Obstacles démagogiques. La mise en place en Italie d'un gouvernement déterminé à agir dans le sens du respect des règles de l'euro représente la première phase du redressement. L'essentiel viendra ensuite: définir et concrétiser les réformes avec le soutien du Parlement national. On constate en ce moment un sursaut de démagogie nationaliste exprimé par des affirmations telles que « nous ne sommes pas un pays à souveraineté limitée » ou « nous rejetons l'ingérence dans nos affaires de pays qui ont des problèmes de consensus, de crédibilité et de crise économique ». Or, il est vrai que la participation à l'euro comporte des mécanismes communs de surveillance sur le respect des règles décidées ensemble ; c'est la condition pour rester dans la zone et bénéficier le cas échéant des mécanismes de soutien. Ce n'est pas évidemment l'Italie seule mais tous les pays de l'euro qui ont accepté cette surveillance (et y participent à l'égard des autres). Rejeter ces principes, c'est une attitude démagogique ou bien une manière de se préparer à défendre ses privilèges.
On se demande alors si certains appels à l'orgueil national ne cachent pas la crainte que le nouveau gouvernement mette fin à des faveurs et abus auxquels les bénéficiaires ne veulent pas renoncer.
Idées claires. Quelques phrases de Mario Monti avant sa désignation montrent qu'il était conscient du risque indiqué. Il avait déclaré: « Il faut concrétiser des réformes non populaires en réunissant, pendant le temps nécessaire, les parties les plus disponibles de toutes les forces politiques (…) La pression fiscale est excessive sur les rentes du travail et des entreprises, trop allégée sur les rentes financières (…) L'euro n'est pas en crise: si l'Italie n'en faisait pas partie, l'émission de bons du trésor en lires serait encore plus ardue » Et après avoir affirmé que « M. Berlusconi a rendu l'Europe impopulaire », M. Monti avait conclu qu'il ne reculera pas, si nécessaire, devant la tâche de « rendre un peu malheureux certains Italiens en rongeant des privilèges ». Ce n'est évidemment pas un goût théorique de l'austérité qui avait inspiré ces phrases, mais la conscience de l'ampleur des efforts nécessaires. D'ailleurs, de son côté, le président de la République Giorgio Napolitano a rappelé que « à partir de demain jusqu'à la fin avril viendront à échéance des bons du trésor pour presque 200 milliards d'euros qu'il faudra renouveler en les plaçant sur les marchés ».
M. Monti n'avait d'ailleurs pas attendu que M. Berlusconi perde la majorité parlementaire pour s'exprimer. Dans un article publié il y a un mois (Corriere della Sera du 16 octobre) il avait fait grief à M. Berlusconi d'une « perception ouatée » de la réalité, provoquée par le « niveau incroyable de servilité » des fidèles qui l'entourent ; en Europe, sa permanence à la tête du gouvernement était vue « par plusieurs » comme difficilement compatible avec une « activité gouvernementale adéquate en intensité et crédibilité », en précisant que les perplexités étaient exprimées par « des chefs de gouvernement appartenant à sa famille politique ».
Clarification de trois aspects essentiels. Un aspect mal compris du projet Monti concerne la définition de gouvernement technique. Dans sa conférence de presse improvisée dans la nuit de lundi à mardi, le nouveau Premier ministre a exprimé le souhait que les secrétaires généraux des partis politiques fassent partie de son gouvernement, à côté des ministres « techniques » (tout en étant conscient que ce sera difficile). En outre et surtout, il a rejeté l'hypothèse d'un gouvernement de courte durée, chargé d'amadouer les institutions communautaires et mondiales: l'horizon temporel est celui de la fin de la législature, donc 2013: il n'accepterait pas une durée plus brève, tout en étant conscient que le parlement peut toujours renverser un gouvernement. Quant aux marchés financiers, troisième aspect essentiel, M. Monti a estimé « naturel » que leur réaction attende (après les premières indications de principe positives) l'entrée en fonction de son exécutif et l'annonce de mesures incisives et opérationnelles.
Deux phases presque parallèles. D'après les indications disponibles, le gouvernement Monti vise en premier lieu les mesures pour la réduction des dépenses et de la dette (dans le but de se présenter aussi rapidement que possible sur les marchés, sans exclure la possibilité de négocier des financements avec la BCE et le FMI) ; mais les mesures de relance économique seraient en pratique parallèles. Mario Monti viserait également des réformes politiques et institutionnelles, telles que la réduction du nombre des parlementaires nationaux et la révision du système de vote (loi électorale).
Décisif pour l'avenir de l'euro ? L'effort de cette rubrique pour clarifier autant que possible les évolutions en Italie tient compte du fait que le cas italien est généralement considéré comme décisif pour l'avenir de la zone euro. L'échec du redressement entraînerait la perspective de transformations radicales.
(FR)