Allemagne se trompe dans ses comptes publics, c'est pour dénicher une enveloppe de 55 milliards d'euros de rentrées supplémentaires ! Tandis que le chômage continue son repli, passant en 2012 sous la barre des 6% de la population active allemande. Forte de ces résultats, Mme Merkel a annoncé des baisses d'impôts, alors que ceux-ci augmentent presque partout ailleurs. De quoi susciter la jalousie des Européens qui font face à une croissance atone, un lourd endettement et un chômage élevé. À commencer par la France dont les dernières mesures d'austérité visent à respecter les engagements budgétaires et à sauvegarder la notation AAA.
'Spread: les grands écarts'. La bonne santé de l'économie allemande et les performances poussives des autres économies européennes se reflètent dans l'évolution des marchés de la dette souveraine dans la zone euro. Le taux d'intérêt du Bund allemand atteint des records à la baisse, alors que ceux des pays en difficulté n'en finissent plus de grimper. Partie des pays tels que l'Espagne et l'Italie déjà dans le viseur des investisseurs, la contagion touche désormais les pays financièrement les mieux notés. La France, fortement exposée à l'économie italienne, emprunte désormais deux fois plus cher que l'Allemagne. Rappelée à l'ordre par la Commission européenne pour qu'elle forme un gouvernement et adopte son budget 2012 d'ici mi-novembre, la Belgique voit ses taux à 10 ans flirter avec la barre des 5%. Et même les taux appliqués aux obligations néerlandaises et finlandaises ont commencé à décrocher de la trajectoire des Bund allemands. (MB)