Strasbourg, 09/06/2011 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne a décidé à l'unanimité, jeudi 9 juin, de maintenir inchangés ses principaux taux d'intérêt (1,25% pour les opérations principales de refinancement, 2% pour la facilité de prêt marginal et 0,5% pour la facilité de dépôt). Annonçant cette décision, son président Jean-Claude Trichet a employé un vocabulaire signalant une hausse probable des taux en juillet. « Nous sommes dans une situation où il pourrait y avoir une augmentation des taux lors de notre prochaine réunion », a-t-il confirmé, en évoquant « la grande vigilance » du conseil des gouverneurs en matière d'inflation. Une décision sera prise en temps opportun et ne préfigurera pas un rythme d'accroissement des taux pour l'avenir. Pour la première fois depuis 2008, la BCE a décidé en avril d'augmenter ses taux d'un quart de point (EUROPE n°10354).
La position de la BCE en matière d'inflation est motivée par son analyse de la situation économique au sein de la zone euro. Au second trimestre de cette année, l'économie continuera à croître. Les projections de l'Eurosystème de juin prévoient un accroissement du PIB de la zone euro situé dans une fourchette entre 1,5% et 2,3% en 2011 et entre 0,6% et 2,8% en 2012. Comparé aux prévisions de mars, les prévisions pour cette année ont été revues à la hausse, a noté M. Trichet. L'Eurosystème prévoit par ailleurs une hausse des prix située entre 2,5% à 2,7% pour 2011 et entre 1,1% et 2,3% pour 2012. Là aussi, les prévisions ont été revues à la hausse, reflétant surtout la hausse des prix de l'énergie.
La BCE a par ailleurs décidé de ne pas modifier, pour les trois mois à venir, son dispositif de mesures standard et exceptionnelles de refinancement bancaire.
Grèce. M. Trichet a réitéré avec fermeté la position de la Banque de Francfort concernant la crise de la dette souveraine en Grèce. « Nous sommes contre toute restructuration, toute décote » dans la valeur des titres de dette grecque, a-t-il indiqué. Selon lui, l'Eurozone commettrait « une erreur énorme » en prenant des décisions qui provoqueraient des pertes pour les investisseurs privés détenteurs d'obligations grecques ('credit event'). Si l'Eurozone s'engageait dans une voie menant à un défaut de la Grèce, la BCE en tirerait alors les conséquences et pourrait restreindre l'accès des banques grecques à ses liquidités bon marché en refusant d'accepter en garantie des titres d'État grecs. « Nous appliquerons les règles », à la fois en matière de solvabilité bancaire et de qualité des collatéraux que nous acceptons, a prévenu M. Trichet. Il n'a pas voulu dire s'il estimait que la proposition allemande d'allonger de 7 ans la maturité des bons grecs est de nature à provoquer un 'credit event' (EUROPE n°10394). Certains observateurs sont d'avis que la position de la BCE relative à l'implication des créanciers privés en cas de décote des titres grecs est aussi due à la forte exposition de la banque à la Grèce. M. Trichet a par ailleurs fait remarquer que les privatisations constituaient un moyen « très efficace de mobiliser le capital privé » et permettaient à l'économie de mieux fonctionner. La Grèce a été sommée d'accélérer son programme de privatisations censé rapporter 50 milliards d'euros d'ici 2015 afin de respecter ses engagements budgétaires et de bénéficier d'une nouvelle tranche d'aide de 12 milliards.
Draghi. À noter que le conseil des gouverneurs a fait savoir aux autres institutions européennes qu'il n'avait « aucune objection » à la nomination de l'actuel gouverneur de la Banca d'Italia Mario Draghi à la tête de la BCE en remplacement de M. Trichet à partir de novembre. (M.B.)