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Bulletin Quotidien Europe N° 10472
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Partenariat oriental: tenir compte des réalités européennes et mondiales

Vive la Pologne, mais prudence pour les adhésions. Triple chance pour l'UE: le Conseil est présidé actuellement par la Pologne, son Premier ministre est passionné par la construction européenne et il est largement soutenu par son peuple (qui l'a confirmé aux élections nationales de dimanche). Si l'on pense à quelques autres présidences européennes, récentes ou prochaines, on a envie de crier: vive la Pologne ! En principe, être Premier ministre du pays qui préside le Conseil n'a rien d'enthousiasmant, car au niveau européen il ne préside presque rien: le Sommet a son président stable et les Conseils sectoriels reviennent aux différents ministres de son gouvernement. Mais Donald Tusk a amplifié au maximum son activité européenne, parfois en remplaçant Mme Ashton, en s'exprimant devant le Parlement européen ou en prenant la tête d'événements significatifs comme le Sommet du Partenariat oriental qui m'a occupé ces derniers jours. Son but était de souligner que, pour l'UE, les relations avec l'est sont aussi importantes que celles avec le sud ; il l'a atteint. Cette rubrique a toutefois mis en garde: les relations renforcées avec les pays de ce Partenariat ne représentent pas une étape presque automatique vers leur adhésion.

Une certaine démagogie. Les explications développées ici hier et avant-hier se situent dans un contexte complexe, mouvant et parfois dangereux, qu'il faut considérer dans son ensemble. À peine assuré de récupérer ses fonctions présidentielles à Moscou, Vladimir Poutine lançait déjà l'idée d'une Union euro-asiatique réunissant les anciennes républiques de l'URSS, parmi lesquelles figurent: trois membres de l'UE (Estonie, Lituanie, Lettonie) ; l'Ukraine (à laquelle il avait déjà été indiqué qu'un lien très étroit avec la Russie entraverait l'association avec l'UE, et qui par l'affaire Timochenko a justifié la vigilance) ; plusieurs autres pays du Partenariat oriental, dont la Géorgie qui est toujours en conflit avec la Russie. Le Bélarus donne l'impression d'attribuer davantage d'importance à ses relations avec Moscou qu'avec Bruxelles (sauf pour obtenir des aides financières). On pourrait citer d'autres aspects brûlants. L'ensemble forme un tout dans lequel l'UE a son mot à dire ; elle peut jouer un rôle essentiel de l'extérieur (elle l'a prouvé), mais non pas en tant que partie directement en cause. Quelques velléités d'adhésion relèvent d'une certaine démagogie.

Les possibilités financières de l'Europe ont des limites. Le deuxième aspect à prendre en considération est budgétaire et financier. Une grande partie des États membres se trouvent dans des situations très difficiles et sont obligés d'appliquer des politiques d'austérité rigoureuses. La correction de leurs déficits est impérative et presque partout en cours. En même temps, plusieurs pays d'ailleurs, émergents et autres, ont accumulé et continuent à amasser des réserves monétaires importantes, parfois hallucinantes ; mais c'est toujours l'UE le premier donateur (aux Palestiniens, aux Africains, aux projets internationaux, etc.), alors qu'en son sein les États membres « contributeurs nets » au budget communautaire sont de moins en moins nombreux.

En particulier, tous les pays candidats à l'adhésion aspirent à bénéficier de ce budget. Il est permis d'estimer que cette perspective représente pour plusieurs entre eux l'aiguillon majeur de leur candidature. D'ailleurs, même pour les pays proches de l'UE mais sans possibilité d'adhésion (qu'ils soient méditerranéens ou à l'est), la demande de financements européens est l'attitude la plus partagée.

En même temps, le monde entier réclame avec vigueur que l'UE et ses États membres redressent leurs situations budgétaires et que les citoyens acceptent les efforts et sacrifices nécessaires.

L'Europe unie signifie la paix. Les considérations qui précèdent ne doivent pas être prises toujours à la lettre. Il est évident que l'UE continuera à jouer son rôle international, à soutenir les pays qui l'entourent, à contribuer aux projets mondiaux d'intérêt général, à la condition qu'elle évite de se diluer. Elle prendra aussi des initiatives nouvelles et, malgré ses erreurs, elle indique souvent la bonne voie. Steven Pinker, professeur à l'Université de Harvard, présentant la semaine dernière son nouveau livre sur le thème « Pourquoi la violence a diminué », a déclaré: « L'Europe occidentale n'est pas seulement l'endroit le plus sûr où l'on puisse aujourd'hui vivre ; elle est aussi le lieu le plus pacifique de l'histoire de l'humanité ». Son analyse le démontre.

Le fonctionnement et les perspectives du Partenariat oriental, qui sont largement positifs, doivent tenir compte de ce contexte, s'y situer. Le Sommet de ce Partenariat organisé par la Pologne m'a permis d'esquisser, sans négliger les difficultés, un tour d'horizon sur l'attitude de l'UE à l'est, sur ses relations avec la Russie, ainsi qu'avec des pays qui se reconnaissent dans l'Europe. Autant de sujets sur lesquels l'UE a encore beaucoup à réfléchir et elle doit agir en tenant compte des réalités européennes et mondiales.

(FR)

 

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