Strasbourg, 09/06/2011 (Agence Europe) - Chahuté par le groupe des Verts/ALE mais défendu par sa famille politique du PPE sur fond de sortie de l'Allemagne du nucléaire, le commissaire à l'Énergie Günther Oettinger a défendu, jeudi 9 juin devant le Parlement européen, les critères et le calendrier retenus dans le cadre des 'stress tests' nucléaires (EUROPE n°10386). Il a demandé aux députés de mesurer le chemin parcouru en matière de contrôle de la sûreté des centrales européennes depuis l'accident de Fukushima. « Lorsque les résultats des tests seront publiés, nous en saurons davantage que tout ce qui a été fait dans les trente années précédentes », a-t-il souligné.
M. Oettinger a rappelé le déroulement en trois étapes des tests qui viseront les 143 centrales actives dans 14 États membres: - depuis le 1er juin, les propriétaires procèdent aux examens de leurs installations sur la base des critères européens ; - les autorités nationales feront leur propre vérification ; - un examen par les pairs aura lieu au niveau européen. Nous n'allons pas faire preuve de « naïveté » car « nous aurons la possibilité d'aller sur place pour enquêter », a-t-il promis, en mettant l'accent sur « la transparence et la fiabilité ». Sur les critères, il a rappelé que « facteurs humains » (compétences professionnelles lacunaires, erreur d'un pilote d'avion) en faisaient partie mais pas les actes terroristes dans la mesure où les autorités nationales ne s'estiment pas compétentes en la matière. La Commission a invité les États membres à nous mettre en relation avec les autorités responsables de cette question, a indiqué M. Oettinger, en annonçant un rapport intérimaire pour novembre. Quant à la portée géographique des 'stress tests', il a évoqué l'Arménie, la Croatie, l'Ukraine, la Russie, la Suisse et la Turquie qui ont accepté d'accompagner la démarche européenne. Tout en reconnaissant des pouvoirs limités de l'UE pour encourager le Bélarus à suivre le mouvement.
Au nom du groupe PPE, l'Allemand Herbert Reul a salué « l'action exemplaire » du commissaire. Dénonçant « l'hypocrisie » des Verts qui en veulent toujours plus, il a estimé « impossible » il y a six mois encore les résultats obtenus sur la définition des critères des 'stress tests' et la coopération en matière de sûreté avec les pays tiers. « Il est facile de crier et de se focaliser sur l'abandon du nucléaire ! », a-t-il lancé.
Teresa Riera Madurell (S&D, espagnole) n'est pas complètement satisfaite de l'approche retenue. Selon elle, la révision par les pairs est une bonne étape mais il aurait fallu créer une organisation indépendante au niveau européen qui rende « un deuxième avis ». Les réacteurs nucléaires utilisés pour la recherche devraient aussi être testés, tandis que les attaques terroristes devraient faire partie des facteurs à prendre en compte.
Au nom des verts, l'Allemande Rebecca Harms a estimé que le commissaire avait commis une « erreur grave ». Elle aurait souhaité qu'il admette que les tests de résistance ne seront faits que 'sur le papier'. « Ce que vous proposez, c'est une stratégie visant à minimiser les risques de l'énergie nucléaire en Europe. Il y aura un label Oettinger qui sera placé sur les anciennes installations », a avancé Mme Harms. « Oui, nous voulons la sortie du nucléaire parce que nous considérons que c'est la seule façon d'éliminer le risque nucléaire. Les dernières études prévoient que nous aurons un incident nucléaire au niveau mondial dans les quinze prochaines années », a dit Yannick Jadot (Verts/ALE, français).
Au nom du groupe ADLE, la Suédoise Lena Ek a estimé que les stress tests proposés sont « trop faibles ». Le groupe ADLE avait demandé la prise en compte de tous les aspects de la sûreté nucléaire et l'inclusion dans les tests du facteur humain. Mais ce n'est pas le cas. « J'espère sincèrement » que la Commission trouvera un autre moyen de procéder à ces tests, a dit en substance Mme Ek. Elle a demandé à la Commission de remédier aux problèmes dans le cadre de propositions sur la révision de la directive sur la sûreté nucléaire. Le groupe ADLE demande que la révision porte aussi sur la sûreté en matière de déchets et de démantèlement des centrales. Corinne Lepage (ADLE, française) a estimé que les stress tests proposés sont « un succès pour les exploitants du nucléaire, pour les autorités de sûreté qui ont couvert ce qui a été fait depuis trente ans et pour les États membres qui ne veulent pas remettre en cause leurs choix » ( pas seulement sur le maintien du nucléaire mais aussi sur l'évaluation des risques). Au nom du groupe GUE/NGL, l'Allemande Sabine Wils s'est dite « indignée » car les tests de résistance pour les centrales nucléaires donnent « un alibi aux opérateurs » pour qu'ils continuent de faire fonctionner les centrales. Les actes terroristes ne sont pas inclus dans les tests, a-t-elle déploré. Elle a préconisé: - un scénario de sortie du nucléaire en Europe ; - d'encourager les pays voisins de l'Europe à sortir du nucléaire ; - d'empêcher la construction de nouvelles centrales. Il faut dissoudre le Traité Euratom, a conclu Mme Wils. (M.B/L.C.)