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Bulletin Quotidien Europe N° 10495
JOURNÉE POLITIQUE / (ae) pe/commission

Accueil mitigé pour le programme d'action 2012

Strasbourg, 15/11/2011 (Agence Europe) - Le succès du programme de travail de la Commission européenne pour 2012 « va dépendre du dialogue entre les institutions », a déclaré le président de la Commission, José Manuel Barroso, en présentant le programme au Parlement européen (qui va prendre position en décembre). Gouvernance européenne, convergence, réformes, croissance durable créatrice d'emplois, sortie de la crise: le programme est ambitieux mais la volonté politique existe, selon M. Barroso, et elle a même permis de surmonter l'opposition du Conseil sur un point précis, l'aide aux plus démunis. Responsabilité et solidarité, voici les mots clés, sans oublier le suivi: il faut, insiste le président de la Commission, maintenir la pression pour une taxe sur les transactions financières, lutter contre la criminalité économique et la fraude contre la TVA, accélérer l'achèvement du marché intérieur (en ce qui concerne notamment le brevet européen et le marché numérique). La croissance doit aller de pair avec la création d'emplois durables, a dit M. Barroso, en soulignant ce qu'il appelle l'« obligation de verdissement ».

Le Parlement européen veut croire en la bonne volonté de la Commission, mais le scepticisme a cependant dominé dans les réactions des élus. Pour le PPE, le Hongrois Joszef Szajer a exprimé sa « confiance et sa satisfaction », tout en regrettant que le Parlement n'ait pas le droit d'initiative, et en souhaitant des progrès dans un domaine qui lui tient particulièrement à cœur, celui de la comitologie. Le verdict de l'Autrichien Johannes Swoboda, pour le groupe S&D, est plus sévère: la situation est difficile, « les marchés financiers ne nous aiment pas », a-t-il affirmé, en souhaitant des progrès rapides en ce qui concerne la taxe sur les transactions financières, mais aussi un programme global d'investissement pour la croissance (certains crédits restent hélas inutilisés, a-t-il constaté). Quant à une possible modification des traités, M. Swoboda insiste: la méthode communautaire doit être respectée dans le cadre de cette réforme. Dans le même esprit, le Britannique Andrew Duff (ADLE) dénonce l'« abus de sommets », en affirmant que l'année 2012 doit être l'année de la solidarité fiscale et des résultats concrets en ce qui concerne la politique de sécurité et les accords commerciaux. Pour les Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms ne voit dans le programme de la Commission que du « business as usual ». Et elle dénonce: si deux « vieux pays européens » doivent être dirigés par des gouvernements techniques, c'est aussi un résultat du laissez faire de Bruxelles vis-à vis des marchés. Et d'ajouter: même des gouvernements techniques ne sauront assurer le succès de programmes qui n'insistent que sur l'austérité, sont condamnés à l'échec. Et quid de la « croissance verte »: en agriculture, cela veut dire exactement quoi ? Mme Harms voudrait davantage de détails. Le programme de la Commission se concentre sur les priorités réelles, estime en revanche le Britannique Malcolm Harbour, pour le groupe CRE, qui se félicite d'y voir l'approfondissement du marché intérieur, la création du marché numérique et la régulation « intelligente » des objectifs qui étaient pratiquement invisibles jusqu'à maintenant. M. Harbour n'est pas, lui, en faveur d'une taxe sur les transactions financières. Ce programme ne tient nullement compte de la crise, affirme au contraire, pour la GUE/gauche nordique, le Français Patrick Le Hyaric. À son avis, il faudrait changer les statuts de la Banque centrale européenne et créer un nouveau Fonds de développement humain et écologique permettant de relancer les services publics des transports, du logement et de la santé. Il faut absolument séparer les différents types de banques, martèle enfin l'Italien Mario Borghezio (EDF).

Même à l'intérieur des groupes, les positions sur le programme de la Commission divergent: l'Allemand Daniel Caspary (PPE) a dit sa déception: le programme de la Commission est pratiquement identique à l'ancien, déplore-t-il. De l'autre côté de l'hémicycle, l'Italienne Patrizia Toja (S&D) estime que, si la Commission est prête à contribuer à la recapitalisation des banques, elle doit assurer que ces crédits soient dirigés vers l'économie réelle. Et l'Irlandaise Marian Harkin (ADLE) insiste: « Il ne s'agit pas seulement d'économie, il ne suffit pas d'apaiser les marchés, il faut gagner la confiance des citoyens ». Dans le même groupe, le Luxembourgeois Charles Goerens affirme: le grand défi n'est pas seulement la sortie de la crise, mais « simplement la poursuite de la construction européenne elle-même » et la question « la Commission dispose-t-elle de l'autorité et de la cohérence nécessaires pour peser sur le cours des choses ? ». Pour M. Goerens, le discours de M. Barroso aurait été « salutaire s'il avait été prononcé avec la même verve en 2008 ». Scepticisme aussi de la part de l'Italien Sergio Cofferati (S&D), pour d'autres raisons: il déplore que la protection des droits des personnes qui travaillent soit insuffisamment prise en compte dans le programme de la Commission. La grande crise ce ne sont pas seulement les banques, mais les jeunes, s'est écrié enfin le vert portugais Rui Tavares, en plaidant pour un effort dans le domaine de l'enseignement et de l'information. (LG)

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