Bruxelles, 24/06/2011 (Agence Europe) - Hausse de la production alimentaire, création d'une base de données sur la production et les stocks de matières premières agricoles, instauration d'un mécanisme de réaction rapide en cas de crise et suppression des restrictions à l'exportation pour l'aide alimentaire mondiale et régulation financière. Les ministres de l'Agriculture du G20, réunis les 22 et 23 juin à Paris, ont entériné un plan d'action assez novateur et ambitieux sur la volatilité des prix alimentaires et sur l'agriculture. Ce plan d'action sera remis aux chefs d'État et de gouvernement des pays industrialisés et émergents membres de ce groupe lors de leur sommet de début novembre prochain, à Cannes. Les ONG se sont montrées plutôt déçues.
« Avec cet accord, nous jetons les bases de la nouvelle agriculture mondiale. Une agriculture qui sera durable, solidaire et dont les marchés seront régulés », a dit Bruno Le Maire, le ministre français, qui présidait les travaux. Cette négociation a pris en compte la nécessité de « mettre fin à ce scandale qui est la faim dans le monde », a ajouté le ministre français. Ce plan contient des décisions « concrètes, précises et ambitieuses », selon M. Le Maire. Il a cité: - la nécessité d'augmenter la production alimentaire mondiale (séquençage du génome du blé) ; - l'amélioration de la transparence sur les marchés agricoles (pour atténuer la volatilité des prix) ; - l'amélioration de la coordination des réactions entre les membres du G20 (« nous avons décidé de ne plus accepter les décisions unilatérales quand un pays producteur est confronté à la sécheresse, à des inondations ou à des problèmes particuliers », a souligné M. Le Maire). Dans ce contexte, des dispositifs de coordination seront créés pour décider en commun les réactions adaptées en cas de chute de la production dans un pays ou dans un autre ; - la protection des pays en développement (ce sont eux qui sont les plus frappés par la volatilité des prix agricoles) ; - la régulation financière. « Nous admettons tous la nécessité de disposer de marchés agricoles régulés, de mettre en place sur les marchés des matières premières agricoles des règles de fonctionnement nouvelles, et de lutter contre les abus de marché et contre les manipulations croisées dans le cadre des marchés financiers de matières premières agricoles », a dit le ministre français.
Les principales orientations du plan d'action sur la volatilité des prix sont les suivantes:
Production. Il est prévu: - la mise en œuvre d'une large palette d'actions pour stimuler la croissance agricole ; - le renforcement de la recherche et de l'innovation (avec, comme première étape, une initiative internationale de recherche pour l'amélioration du blé (IRIWI)) ; - une augmentation des investissements publics et privés dans l'agriculture.
Information et transparence des marchés. Le G20 a décidé le lancement, au sein de la FAO, du 'Système d'information sur les marchés agricoles' (Agricultural Market Information System - AMIS). Il s'agit, a expliqué Bruno Le Maire, d'une base de données internationale sur « la production, la consommation et les stocks de matières premières agricoles ». Objectif: encourager les principaux acteurs des marchés agroalimentaires à partager leurs données, à améliorer les systèmes d'information existants, à promouvoir une meilleure compréhension partagée de l'évolution des prix alimentaires et à promouvoir le dialogue politique et la coopération. Cette base de donnée sera mise en œuvre « le plus rapidement possible » et sera complétée par un dispositif de surveillance satellitaire qui permettra de mettre en commun les images satellitaires sur la production agricole et de tenir compte des effets du changement climatique sur la production agricole mondiale.
Coordination politique internationale. Le plan d'action préconise la mise en œuvre, dans le cadre de l'AMIS, d'un « Forum de réaction rapide ». Il sera placé au sein de la FAO. Ce « mécanisme de réaction rapide », a expliqué Bruno Le Maire, comportera des représentants de haut niveau du G20, permettra de prendre des décisions dans les meilleurs délais possibles en cas de chute de production dans un des grands États producteurs et permettra aux pays de se consulter et de réagir collectivement « là où nous avions pris la mauvaise habitude de réagir individuellement ». Toute décision en cas de crise sera prise dans le cadre de ce mécanisme de réaction rapide.
Réduction des effets de la volatilité des prix pour les plus vulnérables. « Nous avons pris l'engagement de supprimer toute restriction à l'exportation pour l'aide alimentaire mondiale. Ce qui est un engagement entièrement nouveau qui complète les dispositifs qui existaient déjà sur l'importation », a dit
M. Le Maire. Les ministres se disent d'accord sur les objectifs, les principes, les modalités et le calendrier d'une boîte à outils de gestion des risques agricoles et de sécurité alimentaire. Ils soutiennent l'élaboration d'une proposition de système ciblé de réserves alimentaires humanitaires d'urgence (pour compléter les réserves alimentaires régionales et nationales existantes).
Régulation financière. Les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du G20 sont « fortement encouragés » à prendre les décisions appropriées pour une « meilleure régulation et supervision des marchés financiers agricoles ». Parmi les propositions concrètes faites par les ministres de l'Agriculture du G20 figurent: « des limites de positions ex ante ».
Le think tank Momagri « note avec intérêt » les conclusions du G20 agricole qui, pour la première fois, « pose des principes de coopération internationale visant à s'attaquer à la volatilité des prix et à ses conséquences ». « Il reste à espérer que cette démarche bénéficiera de la volonté politique nécessaire pour aboutir à une véritable gouvernance mondiale de l'agriculture et de l'alimentation », ajoute Momagri. (L.C.)